Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 15:31

      L'année 1940 n'est pas ce qu'il y a de plus joyeux dans les mémoires. Le dernier conflit sur le territoire européen garde toujours des traces et marque encore les esprits de nos jours. C'est pourtant de cette année là que l'on fait référence dans cet article.

      Le 10 mai 1940, pour ceux et celles qui n'en auraient pas entendu parler, la seconde guerre mondiale démarrait. La Belgique, ce petit territoire à qui on avait octroyé un statut de neutralité, pour la remercier d'avoir subi pendant des siècles les conséquences des conflits entre les dynasties européennes, était malgré tout une nouvelle fois envahie par nos voisins de l'est. 

      En conséquence, suite à des ordres en bonne et due forme du gouvernement, la mobilisation pour résister à l'envahisseur fut mise en place. Les jeunes belges valides de 16 à 35 ans devaient rallier, par leurs propres moyens, un centre de rassemblement. Il s'agissait dans ce cas de celui d'Erquelinnes, à la frontière française. Et parmi eux se trouvait Georges, mon père, né en 1920, qui ne pouvait immanquablement y échapper. Il venait de terminer avec fruit ses humanités gréco-latines à l'Athénée de Jodoigne. Muni d'une couverture et de vivres pour deux jours, conformément à l'ordre de réquisition, Georges avait pris le chemin d'Erquelinnes dès le 12 mai, en vélo, en compagnie de ses deux cousins germains Edgard et Henri PAESMANS. Ayant démarré à Beauvechain, ils passèrent au préalable par le village de Piétrebais pour y récupérer Norbert LACROIX, un ami de collège d'Edgard1.

     Le quatuor à vélo aura déjà été confronté à la guerre avant d'atteindre le lieu de rassemblement. Un soir, ayant trouvé refuge dans une maison abandonnée à Quiévrain, ils eurent à subir le bombardement d'avions allemands, se cachant dans la cave2.

     C'ette préparation, un peu à la fleur du fusil,  ne tenait pas compte, il est vrai, des forces adverses. La résistance de l'armée de métier, installée aux frontières, ne fut qu'un fétu de paille (voir article : Aloÿs, tué au premier jour de la guerre 40-45). Il ne fallu en tout et pour tout que 18 jours pour que le char d'assaut venu de l'est n'oblige la petite Belgique à capituler3. De loin insuffisant pour assurer une formation, même rapide, de tous ceux qui avaient été réquisitionnés. Désormais, la question se posait de savoir ce qu'il allait advenir de tous ces soldats potentiels. Les souvenirs de la guerre de 1914 refirent surface avec les exactions et les fusillades de plusieurs centaines de civils par l'armée prussienne4, en représaille aux actions de francs-tireurs faussement propagées, à la résistance inattendue de l'armée belge et à l'engagement de l'armée française5. Le bombardement par l'aviation allemande de Rotterdam le 14 mai, ayant fait 800 morts, accentua le mouvement d'exode, provoquant l'un des principaux déplacements de population de ce XXème siècle. Un véritable cortège de réfugiés, soumis aux bombardements en piqué des Stukas, se dirigea ainsi vers la France pour fuir ce souvenir qui fait encore partie de nos jours de la mémoire collective de la Belgique.

     Aussi, dès le 27 mai, veille de la capitulation, un ordre du gouvernement belge, via l'agence BELGA, fut donné à tous ces mobilisés de quitter le pays. Ils seront, in fine, considérés comme des réfugiés civils en France6. En ce jour de Pentecôte 1940, Georges évacuait, transitant par le village d'Honnelles avant de passer la frontière7.

     Pour se retrouver finalement près du Pont du Gard, cette fois  sans ses cousins qui poursuivront vers Andance dans l'Ardèche. Ayant endommagé son vélo peu avant d'arriver à Erquelinnes2, il est probable que Georges a du se séparer de ses compagnons et prendre un autre moyen de locomotion pour poursuivre son exode. Jusque la fin mai, le réseau des chemins de fer français n'avait pas encore été trop endommagé par l'aviation allemande. De ce séjour, qui ne dura finalement que quelques semaines, Georges s'en rappelait régulièrement. Essentiellement, par le statut spécial qu'il s'était vu recevoir. Sans formation particulière, le rôle d'infirmier, chargé d'administrer des piqûres dans la population des réfugiés, lui avait été octroyé. Il serait plus logique d'affirmer qu'il ait été recruté comme brancardier mais vu la certitude qui ressortait de ses explications, on lui laissera le bénéfice du doute. Il est vrai que, devant l'affluence du nombre, les services hospitaliers locaux devaient être quelque peu surchargés. Une photo, datée du 1 juin 1940, et retrouvée dans le monticule des photos accumulées dans l'une de ses anciennes boites métalliques à biscuits, montre, bel et bien, notre Georges avec un brassard de la Croix-Rouge. Qui reviendra quelques semaines plus tard en Belgique en allant se cacher à la ferme de son oncle à Neerheylissem. Voyant que la situation se stabilisait vis-à vis des civils, Georges reprendra en octobre de la même année les cours à Bruxelles pour obtenir en 1944 son diplôme de Conducteur des Travaux. L'année suivante, fin 1945, il fut cette fois mobiiisé pour de bon et effectuera son service militaire en Allemagne dans la zone d'occupation que les anglais avait octroyée à la Belgique

    Plus de 50 années plus tard, l'occasion me sera donnée de faire le lien avec ce fait d'histoire, l'un des épisodes relevant de la vie de Georges. En 1997, avec son épouse, ils seront reçus par le Bourgmestre de Sambreville Jean POULAIN, à l'occasion de leurs Noces d'Or. Après un discours de circonstance par l'échevin Vincenzo MANISCALCO, un repas en famille s'en suivit dans l'un de ses restaurants de la vallée de la Molignée qu'ils affectionnaient particulièrement. C'est à cette occasion, sur une idée, au départ de mon épouse, que je lui offris en cadeau un séjour de quelques jours, TGV 1ère classe inclus, aux abords du Pont du Gard (Hôtel Le Colombier à Remoulins). Il ne lui restait plus qu'a retrouver le village où son statut de réfugié l'avait conduit en mai 1940. Georges en avait conservé le nom dans sa mémoire. Que je n'ai malheureusement pas pris soin de noter sur le coin d'un calepin. Une autre photo a immortalisé Georges, déambulant dans une ruelle de ce village en se remémorant l'un des faits de vie qui l'ont particulièrement marqué. Il profitera également de ce voyage pour revoir le Pont du Gard et aller visiter Nismes.

 P.S. : Si en regardant l'une des deux photos ci-après, vous reconnaissez l'endroit, n'hésitez pas à me communiquer le nom de ce village !!!

1 Edgard, Henri et Norbert se retrouveront en mai 1947 au mariage de Georges (voir article : La photo de mariage de Georges et Solange) ;

2  Souvenirs d'Henri PAESMANS, transcris dans une lettre rédigée en octobre 2008 ;

3 L'armée belge résista à l'invasion allemande du 10 au 28 mai au matin ;

4 Rien que pour la localité de Tamines, où mes parents ont habité pendant près de 35 ans, on recense  384 civils fusillés  ;

5 En reconnaissance de cette résistance, plusieurs rues, dans diverses localités, furent appelées "Rue des Français " ;

6 GERARD-LIBOIS J. et GOTOVITCH J. (1971) : L'an quarante. La Belgique occupée ; CRISP, Bruxelles ;

7 Et chaque fois que je mange sur la terrasse du restaurant-brasserie "Au Baron" à Gussignies, côté français, j'imagine que c'est par la petite route longeant l'Hogneau que mon père a commencé son périple de réfugié en France ;

      

En juin 1940. Georges est le premier à gauche avec le brassard de la Croix-Rouge

En juin 1940. Georges est le premier à gauche avec le brassard de la Croix-Rouge

En 1997. Georges se promenant dans le village (credit : Solange BERGER)

En 1997. Georges se promenant dans le village (credit : Solange BERGER)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Robert 03/04/2014 20:52

J'ai reconnu ton père au 1er coup d'œil dans la ruelle du village du Gard en 97.
Quand vas-tu nous entrainer au resto brasserie Au Baron?
Roberto

Parfor 11/07/2014 21:07

Cela devait être activé. Ce souhait s' est finalement réalisé le 26 juin 2014. Deux Robert (Ser. ... et Wil. ..) et moi même, de la promotion 1967 de l'Athenee de Tamines, se sont retrouvés à cette occasion.