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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 18:03

     Continuant notre chemin de découverte des écritures, après celle de Jean, voici une lettre du marbrier François-Xavier1

      Datée du 6 mars 1889, elle marque le début d'un processus qui conduira à la pose d'une plaque, toujours actuelle de nos jours, dans l'ancienne mairie de Créteil, appelée désormais Maison du Combattant. Il y est question de la prise en charge d'un travail qui a été effectué par la société E. LESTAT § T. PARIZEAUX  (Enseignes et Gravure sur Marbres et Pierres), située au 44 de la rue Saint-Sabin, non loin donc du siège de l'entreprise du marbrier. Ce travail, d'un montant de 11 fr 30 et facturé le 8 juin 1888, a consisté a effectuer une gravure de 39 lettres teintées en rouge.

     Vérification faite, les 39 lettres correspondent précisément au nombre de lettres formant le titre de la plaque visible toujours de nos jours. Il y est inscrit 

                                    COMMUNE DE CRETEIL HOMMAGE A SES BIENFAITEURS

     Voici le texte retranscrit de cette lettre de FX dont l'original est repris au bas de l'article.

Paris, ce 6 mars 89

Monsieur le Maire,

                          Empêche de me rendre demain à la Commission de Bal Je vous prie de m'excuser.

                     Je vous remets ci-inclus la petite notte de gravure que J'ai soldé ; travail exécuté sur le tableau des Bienfaiteurs de la Commune dont Je fais cadeau au Bureau de Bienfaisance. 

              Recevez Monsieur le Maire mes expresses salutations.

                                                          Signé : Francois-Xavier PARFONRY

      De sa lecture, on en retire une première indication. François-Xavier devait être un homme concis, pressé. Certains mots restent ainsi inachevés (Mons.... pour Monsieur; Rec... pour Recevez). Dans la mention de la date, il ne prend pas le temps non plus d'écrire les 4 chiffres de l'année, se contentant de la dizaine et de l'unité, pas conscient que son écriture se perpétuera à travers les siècles. Bien qu'assez peu lisible, il qualifie, si je déchiffre bien, ses salutations avec l'adjectif expresses. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus courant comme appelation, sauf pour un homme pressé. Le terme Bal qui caractère le type de Commission ne semble pas approprié. Cela doit être sans doute un aute mot inachevé ou une abréviation. Le fait qu'il mette à chaque fois une majuscule quand il parle de lui-même (Je), et cela à trois reprises, est très révélateur de sa personnalité. François-Xavier n'avait pas de particule mais il se mettait en scène d'une autre façon. Le texte est écrit de manière horizontale malgré l'absence de lignes, témoignant d'une certaine maitrise de la main. L'orthographe est correcte même si le nombre de mots est faible pour apprécier son niveau. Avec cependant une grossière faute en écrivant note avec deux t ainsi qu'une faute d'accord de passé composé. Limité à quelques phrases courantes, on ne peut dès lors pas se prononcer sur sa facilité d'expression et en conséquence sur son niveau de scolarité. Quant à l'utilisation de ce modèle de lettre pour traiter ce point avec le maire, il est normal qu'il n'ait pas utilisé une à en-tête de sa société. Le papier est toutefois décoré d'une sorte d'écusson sans devise qui ne présente aucun lien avec l'objet de son entreprise. Quelle est la signification de ce dessin ? Il s'agit ni plus ni moins que de son papier à en-tête personnelle dans laquelle on retrouve son monogramme FXP2. La lettre X est visible au premier plan alors que le F et le P se découvrent par la suite en s'appuyant sur les barres du X. Quant à la signature, rien de particulier si ce n'est qu'on note l'absence du tréma sur le y, ce qui n'était pas encore le cas pour la signature de Jean, son père en 1839 (voir article : La lettre écrite par Jean en 1839) .

    Comme déjà mentionné, cette lettre s'inscrit dans une série d'actes précis. Quelques années plus tard, le 12 mars 1893, François-Xavier rédigera un testament olographe, déposé à l'étude du notaire LANQUEST, Bd Haussmann à Paris. Il y fait stipuler notamment qu'il charge son fils Paul d'exécuter certaines dispositions de ses dernières volontés. Force donc à Paul à se plier à cette injonction.

     François-Xavier avait entr'autre décidé de faire don de 1000 fr aux oeuvres de bienfaisance de Créteil. A son décès, le 16 juillet 1898,  cette donation n'avait pas encore été faite. Le Conseil Municipal autorisera le 27 décembre suivant le Bureau de Bienfaisance à recevoir ce leg. Ce qui a vrai dire ne sera pas réalisé dans la foulée, nécessitant un certain nombre d'échanges de courrier entre la Mairie et le notaire. Deux ont été retrouvées dans le dossier. Dans une première, datée du 7 août 1900, le notaire LANQUEST déclare ignorer le fait que l'autorisation préfectorale a été donnée et dans celle du 23 août 1900, il répond qu'il va demander des instructions à M. Paul PARFONRY en ce qui concerne ce don. Il est assez évident que Paul utilise le notaire comme paravent pour en retarder le paiement. Le notaire va même jusqu'à mentionner qu'il déduira du leg les "droits de mutations ", correspondant de nos jours aux droits d'enregistrement. Peu importe les pauvres bénéficiaires du Bureau de Bienfaisance de Créteil. Deux ans après le décés, Paul ne se pressait apparemment pas pour répondre à l'injonction du testament.

      Sans avoir la preuve directe du paiement de ce don, on peut malgré tout être assuré de ne pas y être débiteur de nos jours. Le simple fait que François-Xavier soit inséré parmi la liste des bienfaiteurs de la commune de Créteil doit nous rassurer. Après avoir payé les travaux de gravure et ordonné un leg, la reconnaissance n'en était qu'obligatoire. Et c'est ainsi qu'il se retrouve sur cette plaque, au milieu d'une série de personnages parmi lesquels plusieurs maires de Créteil (Louis GAIDELIN, Octave FLEURY du MESNIL), plusieurs industriels reconnus (Ernest MERCIER, premier patron de la Compagnie française des Pétroles, ancêtre de la Compagnie TOTAL; Adolphe BOULENGER, orfèvre rénommé ; Jean-Denis BORD, célèbre facteur de pianos) et autres (Jean MONFRAY, médecin à Créteil; ASPE-FLEURIMONT, négociant à Paris). La ville de Créteil attirait manifestement à cette période. Depuis 1948, semble t-il, les bienfaiteurs se sont fait très, très discrets. Et pourtant, il y a encore de la place sur la plaque !!

 

1  En remerciant Monsieur Maurice DUPREZ du Comité de quartier Buttes-Halage Créteil pour avoir retrouvé la trace de cette lettre ainsi que des autres documents mentionnés dans l'article ;

2 Cette information m'a été confirmée par Patrick PARFONRY ;

                                                      

Lettre de François-Xavier Parfonry au Maire de Créteil du 6 mars 1889

Lettre de François-Xavier Parfonry au Maire de Créteil du 6 mars 1889

Plaque commémorative : Hommage de la Commune de Créteil à ses bienfaiteurs

Plaque commémorative : Hommage de la Commune de Créteil à ses bienfaiteurs

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commentaires

AgnèsParfonry-Verret 23/12/2013 11:41

Bravo Roland pour cette étude de la lettre de FXP. Intéressant de découvrir les personnalités de nos aïeux à travers les actes et lettres...Et Paul qui tarde à payer le leg....J'ai donc confirmation grâce aux infos de Maurice Duprez que le notaire de FXP en tout cas à la fin de sa vie est Maitre Lanquest donc je vais redemander à notre notaire, son successeur, Kerhalic, l'autorisation de consulter les archives qui sont encore chez lui puis j'irai aux Archives Nationales voir les archives antérieures. Amusant aussi, le monogramme que tu analyses est le même qui est gravé sur les verres et la vaisselle de la famille. J'ai hâte d'aller visiter la maison flamande de mon aîeul! A bientôt, Agnès la cousine de Bordeaux