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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 07:08

     Un article assez ancien de ce blog avait relaté du passage d'un certain JOHNSON rendant visite au Congo en 1883 à l'explorateur H.M. STANLEY (voir article : L'avis de décès d'Emile Parfonry, le militaire explorateur). Rien dans cet article ne mentionnait l'objet de cette rencontre avec celui qui travaillait directement pour le roi Léopold II en personne. En cette période de tension et de compétition entre les puissances européennes en Afrique, cette rencontre entre deux anglophones (N.B. : STANLEY, gallois de naissance, avait la nationalité américaine) ne pouvait, croyait-on, être placée que sous le signe d'une mission spéciale. La qualité de ce dénommé JOHNSTON n'avait pu être déterminée à ce moment, en raison d'une erreur de transcription de son nom (JOHNSON) dans l'extrait de journal qui faisait précisément l'objet de ce précédent article.

      La découverte récente d'une autre publication relatant spécifiquement des échanges entre H.M. STANLEY et H.H. JOHNSTON permet d'éclaircir les points restés obscurs. Pour s'apercevoir que la personne rendant compte de sa visite à STANLEY au Congo, en cette fin d'année 1882, n'est autre que le  futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON (1858-1927), celui qui, avec Cecil RHODES, fut de ceux qui établiront la ligne directrice de cette entreprise coloniale anglaise, à travers l'expression "From the Cape to Cairo ". Egalement, un des principaux acteurs des expressions "la course à l'Afrique - Scramble for Africa ", marquant cette période de conflits territoriaux intenses que la Conférence de Berlin de 1885 ne pourra pas totalement apaiser. 

      A l'époque de cette rencontre avec STANLEY, JOHNSTON n'en était encore qu'à son premier voyage en Afrique Centrale. A l'âge de 34 ans, il avait débuté par un séjour en Angola y accompagnant un certain Lord MAYO1 pour sa connaissance du portugais et sa passion des langues bantoues. A la suite de ce périple, il arrivera fin 1882 à Vivi au Congo, sur la côte atlantique. Y rencontrant STANLEY, il lui proposera, sur financement personnel, de remonter le fleuve Congo pour y écrire ses impressions d'Afrique, en envoyant régulièrement des lettres à des journaux britanniques, dont le Times2. Persuasif, il obtint l'autorisation de mener une expédition à pied en remontant le fleuve jusqu'au Pool Malebo, accompagné de trois Zanzibarites armés et de onze porteurs.

     Rapidement, JOHNSTON arrivera à Isangila, la station récemment ouverte sur le chemin remontant jusque Léopoldville. Emile PARFONRY y officiait, depuis le 15 novembre 1882, comme responsable chargé de faire signer des traités avec les chefs locaux (voir article : Emile Parfonry au milieu du conflit Stanley - De Brazza). De facto, les deux personnages se rencontreront. C'est cette rencontre qui est relatée au travers de l'extrait repris ci-dessous. Ecrit en français, ce livre contient beaucoup d'extraits de lettres de H.H. JOHNSTON et H.M. STANLEY, écrites en anglais et non traduites.

H.H. Johnston et H.M. Stanley sur le Congo, par Marcel LUWEL; Académie Royale des Sciences d'Outre-Mer, Bruxelles, 1978

...........Le 11 janvier 1883, Johnston arriva à Isangila après quatre jours de marche et le 5ème de son départ de Vivi. Dans sa lettre au Chef de station de Vivi, il écrit "Je l'aurais facilement atteint en trois si je n'avais eu à lutter contre un mauvais temps qui parfois me jeta dans le désespoir".

........En entamant l'ascension de la colline sur laquelle se trouve Isangila, Johnston note la croix noire et le tertre de la tombe de Paul Nève, pionnier belge mort à la fleur de l'âge. ........ " A broad causeway" conduit à la station où le lieutenant Parfonry commande. Johnston trempé par la pluie et comme il le dit " feeling slightly embarrassed by my disreputable apperrance " se présente à Parfonry occupé dans le magasin du poste. L'officier belge le dirige  dans une chambre de la station, lui procure des vêtements propres et lui prépare un bain chaud. Johnston, à qui un serviteur demande ce qu'il voulait avoir, répond: " a glass of wine ". Parfonry n'en a plus et Johnston se voit obligé de boire " endless cups of hot coffee " lors du " comfortable little repast ". La réception chaleureuse et expéditive du chef de la station d'Isangila, "un homme fort pratique et sans me demander une question remit complètement le voyageur3". Entretemps, ses hommes rentrent l'un après l'autre, lui apprenant ce qu'ils ont perdu en route. ......... Johnston " bonne fourchette s'il en fût " n'oublia pas de signaler à Stanley les qualités du lieutenant Parfonry, chef de la station ; deux fois par jour des légumes frais et quelles salades ! Des radis nouveaux, au petit déjeuner, des pommes de terre frites au diner, des ananas, des papayes et des bananes au dessert " ... so that it is quite rejuvenating to stop here ". Cette lettre est déjà révélatrice d'un Johnston qui apprécie les  avantages dont il a profité..... Le "Royal " l'attendait pour le conduire à Manyanga.......

     JOHNSTON poursuivit sa route jusque Léopoldville qu'il atteignit le 1er avril. Il fera le chemin inverse en quittant Léopoldville le 25  avril pour arriver peu après à Manyanga où il y restera jusqu'au 3 mai. Il sera de retour à Vivi le 24 mai, après être passé à nouveau par Isangila. Il quittera le Congo le 29 mai pour Luanda en Angola avant de repartir vers l'Europe où il rencontrera le roi Léopold II en juillet 1883 (N.B. : Résumé des principales dates repères du parcours de JOHNSTON en 1883)

    Ces quelques dates sont importantes car cela permet de confirmer que H.H. JOHNSTON, en arrivant à Manyanga fin avril sera mis au courant de la mort du lieutenant PARFONRY, décédé le 24 mars, et en conséquence que c'est bien lui qui prendra la lettre avertissant de son décès lors de son retour en Europe.

      Après ce premier périple en Afrique, H.H. JOHNSTON poursuivra une brillante carrière. Disposant de plusieurs cordes à son arc, il était à la fois botaniste, ethnographe, écrivain, dessinateur, peintre, polyglotte et passionné de linguistique bantoue. Mais surtout, il deviendra l'un des administrateurs coloniaux britanniques les plus en vue. C'est lui entr'autre qui règlera le problème des sphères d'influence entre le Portugal et le Royaume-Unis, qui se fera l'avocat de la cause portugaise pour l'attribution de l'embouchure du fleuve Congo, qui critiquera l'aspect commercial de l'exploration du Congo par Léopold II, qui s'efforcera de transférer le Katanga belge sous influence anglaise. Il fait partie de ceux que les britanniques qualifient d' " Empire builders ". Etait-il venu simplement au Congo en simple passionné ou agissait-il déjà comme agent britannique, la question a été évidemment posée ? Il semble que ce premier périple en Afrique Centrale a éveillé sa conscience une fois qu'il comprendra l'intérêt que portera Londres aux récits de son voyage. En 1884, il entreprendra une nouvelle expédition au Kilimanjaro pour la Royal Geographic Society avant de débuter une carrière diplomatique en 1886 au Cameroun.

     La rencontre à Isangila avec le futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON a été sans doute capitale pour notre lieutenant Emile PARFONRY. Doté très certainement d'une personnalité forte, mais montrant un indéniable sens de la convivialité et de la reconnaissance, JOHNSTON a du répercuter auprès de STANLEY les impressions qu'ils avaient ressenties à son égard lors de son court passage à Isangila. Ce qui explique en grande partie l'éloge que portera personnellement H.M. STANLEY sur Emile PARFONRY, en écrivant dans son livre Cinq années au Congo 1879-1884 : One of the most excellent men was the Lieut. Parfonry. He lived long enough to show that in him were contained all the elements that make men greatly esteemed for intrinsic worth, moral bravery, and the indefatigable spirit of capacity .....Autre aspect qui découle de cette rencontre, c'est qu'elle confirme les qualités de cuisinier d'Emile PARFONRY qui étaient déjà apparues dans le livre Sur le haut Congo de Camille COQUILHAT, où on y repère la phrase ".... les trois poules que nous avons achetées en route mijotent dans les marmites. Parfonry est proclamé chef des fourneaux "

 

1  Ce Lord Mayo ne peut être que le fils d'un Gouverneur général et Vice-Roi des Indes de 1869 à 1872, assassiné en poste en 1872 ;

2 JOHNSTON publiera, à partir de toutes ces lettres, un livre en 1884 intitulé "The River Congo " ;

3  Phrase reprise de H.H. JOHNSTON, écrite dans un français hésitant ;

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