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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 11:36

    Jusqu'à ce jour, tous les exemplaires décelés du modèle Boîte du Roi de l'horloger Emile PARFONRY ne comportaient qu'un seul portrait de Léopold II sur le cadran extérieur. L'exemplaire en notre possession suffisait à satisfaire notre souci de mémoire, se contentant de suivre les ventes de ce modèle afin d'en inventorier les pièces encore existantes.

    On peut dès lors qualifier d'incroyable, de surprenante cette récente découverte1 d'un modèle similaire mais comprenant, non pas un, mais deux portaits de Léopold II. Outre celui classique sur le cadran externe, un deuxième, plus grand, se découvre sur le couvercle interne incorporé entre le cadran et le mécanisme d'horlogerie. 

   Le cadre et le lieu de la réception de ce modèle apportèrent le cachet complémentaire inhabituel. Précédé de plusieurs échanges de mails, un rendez-vous fut pris, le jeudi 11 septembre à 11 heures, sous la statue du soldat, sur la place de Ham-sur-Heure. Après quelques minutes d'attente, l'Opel Astra de François Van GEEL pointa son capot noir. Comme pour un script d'un film d'espionnage, le transfert aurait pu se faire de manière discrète sous le regard inopérant du soldat. Un bistrot proche donna heureusement l'opportunité de rendre la transmission progressive et instructive, de manière à apprécier mais surtout de permettre que cet instant ne soit ni fugace, ni malhabile pour donner plus de consistance à ce passage de témoin. Porté par l'intérêt actuel sur les objets militaires, ce modèle fut découvert à l'occasion d'une de ces bourses d'échange rassemblant ce qui se rapporte à ce domaine. Ce modèle Boite du ROI était effectivement attribué lors de concours de tir au cours desquels participaient des militaires.

     Son diamètre de 5.3 cm lui donne indéniablement une autre prestance. Et oh surprise, une pression sur le remontoir supérieur permet d'ouvrir le boitier, en faisant apparaître subtilement le second portrait. Pour le reste, rien n'est dissemblable au modèle classique. Le texte habituel  E. PARFONRY  Fabricant Bte du ROI  Concours 190   Prix remporté par  est bien mentionné en demi cercle. Mais, ayant du laisser la place au second portrait, il se retrouve sur la face interne du cadran inférieur. Sans l'année précise et le nom du gagnant, c'est indéniablement l'un de ces modèles préparés en un certain nombre d'exemplaires mais qui ne furent jamais attribués. Et attestant de la même finition, le mécanisme d'horlogerie, qui fonctionne toujours, porte également la mention de MOERI'S PATENT 7547/280 NON MAGNETIC, confirmant bien, par le brevet, la référence à la Suisse liée à cette maison d'horlogerie (Voir article : Le magasin suisse de l'horloger PARFONRY)

Avec le double portrait de Léopold II
Avec le double portrait de Léopold II
Avec le double portrait de Léopold II

     Ce nouveau modèle donne encore plus de consistance à la qualité intrinsèque de notre horloger familial qui avait déjà obtenu une médaille d'or lors de l'Exposition Universelle de 1889 à Paris (voir article : L'horloger Emile PARFONRY est reconnu parmi les siens). Il est logique de penser qu'il fut réalisé pour attirer la convoitise du Souverain dans le choix de son fournisseur. Cette proximité avec le Palais Royal, quant à la délivrance de cette création Boîte du ROI, ne s'est pas pérénnisée sur la durée. 

      Agé de 52 ans au moment de la cession de son magasin de la rue de Namur à la Maison ROSSEELS (1906 probablement), cela nous semble assez précoce et peu explicite. Si ce n'est le début des déboires de Léopold II à la suite de la publication du rapport du diplomate anglais Roger CASEMENT, en décembre 1903, relatant les exactions commises sur la population locale au Congo afin d'intensifier la production d'hévéas. Il s'en suivra un rapport d'une commission parlementaire en Belgique qui confirmera bien en 1905 les abus. Et en 1908, Léopold II cédait son domaine privé, qu'était l'Etat Indépendant du Congo, à la Belgique. Il se peut que cette cession de son horlogerie de la rue de Namur puisse être expliquée par les débats politiques mettant en cause le roi Léopold II. Manifestement, le nombre d'exemplaires réalisés prévoyait un usage plus important ce qui expliquerait la relative présence de montres non attribuées circulant de nos jours.

    Sur base de l'agencement des différents indices et dates rassemblés, cette présence de l'horloger dans la Cour du Palais pourrait être aussi la résultante de la contribution des deux frères PARFONRY (Emile et Narcisse) de la branche d'Erezée aux visées expansionnistes et colonisatrices de Léopold II. Installé dans la rue de Namur, à proximité du siège de la Société " Etat indépendant du Congo " qui gérait les financements octroyés par le roi Léopold II pour couvrir les frais de l'explorateur H.N. STANLEY, il serait assez incongru de ne pas y voir de liens. En se rappelant aussi que le décés en 1883 du lieutenant Emile PARFONRY au Congo, eut pour effet d'avoir une certaine indulgence vis à vis de son frère Narcisse2. Qui se retrouva par la suite aux confins du Brésil et de la Bolivie pour gérer une exploitation d'hévéas, confiée à une société anversoise mais pilotée au travers de l'appétit colonial de Léopold II. Le contenu des quatre lettres écrites en 1884 et 1885, découvertes dans les Archives au Palais Royal, sont assez explicites à cet égard (voir article : Hubert-Narcisse PARFONRY devant le Conseil de discipline). Narcisse revint en Belgique en 1903, soit peu avant que l'horloger ne crée probablement son modèle " Boîte du ROI". Une certaine logique dans la succession des dates est indéniable. Même si aucuns liens familiaux n'ont été trouvés, à ce jour, entre les PARFONRY des branches d'Erezée et de Neerheylissem, le patronyme commun et le choix de l'horloger peuvent être perçus comme une retombée de la promesse de protection accordée par le roi Léopold II à la famille du militaire, décédé au Congo.

     Un grand merci à François Van GEEL qui a compris qu'il ne s'agissait pas d'un simple échange d'une pièce entre collectionneurs. Sans cela, il n'est pas certain que l'on aurait pu aboutir à patienter au pied du soldat.

 

1 Découverte effectuée via le site de vente 2ememain.be ;

2 Rappelons la phrase écrite par Narcisse PARFONRY dans sa lettre du 22 octobre 1884, adressée au roi Léopold II, faisant référence au décès de son frère militaire en mars 1883 au Congo : Vous avez daigné, Sire, promettre votre haute protection à sa famille et à ses frères qui comme lui, servent sous le drapeau belge ;

 

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