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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 00:17

     En cette période de la commémoration du centenaire des premiers combats de 1914, rien n'empêche de parler également de cette autre guerre mondiale qui se déroulera moins d'un demi-siècle plus tard. Apparue déjà sur ce blog au travers d'un article sur mon père Georges PARFONRY (voir article : Réfugié dans le Gard), la mention de cette seconde guerre est de nouveau rendue possible, suite au décès d'un soldat belge portant notre patronyme. Au travers de son geste héroïque, il m'est ainsi donné de l'opportunité d'insérer son parcours en rapport avec les premiers jours de cette guerre.

      Aloys, Albert, Gilles PARFONRY1 est né à Marenne2 le 1/04/1917 au sein d'une fratrie de 7 enfants (2 filles et 5 garçons). Il est l'un des descendants, à la 7ème génération, du premier PARFONRY, né dans la petite localité de Clerheid vers 1710 et faisant partie de la branche des PARFONRY, communément dénomnée d'Erezée sur ce blog. 

     Soldat au sein du 20ème Régiment d'Artillerie des Chasseurs Ardennais (20A/3Gp/7Bie,  n° de matricule 298/78), l'un des détachements les plus prestigieux de l'armée belge, Aloys est tué dès le 10 mai 1940, soit le premier jour de l'offensive allemande. Contrairement aux autres Régiments de ces Chasseurs ardennais qui avaient pris position le long de la frontière belgo-luxembourgeoise, Aloys est l'un des onze soldats de ce corps tués à Rosmeer3, petite bourgade limbourgeoise, le long du canal Albert, en face de Maastricht. 

    La présence, à cet endroit, d'Aloys PARFONRY reste à expliquer. Le cadre opérationnel de cette première journée de la guerre 40-45 permettra de le comprendre. 

     Pendant qu'il rencontrait une résistance coriace au sud du pays, le rouleau compresseur allemand déferla rapidement sur la Belgique dans sa partie septentionale. Avec pour raison principale, la prise, en quelques heures, du fort d'Eben-Emael, qui avec ses 75 ha de défense et ses trois niveaux de fortins, devait protéger tous les ponts sur la Meuse et le Canal Albert4 entre Maastricht et Visé. Considéré par les militaires comme imprenable par voie terrestre, l'attaque allemande, préparée pendant plusieurs mois, arriva par les airs, peu avant que ne soit officialisée la déclaration de guerre. En utilisant des planeurs pour débarquer des soldats sur les toits des casemates, ils réussirent, en un rien de temps, à anéantir les tourelles des canons. Combinée avec la prise des ponts sur le Canal Albert, la surprise fut totale, ouvrant ainsi la voie vers Bruxelles et Anvers. Et ce ne fut pas la résistance de l'artillerie des Chasseurs ardennais le long de ce Canal Albert qui put faire le contre-poids. Le subterfuge des allemands avait pris par surprise le commandemant militaire belge, modifiant également les stratégies élaborées par les Alliés, pris de ce fait en tenaille. Rosmeer est situé entre les ponts de Vroenhoven et Veldwezelt sur le Canal Albert. N'ayant pas été détruits, Aloys PARFONRY a du défendre avec l'artillerie le passage du Canal aux allemands sans pouvoir compter sur l'appui du fort d'Eben-Emael. Il fut submergé rapidement par le nombre avant de  succomber. Durant ces premières heures des premiers combats, le Bataillon d'artillerie subira de lourdes pertes, que ce soit à Veldwezelt, à Heerenaelderen, à Riemst et à Zichem-Zussen-Bomder. De nos jours, un Mémorial du Régiment d'Artillerie des Chasseurs Ardennais 20A, portant la mention Défense du Canal Albert, a été érigé rue du Fort à Eben Emael5. Une liste de 41 noms de ce Régiment, dont Aloys PARFONRY, y sont mentionnés sur deux plaques commémoratives.

    Par  contraste, l'opposition affichée par contre dans le sud du pays par ces Chasseurs ardennais, puis lors de la bataille de la Lys, fera dire à ROMMEL, commandant de la 7ème Panzerdivision, la phrase suivante : Ce ne sont pas des hommes, mais des loups verts. Couleur verte en référence avec celle du béret de ces Chasseurs, dont la devise est Résiste et mords, et qui sera reprise par la suite par les Anglais pour doter leurs commandos de ce fameux béret vert, en hommage à leur bravoure.

     Tombé au Champ d'honneur, la tombe rénovée d'Aloys PARFONRY se trouve désormais dans le cimetière de Marche-en-Famenne6. Il n'aura pas la chance de connaître sa fille Christiane, née le 1/06/1940, soit seulement quelques semaines après son décès. Outre le fait d'être la ville de garnison de ce Régiment des Chasseurs ardennais, c'est aussi de là qu'est originaire Aloys. C'est son grand-père Hubert PARFONRY (1843, Erezée - 1923, Marche-en-Famenne) qui effectuera le déplacement à partir d'Erezée pour venir créer un nouveau centre secondaire d'incrustation de notre patronyme.

   Au travers de plusieurs articles dans ce blog, la bravoure des PARFONRY ne s'est pas démentie lors des deux guerres mondiales. A côté d'Aloys, on retrouve Louis (voir article : Qui est le fantassin Parfonry ?), Jean (voir article : Jean est cité à l'Ordre de l'armée) , Georges (voir article : Georges, prisonnier à Meschede) et Jacques (voir article : La seconde vie de Jacques après Germersheim) mais aussi plusieurs résistants (voir article :  Et si on parlait de nos Résistants). De quoi se dire qu'il n'est pas sur qu'il ne reste rien, après la mort, d'un passé évanoui, d'un être jadis vivant7.

1 Sur le site La Fraternelle des Chasseurs ardennais, il est mentionné le patronyme de PARFONDRY, ce qui est manifestement une erreur ; 

2 Marenne est un village situé à proximité de Marche-en-Famenne ;

3 Et l'un des 630 morts parmi les Chasseurs ardennais au cours de cette guerre (source : l'excellent site de Frans GORISSEN, présentant individuellement chaque soldat mort au sein de ce Régiment des Chasseurs ardennais ) ;

4 Le Canal Albert est une voie navigable construite entre les deux guerres et reliant Liège à Anvers ;

5 http://www.bel-memorial.org/cities_liege_2/eben-emael/eben_emael_fort_mon_20a.htm ;

Source : http://www.bel-memorial.org/photos_liege/eben_emael/PARFONRY_Aloys_54333.htm ;

7 Phrase reprise et adaptée du livre de Jean d'ORMESSON : Comme un chant d'espérance, 2014 , édition Héloïse d'Ormesson ;

Tombe du soldat Aloys PARFONRY

Tombe du soldat Aloys PARFONRY

Plaque commémorative au Mémorial du Régiment d'Artillerie des Chasseurs Ardennais 20A à Eben Emael. Liste des soldats morts pour la défense du Canal Albert en mai 1940

Plaque commémorative au Mémorial du Régiment d'Artillerie des Chasseurs Ardennais 20A à Eben Emael. Liste des soldats morts pour la défense du Canal Albert en mai 1940

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commentaires

servotte 09/09/2014 19:47

Bravo pour ta narration impeccable !