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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 18:50

     Après avoir détaillé, au travers de quelques photos,  les maisons qui ont abrité des membres de cette saga, l'idée m'est venue d'activer la même démarche en ce qui concerne les écritures retrouvées. Faire découvrir quelque part le caractère, l'éducation, le style d'une personne au travers, cette fois, d'un geste personnel, d'une trace indélébile, d'une expression du langage.  Sans vouloir être un graphologue averti, la lecture d'une lettre, d'un récit laisse apparaître assez facilement une partie du vécu qui se retrouve derrière cette écriture. 

     L'écriture de nos ancêtres, ce geste personnel, grâce à sa fixation sur le papier qui a traversé le temps, est parfois ce qui nous reste de plus révélateur et de plus objectif, car non déformé par une transmission orale.                             (Pierre RAMAUT coordonnateur de Geneasens, citant la psychothérapeute Marie José SIBILLE)

    La plus ancienne est manifestement une lettre du 23 novembre 1839 de Jean Parfonry, écrite de Bruxelles à l'attention de Monsieur LEYSSENS, son avoué habitant à Anvers. Le sujet de celle-ci est en lien avec une procédure judiciaire ayant déjà été analysée et expliquée précédemment (voir article : Parfonry contre Laruelle en 1839).

      La lettre est lisible et compréhensible à la lecture même si on y trouve des imperfections dans la tournure de certaines phrases. L'écriture est par contre très régulière, homogène, droite sans ratures. Même si c'est parfois un peu confus, les idées se suivent de manière assez logique, ce qui permet d'avoir une vision assez globale de ce dossier judiciiaire. L'orthographe est assez correcte. A l'exception de certains accords de verbe, il n'y a pas trop de fautes (sauf le mot temps mal écrit à deux reprises). C'est surtout au niveau de la structure des phrases que cela manque de précision. De même, les idées se succèdent au travers de phrases accolées mais non séparées par une ponctuation adéquate. Les mots utilisés sont très variés, notamment au niveau de l'emploi des verbes, témoignant d'une bonne connaissance du langage. En définitive, par le contenu de cette lettre, on découvre que Jean disposait d'un certain niveau d'éducation probablement obtenu en ayant fait au moins ses premières années primaires. De par son emploi de domestique, il avait par ailleurs acquis une certaine facilité d'expression, au contact d'une certaine bourgeoisie. Les défauts dans les tournures de phrase résultent très certainement de l'absence courante de rédaction de lettres signifiant que Jean n'a pas exercé dans des emplois commerciaux.

      Cette relecture de la lettre m'a permis de trouver une information capitale qui ne m'était pas apparue lors du premier traitement de ce dossier judiciaire. Dans une phrase, Jean Parfonry fait mention distinctement de son fils (mon fils en remettant les clefs a pris précaution de prendre deux témoins) . Dans ce cas, ll ne peut s'agir que de François-Xavier, qui allait atteindre ses 19 ans. Il était donc bien toujours à Anvers au moment de cette affaire Laruelle. 

      Voici reproduit, aussi semblable que possible à l'originale dans son contenu, avec toutes les fautes et absences de ponctuation, le texte de cette lettre de Jean PARFONRY adressée à son avoué LEIJSSENS.  La lettre originale en provenance des Archives de la Province d'Anvers (Felix Archief) se trouve sous forme de fichier ci-dessous.

Monsieur Leijssens

J'espère que votre bravoure envers moi ne se ralentira pas vu que vous êtes l'homme par excellence qui m'avez tiré tant de fois de l'embarras, et qui vous m'en tirerez encore Cette fois j'en ai la confiction, car vous êtes l'homme qui s'intéresse au sort de Malheureux je suis parti d'Anvers sans avoir eut le plaisir d'aller vous témoignez toutes ma gratitude de ce que vous avez fait pour moi ainsi que mon brave avocat, Monsieur Dumerci que j'espère d'aller voir aussitôt, que je serai rétabli de ma maladie que j'ai gagné sur la Vapeur d'Anvers à Bruxelles.

Cette dame que je vous envoye Monsieur Leijsdens, est une très brave dame qui s'intéresse beaucoup à mon sort elle vous dira de quoi il est question, C'est toujours cette malheureuse affaire Laruelle, les fils est venu il y a quelque tems me demander les payements de six mois, mais vous savez Monsieur Leijsdens que j'avais payé jusqu'au 13 du mois d'août maintenant il réclame un trimestre celui du 15 aout dont vous vous rappelez fort bien les Clef ont été apportée chez l'avoué Brands, le 9 courant, a raison que sur une des citations qu'il m'avait fait, il se disait domicilié chez l'avoué Brants, meir steeg. Brands a jetté les clefs dans la rue disant qu'il n'avait aucune affaire avec Laruelle Maintenant  il trouve un prétexte de dire que les clefs ne lui ont pas été remises, mon fils en remettant les clefs a pris la précaution de prendre deux témoins, je ne suis pas parti comme il voudrais le faire croire, pour me soustraire au payement, car vous savez Mr Leijsdens que l'argent a été toujours prêté jusquà la fin, mais il n'a pas voulu insérer dans sa quittance la note que Monsieur Dumerci m'avait donné, j'espère que poudront faire valoir ses 108 florins que j'ai du payer au peintre, pour son compte vu qu'il avait dit en présence de témoins, en recevant mes neuf mois de loyers qu'il fera repeindre la maison de haut en bas. Vous jugerez s'il est à propos de lever les jugements intervenu entre partie enfin Monsieur Leijsdens je me repose tout à fait sur vous et sur mon avocat. ne prenez pas de mauvaise part que je n'ai pas été chez vous avant de partir, je recevait une lettre de mon propriétaire ici je n'ai eut les tems que de partir. Une fois ici j'ai été pendant huit jours malade à l'auberge sans pouvoir me rendre à mon nouveau domicile, dont je suis maintenant installé, mais malheureusement encore malade sans oser sortir sans les ordres de mon médecin, car mon arrivée ici a été marquée un bien triste commencement.

Et maintenant encore être poursuivi par un homme qui est la cause de ma ruine. J'ai fini ma longue lettre, Monsieur Leijsdens en vous saluant ainsi que mon avocat du fond du coeur et reste votre humble serviteur

                                                                              Signé : J Parfonry

à Monsieur Leijsdens, avoué

rue rempart des tailleurs de pierre

à Anvers

     Disposant d'un niveau d'éducation assez bon selon ce qui découle de cette lettre, cela peut nous aider à interpréter la raison de ce déplacement vers Bruxelles. Le dossier judiciaire une fois réglé, il faudra bien que Jean continue à travailler. Il n'avait à ce moment que 42 ans. L'année 1839 voyait justement le démarrage de la production de locomotives à vapeur à la Société du Renard (correspondant de nos jours à la Place du Jeu de Balle), dans ce quartier des Marolles où s'est installé Jean. De 1839 à 1844, les premières machines du continent européen, sortiront de cette usine, avant de voir la concurrence de Cockerill à Liège, plus proche des matières premières, mettre fin rapidement à cette production1. Ce qui pourrait être la raison de l'installation de Jean dans ce quartier. Le besoin de disposer d'une main d'oeuvre qualifiée peut expliquer le déplacement vers Bruxelles.

 

1 Informations trouvées dans le livre : Estaminets des Marolles, par Pol POSTAL, Cercle d'histoire et d'archéologie "Les Marolles", Bruxelles, 1986 (ndlr : ce livre est visible à la Taverne Le Faucon, 143, Bd. du Midi, Bruxelles ; en remerciant Yves KLEINERMANS de me l'avoir prêté) ;

Lettre de Jean PARFONRY à l'avoué LEYSSENS du 23 novembre 1839 (page 1)

Lettre de Jean PARFONRY à l'avoué LEYSSENS du 23 novembre 1839 (page 2)

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