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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 11:27

    Même s'il remonte déjà à plus de quarante années, le document, repris ci-dessous, ne fait pas encore partie de l'histoire ancienne de la saga. Il ne peut être comparé à ceux déjà présentés sur ce blog comme le diplôme d'instituteur du grand - père, daté du 1 août 1914 (voir article : Le diplôme du grand-père), voire plus ancien avec la lettre écrite en 1839 (voir article : Une lettre écrite par Jean en 1839). 

    Sa particularité, sa spécificité, ce qui le rendra probablement intéressant dans le futur, s'analyse dans le contexte politique du moment. Cela s'est passé en 1973, l'année qui a vu la Belgique et d'autres pays passer de la période des trente glorieuses à celle d'un début de déficit permanant du budget public. Le monde bougeait de tous les côtés y compris du côté de l'ancienne colonie, le Congo. 

    Jeune diplômé de la Faculté des Sciences agronomiques de Gembloux, orientation régions tropicales et subtropicales, la voie était en principe toute tracée1. Comme mes prédécesseurs, le Congo, cette ancienne colonie allait m'offrir un travail dans un des domaines des cultures agro-industrielles où Gembloux excellait depuis des générations. Entre le café, le thé, le coton, le cacao, le palmier à huile, l'hévea, ces cultures exportatrices, le choix était large. Avec également l'assurance d'être contacté, sans devoir trop chercher, par l'une ou l'autre de ces sociétés installées depuis plusieurs décennies. Le timing allait une fois encore être respecté. Même mon travail de fin d'études2, réalisé en Belgique, à la chaire de Pédologie et non à celle de Phytotechnie tropicale, et donc pas du tout centré sur une des plantes énumérées ci-dessus, ne faisait obstacle à un recrutement pour le Congo. 

   Le 24 octobre 1973, le contrat était signé à Bruxelles avec la Société de Cultures au Zaïre 3 pour travailler dans leurs plantations d'hévéas, précisément à Binga, près de Lisala, dans la province de l'Equateur. Un coin, il  est vrai un peu isolé, au beau milieu de la forêt tropicale mais reconnu comme ayant les meilleures aptitudes tant du point de vue climatique que pédologique pour l'hévéaculture4. Sans aucune expérience de ce milieu, de cette culture, rien qu'avec le diplôme de Gembloux, véritable sésame, Georges GODDING, le grand patron, qui m'avait intervieuwé quelque semaines plus tôt, me lançait dans l'aventure.

      Et ce sont ces termes de Zaïre et Zaïrois, dactylographiés,  apparaissant à de nombreuses reprises sur le contrat, surimposé au mot Congo et Congolais du texte initial qui en sont biffés qui doivent attirer l'attention. Répondant ainsi à la volonté du nouveau Guide suprême qui, non content d'adhérer à la politique des non-alignés de TITO, se frotta aux modèles absolus de Ceaucescu en Roumanie et de Kim II-Song en Corée du Nord. Un changement de nom qui ne mettait pas en péril mon recrutement à ce moment. C'était sans compter sur le personnage principal, le général Joseph-Désiré MOBUTU, qui avait décidé depuis le 27/10/1971 de recourir à l'authenticité des toponymes et des patronymes de son pays. Le Congo devenait ainsi le Zaïre et expliquait ainsi les griffonnages sur le contrat. Le port de l'abacost, comme costume national fut ensuite instauré. Devenu Sese Seko MOBUTU, son implication ne s'arrêta, hélas, pas à ces transformations qui ne faisaient que supprimer la partie visible de la période coloniale. 

     Devenu mégalomane et spoliateur5 d'un des pays africains les plus riches, sa fuite en avant progressive le conduisit à entreprendre la nationalisation des entreprises à partir de 1973. Résolution prévisible et logique sur le plan politique, si ce n'est celle d'avoir favorisés ses proches qui oubliérent rapidement de gérer en bon père de famille. Malgré la situation, cette Société de Cultures au Zaïre n'a apparemment pas reculé avant de faire signer trois nouveaux contrats en ce mois d'octobre 1973. Le contexte international du marché de l'hévéa s'avérait prometteur. L'année 1970 avait été marquée par une production importante (35105 T) et un chiffre à l'exportation inégalé depuis lors (31440 T) pour le pays4. Un programme d'extension des plantations s'avérait approprié, justifiant les recrutements. Une autre raison de cette confiance devait résulter dans la localisation de ces plantations près du fief de Lisala, lieu de naissance de MOBUTU. Le chef suprême n'allait pas, croyait-on, couper l'une des branches de son assise. Ce lien géographique ne fut pas suffisant. Il fit malgré tout le pas en avant devant le précipice. Avec l'effet, quelques jours après la signature, alors que les malles étaient arrivées au port d'Anvers pour être embarquées, de ne plus m'autoriser à débarquer à Kinshasa. L'aventure tournait court avec la conséquence de me mettre à rechercher avec un peu plus de constance dans un nouvel emploi.

    L'aventure tournait rapidement court aussi pour toutes les industries, en particulier le secteur des plantations agro-industrielles6. De 36200 T en 1960, la production d'hévéa chuta à 25801 T en 1975, à 6450 T en 1995 et à 3541 T en 2003. La plantation de Binga7, mise à l'arrêt de 1997 à 2004, a été reprise par le Groupe BLATTNER de nos jours4. Située au coeur de la forêt tropicale, la région de Binga est désormais affectée par une déforestation en raison d'une exploitation intense par des sociétés.

    En 1997, le terme Zaïre fut supprimé au moment de la prise de pouvoir par Laurent-Désiré KABILA pour en revenir à l'intitulé République démocratique du Congo (RDC). La boucle était bouclée mais le mal était fait. Le Congo devint le mauvais élève en matière de bonne gouvernance.

    Même si l'histoire de ce contrat est encore assez récente, le document, par sa singularité sur le plan de l'écriture et par le contexte politique, est un témoignage de l'évolution chaotique de cette ancienne colonie. Il offre la perspective de servir de référence lorsque les années auront anéanti les mémoires et envoyé aux parcs à containeurs les fonds de grenier. En 2073, à son centenaire, ce document, s'il existe encore, remplira son rôle en rappelant qu'il fut un de ces moments importants de l'histoire familiale. Sans cette interférence politique, la suite de la saga aurait été totalement différente. 

 

1 Cette aventure a déjà été relatée en partie dans l'article : Plus de laissez-passer pour le Congo !

2 Etude du milieu physique et agricole de la région herbagère liégeoise. Contribution à une détermination des classes d'aptitude des sols pour la culture du maïs fourrage dans le secteur Spa - Verviers , TFE, Année académique 1972-1973 (ronéo) ;

3 Le contrat fut signé dans les locaux d'UNILEVER à Bruxelles ;

Etude des filières Huile de Palme et Caoutchouc - Rapport d'Etape 1 (Diagnostic - Analyse), Groupement AGRER - EARTH Gedif, 2005 ;

5 Cette analyse est unanimement reconnue de nos jours ;

6 Ce qui n'empêcha pas Robert MUGABE , Président du Zimbabwe, en 2000 d'imposer le même scénario avec les mêmes conséquences ;

7 La plantation de Binga aurait encore 2983 ha d'hévéas en rapport de nos jours ;

Contrat signé avec la Société de Cultures au Zaïre  (ex Congo) le 24 octobre 1973 (4 pages)
Contrat signé avec la Société de Cultures au Zaïre  (ex Congo) le 24 octobre 1973 (4 pages)
Contrat signé avec la Société de Cultures au Zaïre  (ex Congo) le 24 octobre 1973 (4 pages)

Contrat signé avec la Société de Cultures au Zaïre (ex Congo) le 24 octobre 1973 (4 pages)

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commentaires

Buisine albert-Henri 03/11/2015 17:01

je comprends votre désarrois du moment et votre déception. surtout sortant de l'université.
j’espère que les choses se sont arrangées depuis. je connais bien Binga sur la Mongala en amont d'akula.

Albert

PARFONRY 06/11/2015 18:08

Je vous rassure les choses se sont finalement arrangées me permettant de faire une carrière intéressante. Comme complément, je vous transmets le lien d'un autre article de ce blog qui évoque également cette même péripétie avec une approche un peu différente. Bien à vous
http://parfgeneatoponyme.over-blog.com/article-pourquoi-et-comment-en-afrique-110830445.html

Robert 04/11/2014 18:42

Mon contrat rédigé en mai 77 par le Groupe Empain ne présente pas les surcharges "Zaire" mais reflète la même simplicité que le tien malgré sa postériorité de 4 années.
Robert