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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 17:59

       Ca y est une fois pour toute. La thèse de doctorat, annoncée depuis quelques temps1, a été soutenue par Joëlle PETIT en ce mercredi 19 mars au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) à Paris. Entérinée par un jury de cinq spécialistes2 de ce domaine si réservé de l'histoire des techniques, deux femmes et trois hommes, un belge et quatre français, qui se devaient d'attester de l'originalité et de l'innovation proposées par Joëlle3, centrée sur la marbrerie tant artisanale qu'industrielle.

      Oser aborder un titre tel que Le Rayonnement des marbriers wallons (1800-1920), la question pouvait sembler surprenante alors que la notion de Marbres de Flandre constituait une référence mieux perçue dans les écrits4 et les souvenirs de nos jours. Cela donnait un peu à cette thèse un parfum de débat régionaliste que les médias et politiques ne manquent pas habituellement d'orchestrer. Avec comme preuve, cette référence explicite à l'origine flamande de François-Xavier PARFONRY dans la lettre assez récente de Jacques PARFONRY, son arrière-petit-fils, écrite en 2006. Mais aussi dans le titre de la thèse repris sur le diplôme symbolique remis, lors de la réception, par la Société des amis du Centre d'histoire des techniques de l'environnement (SACDHTE). Il y a de quoi créer un trouble dans les esprits et devoir rétablir la vérité historique et géographique.

     Présent en tant que soutien aux multiples facettes (la solidarité wallonne, la curiosité thématique, le lien avec ce blog), il fallait aussi vérifier et attester que le nom de PARFONRY y allait bien être cité. J'avais, comme prévu, fait le déplacement très matinal en THALYS, en réservant un billet au départ de la gare de Charleroi. Arrivé assez tôt dans la matinée à la Gare du Nord, l'envie m'est venue de prendre la direction du Centre Georges POMPIDOU. Quoi de plus complémentaire que d'aller visiter ce haut lieu des musées parisiens.  Ce deuxième objectif  pour remplir ma journée avait de quoi booster ma curiosité. Mais arrivé devant ce lieu, reconnu par sa configuration externe particulière, qu'elle ne fut pas ma déception de constater que les visites ne commençaient pas avant 11 heures. Comment imaginer, prévoir cette configuration horaire si tardive. Bardaf, c'est l'embardée comme on dit chez nous. Mon beau programme se trouvait amputé. Il ne me restait plus qu'a patienter.

      La soutenance de thèse a commencé avec un léger retard. Vu le nombre supérieur sans doute escompté de personnes, des sympathisants de Joëlle, le jury parvint à obtenir une autre salle plus large, rendant l'atmosphère plus apaisante, moins oppressante.

      Joëlle était désormais seule devant ses juges, sentant néanmoins le fluide positif d'une assistance non clairsemée venue la soutenir. Brièvement, son parcours mérite d'être notifié en préalable. Sa détermination, sa quête initiatique dans ce domaine si particulier de la marbrerie a débuté lorsqu'elle travaillait en tant que volontaire, comme trésorière du petit musée du marbre de Rance, petite localité de la botte du Hainaut, fleuron ancestral de la production marbrière, ayant déversé ses produits pendant de nombreuses années vers la France en général et le château de Versailles en particulier. Et qui, pour la cause, se trouva longtemps être une enclave française dans ces Pays-Bas instauré depuis l'occupation bourguignonne au XVème siècle. Contaminée singulièrement par un virus trouvé dans le marbre, Joëlle se mit à relancer cette histoire oubliée de l'industrie marbrière. Précédée d'un long parcours scientifique, elle se lança dans cette thèse de doctorat pendant huit années, occupant sans partage cette passion durant tous ses moments de loisirs. Elle débusqua dans les archives ce qui restait de cette exploitation d'un matériau noble. Plusieurs exposés et publications commencèrent à la faire connaitre dans le milieu scientifique. Pour finalement être reconnue, en 2013, d'un prix de l'Académie des sciences, des arts et belles lettres de Dijon5, l'autorisant à présenter en cette journée cette thèse toute personnelle.

      Les membres du jury ne s'y trompèrent pas, lui reconnaissant une belle monographie, faisant de la Wallonie une région marbrière, à part entière, aussi bien qu'une région minière déjà reconnue. La lecture de cette histoire du marbre donna l'occasion aux membres du jury d'exceller dans la terminologie et les citations. Manifestement, ils avaient, chacun et chacune, veillé à décortiquer le document. Ce qui me permit d'en ressortir les abords les plus attrayant.

      Pour un premier juré, cela  donne l'impression qu'il avait une belle oeuvre à faire. Un second y voit un travail héroïque compte tenu des difficultés rencontrées mais débouchant sur un document de grande envergure présentant un ancrage local dans des outils, dans un terroir en partant du matériau brut jusqu'au produit fini. Un autre insiste sur la dimension du geste technique, associée d'ailleurs à  la comparaison avec une cathédrale.

     De nouvelles pistes de recherche furent préconisées, témoignant par là des réelles possibilités entr'ouvertes par cette thèse. La richesse des acteurs est telle qu'elle implique d'être approfondie. Le lien avec les autres secteurs de l'industrie au niveau de l'utilisation des outils de production, les échanges commerciaux - au travers des registres comptables, une meilleure caractérisation de la production marbrière d'origine belge, le lien plus affirmé entre la technique et l'art sur le plan historique, le développement des réseaux de marbriers qui se sont constitués entre la Belgique et la France sont désormais autant de créneaux donnant un grand avenir à ces études sur la marbrerie.

      Quant à notre marbrier PARFONRY, il ne fut pas oublié, loin de là. Joëlle l'a mis sur le même piédestal que d'autres de nos jours plus connus, tels les CANTINI, DERVILLE, SEGUIN. En le faisant ainsi entrer parmi les acteurs incontournables de ce domaine de la marbrerie. M'avouant d'ailleurs, au moment de la réception qui succéda à cette défense, qu'elle avait pris conscience que son rôle est probablement beaucoup plus global que les autres au vu de ses diverses initiatives apparaissant au travers de tous les articles de ce blog. La charge symbolique du marbre, au cours de ce XIXème siècle avait évolué, en faisant  de la cheminée l'objet artistique par excellence de la bourgeoisie émergente. Matériau préparant à la modernité, ses réalisations constituent une mémoire vivante de cette époque. Les  marchés d'exportation, les premiers conflits sociaux, la notion de concurrence, l'implication dans les Expositions universelles, la longueur de son parcours complètent le tableau en faisant de François-Xavier PARFONRY, un acteur incontournable dans ce milieu. Sans omettre le fait que ses acquis sont le résultat de nombreux extraits rassemblés à partir d'une littérature conséquente. Et à ce niveau, Joëlle a relevé dans sa synthèse, sans anicroches, qu'il se montra particulièrement pro-actif au vu de ses prestations et de ses récompenses qui dominent. Au même titre que les marbriers de Rance, installés avant lui en France, il est indéniablement l'un des marbriers témoins de cette relation historique si particulière entre les deux pays. Un domaine que les membres du jury ont estimé comme insuffisamment exprimé au regard du titre annoncé de cette thèse. Déception que j'avais moi-même ressentie dans la présentation et les différentes analyses du jury de thèse. Lui préconisant d'en revoir le titre sous la forme : Des marbriers wallons et leur rayonnement en France afin d'en mieux clarifier son propos. Un problème identitaire, un concept géographique sur lesquels nous pouvons être sur que Joëlle rebondira et en profitera pour relancer sa passion. L'oeuvre de François-Xavier PARFONRY n'est sans doute pas finie d'être approfondie dans le milieu scientifique.

    Au cours de cette même réception, qu'elle ne fut pas ma surprise d'entendre, par l'une des deux voix féminines de ce jury, qu'en découvrant ce blog, elle s'était fortement amusée à la lecture du compte rendu de la visite effectuée au Musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet). Comme pour attester finalement que cette relation de faits autour d'un même dénominateur commun finissait par attirer un large public.

P.S. : Dès qu'une version de la thèse sera disponible sur la base de données du Cnam, j'indiquerai le lien pour y parvenir.

 

1 Notamment, par les articles suivants :

- François-Xavier devient un moteur de recherche ;

- François-Xavier, acteur important de l'industrie marbrière au 19ème siècle ;

- François-Xavier n'a pas été le seul marbrier wallon en France ;

2 Jury composé par André GUILLERME (Directeur de thèse), Jean-François BELHOSTE, Robert HALLEUX, Laurence LESTEL et Valérie NEGRE ; 

3 L'objectif de cette thèse est de montrer, par l'étude de deux registres d'archives inédits, que les réseaux commerciaux mis en place au XVIIIème siècle par une famille de marbriers de Rance, en Hainaut belge, perdurent au XIXème siècle à travers une production marbrière spécialisée dans la cheminée monumentale, qui s'est développée grâce à l'évolution des techniques et des transports ;

4 DUMONT Francis : Aux Marbres de Flandre. Une entreprise industrielle et commerciale sous l'Empire (1807-1817), Ed. DESOER, Liège, Réimpression 2007, 90 pages ;

5 Vivre, transmettre, transcrire le geste technique ; ouvrage écrit en collaboration avec le Professeur André GUILLERME et Martine MILLE ;

Diplôme symbolique remis à la suite de la soutenance de thèse (avec l'erreur dans le titre)

Diplôme symbolique remis à la suite de la soutenance de thèse (avec l'erreur dans le titre)

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