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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 22:21

       La photo ci-dessous, fait partie des quelques dizaines reprises dans un numéro spécial  de 1978 de la revue Les Cahiers d'HELECINE, intitulé HELECINE images du passé, Commentaire de Robert VANORLE, Editions Goyens, Neerheylissem.

        On y voit deux maisons attenantes de la rue des Charrons à Neerheylissem, deux personnages en avant-plan, un homme et une femme, ainsi qu'une autre femme en arrière-plan. Avec au centre de l'image une enseigne d'épicerie, bien connue en Belgique. Efforçons nous d'analyser ce que nous dit cette photo, à partir des informations qu'elle contient.

      1. Le titre de la photo Lès mâjones mon Prau èt mon Tchitchi (Traduction : Les maisons de chez Lamproye et de chez Alexis)

      Cette photo explicite d'une certaine manière l'importance de la présence des charrons dans cette rue, à l'origine de son appelation définitive dans le courant de la seconde moitié du XVIIIème siècle. On y voit en enfilade, les deux maisons de la famille LAMPROYE (la plus éloignée) et de la famille PARFONRY (la plus proche). A l'origine, elles faisaient partie du patrimoine de la famille LALLEMAND, l'une des premières familles de charron. Amélie et Julienne, deux soeurs de cette famille, lointaines descendantes, ont épousé pour l'une Nicolas LAMPROYE en 1850, premier charron de cette autre dynastie. Quant à la seconde, elle a épousé Henri PARFONRY en 1851, petit-fils de Jean, notre maitre-charron et père d'Alexis. Voici ainsi expliquée l'origine des noms apparaissant au bas de la photo. De nos jours, la première a été rachetée par la famille PARFONRY et démolie afin de disposer d'espaces d'entreposage de matériel agricole.

      2. L'année de la prise de vue

      Le personnage est Emile PARFONRY, le futur instituteur de Beauvechain. Le fait qu'il soit impeccablement habillé, avec un chapeau de paille, dénote que cette photo ait été prise en été. Vu la maturité d'âge du modèle, une première idée serait de la dater en lien avec l'obtention de son diplôme à l'Ecole Normale de Malonne, début août 1914, à l'âge de 19 ans. Le cadre limitatif des personnages ne semble pas vraiment correspondre à cette éventualité. Le nom de la personne à côté d'Emile n'a pu être déterminé. Il n'y a non plus aucune manifestation de liesse. En revanche, cette période est assez cruciale. Nous sommes quelques jours avant le début de l'invasion de la Belgique par l'armée prussienne à partir du 4 août. Il est difficile également d'envisager qu'elle ait été prise durant ce mois d'août 1914 alors que l'armée belge, aux abords de Liège, située à quelques dizaines de km, s'efforçait de résister et de contenir l'armée allemande. L'instituteur prendra sa fonction à Beauvechain en septembre 1914. Dernier détail, le magasin AD. DELHAIZE serait resté en activité jusqu'au moment du mariage d'Anna, la soeur de l'instituteur, en mai 1917. On peut donc, sans certitude, penser que cette photo a été prise durant l'été 1915 ou 1916, à l'occasion d'un retour occasionnel d'Emile PARFONRY dans sa famille, conjuguée au passage d'un photographe. Pour rappel, Emile ne se mariera qu'en 1919.

Comme seule référence possible pour dater cette photo, on se limitera à utiliser l'annotation : vers 1915

     3. L'enseigne AD DELHAIZE § Cie

     La famille DELHAIZE, originaire de la banlieue de Charleroi, fut à l'origine de la création en Europe du premier réseau de magasins et d'épiceries, vins et spiritueux et denrées coloniales, approvisionné à partir d'un entrepôt central. Plusieurs frères (Jules, Edouard et Adolphe auquel se joint Jules Vieujant, un beau-frère) s'associèrent en 1871 pour développer ce concept  qui fait partie prenante de notre environnement de nos jours. Les Etablissements Delhaize Frères Le Lion n'ont fait que de s'étendre depuis lors aussi bien en Belgique qu'à l'étranger.

     L'un des membres de cette famille avait manifestement un caractère plus indépendant. Il s'agissait d'Adolphe Delhaize (1840-1899). S'étant déjà fait remarquer dès 1866 en lançant son propre commerce à Charleroi, sous l'appelation de Bon Marché, il quittera le giron familial dès 1874. Son but est d'attirer une clientèle plus aisée dans des magasins de village. Cette période correspond à une croissance économique en Belgique, et particulièrement en Wallonie,  suite au développement des charbonnages et de la sidérurgie. Son aventure individuelle se poursuivra jusqu'en 1950, date à laquelle l'enseigne AD DELHAIZE sera absorbée par la société créée par ses frères.

    Anna PARFONRY, bénéficiera du coup de pouce de son oncle, l'horloger Emile PARFONRY, installé à Bruxelles, pour démarrer cette nouvelle épicerie de village, installée dans une partie du logis de la ferme. Assez curieusement, elle n'apparait pas sur la photo, contrairement à son frère.

    4. L'habitation de la rue des Charrons

    Par un acte de décès, il est certifié que les PARFONRY de Neerheylissem habitent dans cette rue des Charrons depuis l'année 1800. Mais manifestement à un autre endroit que la maison de la photo. Comme expliqué ci-dessus, c'est par un mariage en 1851 avec une fille LALLEMAND que la maison s'est transmise à la lignée PARFONRY. Depuis lors, le nom s'y perpétue toujours.

       Une simple photo ancienne permet de reconstruire une partie de l'histoire de notre lignée. C'est toute la signification voulue de la description présentée. Pour attirer de l'importance à conserver ces anciennes photos et si possible de les annoter.

" Lès mâjones mon Prau èt mon Tchitchi " dans la rue des Charrons à Neerheylissem

" Lès mâjones mon Prau èt mon Tchitchi " dans la rue des Charrons à Neerheylissem

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