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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 01:13

      A travers ce blog,  plusieurs descriptions ont déjà été relatées, portées par l'un ou l'autre PARFON(D)RY. Que ce soit Jean-Pierre le rescapé de la Justice, Jean le maître-charron, Emile l'horloger, Emile l'instituteur, Alphonse le cycliste, Emile le militaire-explorateur, François-Xavier le marbrier, Paul le peintre, Georges le statisticien, Jean l'ophtalmologue, Jacques la mémoire vive, Georges le colombophile, Joseph l'industriel sévillan, Louis le soldat de la Grande guerre, Diego l'ingénieur militaire, Albert le mécanicien, Lambert le consul de France, Marcel le prolo surréaliste, Max le professeur d'art dramatique, Joseph-Léonard le colonel écrivain, Roland votre fieldmouse et quelques autres, tous ces individus, rassemblés autour d'un même patronyme, ont permis de cerner la société dans sa diversité et son évolution.

     Et voici qu'un petit dernier s'ajoute à la liste. Il s'agit d'Emilio PARFONRY de la branche d'Erezée. Né en 1894 et décédé à Bruxelles en 1969, Emilio fait partie d'une fratrie de six frères et soeurs. Louis,  l'un de ceux-ci, a déjà eu droit à être relaté dans ce blog (voir article : Qui est le fantassin PARFONRY ?). Il est aussi le neveu de ces trois frères qui furent de ceux qui partirent à l'aventure en faisant connaitre à notre patronyme des histoires insolites. Que ce soit Emile aux côtés de STANLEY au Congo, Narcisse dans la forêt amazonienne ou Joseph à Séville, ils ont apporté à cette saga tous les éléments d'une ouverture au monde. Comment ne pas voir d'ailleurs dans ce choix du prénom d'Emilio comme une double référence à deux de ses oncles. A celle d'Emile décédé au Congo en 1883, est venue se superposer l'aventure espagnole de Joseph.

     Emilio, par contre, n'a pas été inspiré de suivre ces exemples. L'époque avait changé et l'ouverture au monde se faisait plus volontiers au travers de la création artistique, apportée par l'éclectisme de l'Art néoclassique. Emilio devint ainsi photographe et son studio, situé chaussée d'Ixelles, à proximité de la Place Fernand Cock à Bruxelles (Ixelles), fut parmi les plus convoités de la capitale belge.

     Le parcours d'Emilio nous revient au travers des quelques photos, en provenance de son studio, que l'on découvre de nos jours sur des sites de vente. Elles font même resurgir de l'oubli quelques personnages d'arrière - cours qui immanquablement risquent de ne pas survivre autrement. Emilio les a, et le terme trouve ici toute son identité, sa réalité, immortalisé. L'étude de ces portraits reste probablement l'une des seules données pour nous permettre de connaître Emilio PARFONRY.

            La première de ces personnes s'appelle Neel DOFF (1858-1942). Née au Pays-Bas, écrivain d'expression francophone, elle est inconnue sans doute de n'importe quel lecteur. La caractéristique de son parcours est d' avoir été parmi les finalistes pour l'attribution du Prix Goncourt en 1911 avec son livre Jours de famine et de détresse. On lui préféra Alphonse de CHATEAUBRIANT (rien à voir avec François-René, le romantique né et enterré à Saint Malo), un écrivain plus connu de nos jours pour avoir été un collaborateur du régime nazy, condamné à mort par contumace. Roman autobiographique, Neel DOFF y décrit son enfance très pauvre au milieu de neuf frères et soeurs. Son oeuvre littéraire dénonce l'autorité masculine de la société du XIXème siècle. Elle s'en sortira en devenant un modèle pour certains peintres belges de renom (Félicien ROPS, James ENSOR) et en suivant les cours du Conservatoire de Bruxelles avant d'épouser l'éditeur Fernand BROUEZ puis l'avocat Georges SERIGIERS. Elle sera également choisie pour servir de visage au personnage de Nele, la compagne de Thyl Ulenspiegel, deux icones de la résistance flamande à l'encontre de l'occupant espagnol au XVIème siècle, immaginés par l'écrivain Charles de COSTER. La sculpture trône de nos jours sur la Place Flagey à Ixelles, non loin de l'endroit où se situait le studio d'Emilio PARFONRY. Neel DOFF habita longtemps au 36 de la rue de Naples à Ixelles, endroit où elle décéda.

      Le deuxième personnage, photographié par Emilio, se nomme Lucien MUSSIERE (1890-1973). Il s'agit d'un comédien belge s'étant illustré dans le vaudeville et l'opérette. Son fait de gloire serait d'avoir été au générique en 1934 du film "Les 4 Mousquetaires " dans lequel les acteurs jouaient avec l'accent bruxellois. Présenté à Paris, c'est ce film qui aurait donné l'occasion à la France profonde de se fabriquer une caricature toujours actuelle de ses voisins belges. Il dédicace son portrait en 1927 à l'attention du compositeur de musique Arthur Van OOST(1870-1942), comme suit : A l'inoubliable compositeur des "Moulins qui chantent" Maitre Van Oost. Très sincérement

      Le troisième personnage est Marc SOMERHAUSEN (1899-1992), né et décédé à Ixelles. Il fut député socialiste et Président du Conseil d'Etat. Son portrait fut réalisé en 1946.

     La dernière photo ne se rapporte pas à un personnage mais plutôt à une représentation symbolique. Celle d'Arlequin qui tiendait au bout de ses doigts une Colombine qu'il aurait volée à un autre personnage de la Commedia del arte, celui de Pierrot.

    Ses quelques photos ne sont qu'un échantillon du travail d'Emilio. En fonction de ces personnages immortalisés dans ses portraits, on peut arriver à cerner quelque peu son profil. Il devait probablement avoir une certaine affinité avec le milieu artistique. Les portraits de Neel DOFF et de Lucien MUSSIERE en attestent. Mais l'idée de la représentation d'Arlequin est probablement la plus personnelle, la plus en rapport avec son mode de réflexion. Emilio était-il un personnage quelque peu farfelu ? Peut-être mais son installation à Ixelles, dans l'un des nouveaux centres d'extension de Bruxelles (quartier Léopold, Avenue Louise, siège social de SOLVAY), avec la présence d'une bourgeoisie aisée auquel se mélangeaient bien volontiers des artistes, ne doit rien du hasard. Emilio a eu le flair, suivant en cela l'expérience de son père Alfred, le brasseur, qui était devenu propriétaire du Trianon, l'un des premiers cafés restaurants du Bois de la Cambre, lieu de promenade par excellence de l'aristocratie bruxelloise.

Neel DOFF (1858-1942)

Neel DOFF (1858-1942)

Lucien MUSSIERE (1890-1973)

Lucien MUSSIERE (1890-1973)

Arlequin et Colombine

Arlequin et Colombine

Marc SOMERHAUSEN

Marc SOMERHAUSEN

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commentaires

Agnès Parfonry 14/03/2014 09:37

excellent,
Bravo pour cette découverte. Un photographe voici qui enrichit notre galerie de portraits de notre saga. Le XIXème siècle devient pour nous plus proche, plus vivant incarné par tous ces personnages que tu as mis en scène dans leur contexte professionnel et sociétal. Intéressant cette romancière Neel Doff ! Que de pépites dans ce blog. A bientôt cousin "Fieldmouse"

Jean Parfonry 16/03/2014 09:52

Bonjour Roland,
j'étais au Congo , chez notre fille Aliette, quand j'ai découvert cet article sur Emilio Parfonry
Je l'ai très bien connu et nous avons été chez lui à "Chaubrie" petit hameau de Lasnes.
Je dois rechercher , mais je dois avoir quelques photos de famille.
Depuis le temps que je te le dis, je dois absolument commencer "mes fouilles " pour te les présenter

Belle journée pleine de soleil
Amitiés
jean