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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 08:23

     Nouvel endroit bien insolite pour notre patronyme. Pas vraiment ce qu'on pouvait entrevoir depuis que nos recherches l'avaient plus volontiers localisé dans des bas-fonds ou sur des cours d'eau dans des zones boisées. Dans le cadre des endroits recensant ce nom, une phrase avait cependant été repérée depuis plusieurs années. Parmi les différents lieux et sites cités, on y trouvait mention d'une fosse de charbonnage Parfondry. Voici l'extrait qui s'y rapporte :

Fosse de charbonnage au nom de Parfondry aurait existé, à gauche du chemin reliant Châtelet à Pont-de-Loup en 1791, entre la piedsente du chemin allant au faubourg de Châtelet et la grande prée, près de la chapelle de Saint-Clet.

(N.B. : prée = prairie ; piedsente = sentier pour piétons)

    Les deux localités mentionnées, à savoir Châtelet et Pont-de-Loup, se situent le long de la Sambre, en rive droite, entre Charleroi et Sambreville. Et comme une nouvelle preuve à l'édifice, ces deux localités faisaient parties d'une extension du territoire de la Principauté de Liège, confirmant le lien avéré entre notre patronyme, l'histoire et la géographie. Par ailleurs, un détour par cette Tour Romane de Pont-de-Loup1, entourée de ces tombes de mineurs, est un témoignage assez unique de  l'importance de cette activité  industrielle dans le secteur.

      Si la chapelle Saint-Clet2 est bel et bien encore indiquée sur la carte FERRARIS de 1777, et non la fosse de charbonnage, son emplacement restait cependant une inconnue de nos jours. Une nouvelle enquête se profilait donc pour donner du corps à ces éléments ayant surnagé aux siècles.

      Plusieurs passages dans la localité de Pont-de-Loup n'avaient pas permis de la situer. Or cet indice était essentiel pour espérer mettre une localisation plus précise sur cette fosse de charbonnage. Et ce n'était pas la découverte de la potale de la rue de Stalingrad, à côté de cette rue Saint-Clet qui allait m'apporter une solution. Ni les inscriptions faisant référence à un certain Léopold GRENIER, ni la date de 1905 ne me donnaient d'indications sur ce que je cherchais2

       L'arrière-petit-fils de ce dernier, sortant en voiture de la maison attenante à la potale, m'expliqua que les indications avaient été effectuées en reconnaissance du fait que son arrière-grand-père Léopold avait survécu en 1905 à un grave accident qui lui avait écrasé les jambes.  A l'arrière de la maison, on trouve encore les vestiges d'un ancien terril3, témoignage d'une certaine activité minière dans le secteur. Manifestement la configuration des lieux commençait quelque peu à correspondre,  même si cette potale ne semblait pas ressembler par son architecture à la chapelle recherchée.

      Sur indication du conducteur, j'allais visionner le site http://www.vieux-chatelet.be (Société Royale d'Histoire "Le Vieux Châtelet). En le parcourant (charbonnages ----->Carabinier ----> Puits n°1), on y trouve un aperçu historique sur les concessions accordées à plusieurs sociétés de charbonnage. On y découvre en particulier la présence de la Compagnie de Pont-de-Loup Sud avec " une concession remontant au 4 novembre 1773 accordée par Guillaume STAINIER de Pont-de-Loup pour le terrage des veines de houille située entre le bois du chapitre Saint Lambert et la ville de Châtelet "Ce renseignement venait en quelque sorte corroborer le texte initial en localisant bien la concession à la limite de Châtelet et Pont-de-Loup. 

       Poursuivant le fil de mon enquête, un contact fut pris avec André VANDENBROECK, le Président de la  Société Royale d'Histoire Le Vieux Châtelet. Qui m'envoya de facto les informations4 donnant de la consistance aux questionnements de mon enquête. 

- le Parfondry  (aussi appelé ruisseau de Saint-Clet) était un petit ruisseau au cours fort tortueux, entouré de terres portant le même nom et apparaissant pour la première fois en 1574 (sous le nom Parfonrieu), puis en 1585 (..... une terre a parfondry joindant de weve et de vent et de schorcevent a Jean Henry et de bize a François Watty et al voye cherial de Ponderloup a Chastelet .....5) , en 1657 (une pièce de terre dessus parfonry) et en 1725 (des terres de parfonry)6. Reportant ces indications sur la carte, le lieu-dit en question devait se situer entre la rue de la Limite et l'intersection des rues du Campinaire et des Lorrains, soit toujours sur Pont-de-Loup, à la limite Nord de la localité de Châtelet, correspondant au quartier Champ Saint-Clet de nos jours. Le ruisseau quant à lui configurait ce qu'est devenu plus tard la rue de la Limite.

- la fosse de charbonnage de Parfondry, comme c'était le plus souvent le cas jusqu'au XVIIIème siècle, était une veine de houille d'une dizaine de mètres de profondeur, exploitée de manière familiale7. Egalement appelée du nom de son propriétaire, la veine DOSQUET, elle sera reprise, comme de nombreuses autres veines dans le puits n° 1 de la Compagnie des Charbonnages de Pont-de-Loup Sud, au lieu-dit "champ de la machine", au dessus de Parfonry, entre les rues de la Limite et de la Blanchisserie.

- la Chapelle Saint-Clet  remonte à 1489. Située le long du ruisseau de Parfonry, elle était considérée comme borne entre Pont-de-Loup et Châtelet. Il ne reste aucun vestige de la chapelle, ni d'ailleurs du ruisseau.

      Parmi les trois puits recensés pour cette Compagnie de Pont-de-Loup Sud, le puits n° 1 nous intéresse plus spécialement. Situé rue Auguste Scohy, il disposait " de trois étages d'extraction (-137 m, -183 m et -291 m) et d'un chemin de fer de type "Decauville" le reliant au puits n°2, situé rue du Campinaire.  Abandonné dès 1880, il fut aménagé pour recevoir des écuries hébergeant les chevaux de mines, les réserves d'avoine et un petit atelier équipé d'une forge "La petite fosse individuelle et familiale qui existait encore en 1791 s'était profondément modifiée au passage de l'ère industrielle. 

      La proximité de La Sambre, affluent de la Meuse, la déclivité de la rue et la localisation de prairies à proximité, laisse croire à un même environnement que celui décrit récemment dans la localité de Moignelée et situé non loin de là en aval de la rivière (voir article : Le Fond des Rys à Moignelée). Le nom de cette fosse, qui a donc bel et bien existé, est en lien direct avec son environnement géographique. Il ne reste rien de nos jours pour trouver trace de cette rivière, de cette terre et de cette fosse de charbonnage. Les surfaces commerciales et les lotissements qui s'y sont implantés ont modifié fortement le terroir initial. Du niveau familial d'extraction à celui du puits n°1 sur trois étages d'extraction, on peut aisément appréhender l'évolution industrielle du lieu. En parcourant la rue de la Limite, affectée d'une déclivité certaine et délimitée par des talus, on doit imaginer ce que devait être l'espace il y a de cela 250 années. Le caractère tortueux de la rivière y est encore apparent de nos jours. Si son abandon depuis 1880 n'a pas laissé de traces dans le paysage, le nouveau nom donné à l'endroit, "le champ de la machine",  offre cependant une possibilité de résilience dans les mémoires. Une nouvelle foi, les réponses m'ont été apportées par des historiens qui se passionnent pour l'histoire locale.

      La configuration de ce dernier lieu présente les mêmes similitudes au niveau de l'environnement que ceux déjà détaillés dans des précédents articles (voir articles : Le Fond des Rys à Moignelée, Un petit détour par Parfouru-sur-Odon, Une virée automnale à Parfondruy, ........). Attestant assurément d'une définition plus élaborée que celle donnée à notre patronyme dans les dictionnaires détaillant les noms de lieux. Se limitant dans ce cas à Ruisseau profond,  il est plus évident de s'en référer, au vu de la réalité, à un nom de domaine, à un site, à une terre pouvant être considérée comme moyen de production. La référence à  Près du ruisseau à forte pente  par laquelle on englobe les terres attenantes à une rivière à forte déclivité semble plus appropriée. 

      

1 La Tour Romane à Pont-de-Loup est un vestige de l'ancienne église paroissiale Saint-Clet qui dépendait de la cathédrale Saint-Lambert à Liège ;

2 Saint Clet fut le troisième pape après Saint Pierre et Saint Lin ; aucun lien évidemment avec l'expression populaire bruxelloise : Quel klette, ce pei !

3 Ce terril est toujours mentionné sur la carte IGM 1:20 000 Tamines (47/5) de 1948 ;

4 Les renseignements collectés ci-dessous sont issus de différentes sources :

- Jean-Luc FAUCONNIER : Toponymie de Châtelet, Annuaire Vieux Châtelet ; - Marie-Claire LEBOUTTE : Mémoire de fin de Licence, 1970, Toponymie de la commune de Pont-de-Loup ; - Richard et André VANDENBROECK : Dépouillement des archives anciennes de Châtelet, concernant Pont-de-Loup ;- Alex SIMON : Châtelet, ville d'eaux, Annuaire Vieux Châtelet ;

5 Weve = Est ; Vent = Sud ; Schorcevent = Ouest ; Bize = Nord ;

6 Toutes ces dates sont postérieures à l'apparition la plus ancienne de ce nom (voir articles : Le site du lieu de Parfondry a bien existé ; La terre de Parfondry a bien existé ) ;

7 Ces veines de houille étaient appelées " Cayat " et leur exploitant " Parchonnier " ;

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commentaires

Parfor 19/07/2014 09:59

Toujours fidèle et rapide afin de d'instruire sur tes origines. Bravo pour les liens avec le texte. Humour familial garanti. Signale que j'évite d'utiliser le terme de généalogiste, lui préférant historien de la mémoire, voire celui de fieldmouse.

PP 19/07/2014 08:48

La première qualité d'un généalogiste est de creuser là où il faut... et, en l'occurrence, on peut dire que là tu as de la veine. Comme dirait Marie (ma fille), pour trouver tout ça t'es vraiment allé au cul du loup !
Le conditionnel combiné à tes inlassables recherches permettent, pas à pas, aux Parfonry de cerner leur berceau. Merci Roland et bonnes vacances sur la côte d'Opale.