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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 12:22

     Cet article est écrit à la suite de la lecture d'un document intitulé Quelle famille. Rédigé par Macaline, une grand-mère de cinq enfants, il est destiné à servir de courroie de transmission de la mémoire en guise d'héritage. Cette lecture m'a conduit à rebondir sur ce texte, prenant conscience que je pouvais donner, au travers des articles de ce blog, une lecture plus circonscrite de manière à compléter, je l'espère, l'intérêt des plus jeunes. En donnant en quelque sorte de la consistance à cette phrase de René CHAR

Un poète doit laisser des traces de son passage,

non des preuves

Seules les traces font rêver

      Ils en ont de la chance ces cinq enfants. Pouvoir connaitre leur histoire familiale commune, racontée avec ses mots et illustrée par des photos par leur Mamy. C'est véritablement l'acte créatif qui permet de répondre à toutes ces questions que l'on se pose en avançant dans le temps. Peu apparentes et peu significatives dans la jeunesse, ces questions arrivent progressivement, probablement à partir de la soixantaine, quand l'âge ou l'esprit prend conscience de la faiblesse du corps et du besoin de transmettre. 

    Paloma, Aubin, Antoine, Juliette et Lucien, ce sont d'eux dont on parle. Cinq descendants à la 10ème génération, parmi les treize recensés à ce jour1, du couple formé par Jean-Pierre PARFONDRIJ et Elisabeth LAMBRECHTS, dont l'existence est attestée par l'acte de baptême de leur fils illégitime Jean le 16 avril 1762, le futur Maître-charron de la rue des Charrons situé dans le village de Neerheylissem (Province du Brabant wallon, Belgique).

    Cette histoire racontée, au travers de 28 pages richement documentées, met en lumière le parcours d'un nombre important de personnages, tant masculins que féminins. Car contrairement à la transmission linéaire d'un nom, la chaîne chromosomique qui nous compose est le résultat naturel d'un mélange aléatoire de gènes, de caractères. Tout est partagé, malaxé dans une sorte de cocotte minute qu'on appelle le vagin pour obtenir la naissance de la première cellule, sorte de particule élémentaire, de Boson de Higgs de notre corps (voir articles :  A l'origine, il y a la particule élémentaire ; La particule a obtenu un Prix Nobel ; Quid de la particule )

        A la lecture de ce document, on y apprend  que ces cinq là sont le résultat d'un croisement lointain de deux personnages clefs au départ. Comme l'écrit Macaline à l'entame de son document, " la sauvegarde de la mémoire familiale et historique ne vaut que si elle est partagée ", c'est dans l'adhésion à cette phrase que le cousin éloigné de Belgique se veut être un vulgarisateur en apportant ce petit complément de connaissances, de réflexions, d'histoire.

     Le premier, c'est Jean PARFONRIJ (1762-1803), ce Maître-charron, né autrichien et mort français2 le 24 messidor an 11 à l'âge de 40 ans, sans avoir changé de lieu d'existence. Seule certitude sur son parcours, il est à l'origine de la transformation du nom de cette rue de village. L'importance prise par ce métier de charron, pendant l'une des rares périodes de calme connues à cette époque, a conduit à un changement définitif en cette fin du XVIIIème siècle. Ces charrons étaient devenus l'émanation du dieu Vulcain à cette période de forte croissance. Ils avaient acquis dans leurs forges la maîtrise du feu pour travailler les métaux, pour fabriquer les roues des charrettes, ces engins devenus indispensables au transport. L'histoire cependant aurait pu ne pas avoir existé et s'être terminée plus tôt. Jean-Pierre, le père du Maître-charron, arrêté pour vagabondage, allait être probablement condamné à mort. A cette époque, les déplacements de populations vers des lieux de plus grande prospérité étaient devenus choses fréquentes. Mais la justice relevait encore de la période du Moyen-âge, conduisant à des pratiques de torture et d'exécution capitale. On faisait souvent passer des personnes comme vagabond, sans preuves formelles. Heureusement, suite à l'intervention de parents, l'arrestation de cet ancêtre fut à la base d'une prise de conscience des autorités autrichiennes qui gouvernaient notre pays à cette époque. Une modification de l'organisation de la Justice criminelle s'en suivi. Plusieurs textes retrouvés aux archives en attestent. Jean-Pierre sera finalement déclaré innocent en 1761, soit l'année précédant la naissance de son fils, le futur Maître-charron

    Le second s'appelle Etienne HEUDELET de BIERRE (1770-1857). Général de division, Comte de l'Empire, Pair de France, Grande Croix de la Légion d'Honneur, rien que des titres prestigieux pour celui qui est à l'origine de deux lignées aboutissant, via ses deux filles, à nos cinq jeunes en herbe de nos jours. Et chacune aboutit, via les BASTIDE du LUDE et les GILLET de THOREY, à ces frères et soeurs LASNET de LANTY, parmi lesquels on retrouve Michelle, Granny, leur arrière-grand-mère. Il est vrai que pour avoir combattu dans maintes batailles, sous les ordres de Napoléon, tels Austerlitz, Iéna, Eylau pour ne citer que les plus connues, cela suffit à expliquer les honneurs qui lui ont été rendus. Il a même eu droit, cet Etienne, a être l'un des 660 noms inscrits sur l'Arc de Triomphe (côté est, 17ème colonne). Issu d'une famille de vignerons de Haute-Savoie, il continuera, une fois retraité, à se distinguer sur les terres de son château de Bierre-lès-Saumur. Il y développera une ferme-modèle qui acquerra une réputation nationale pour ses réussites dans le domaine de l'élevage et de l'agriculture. Et cette proximité avec la terre, c'est sans aucun doute la partie cachée de ce personnage que l'on retrouve de nos jours.

      C'est finalement comme une sorte d'incrustation de l'environnement et de la passion qui s'est opérée progressivement non pas dans les gênes mais dans le soma émotif des descendants de ces deux personnages. La roue, symbole du métier de charron, et la herse, symbole des métiers agricoles, ont finalement perdurés. La cohésion familiale, ayant servi à sauver le condamné, a perduré également au travers des siècles et des générations. Et le sabre du militaire n'est point resté en reste, à la vue de tous ceux et celles qui ont appris à résister à l'envahisseur allemand. 

     Paloma, Aubin, Antoine, Juliette et Lucien, ces cinq jeunes de la 10ème génération de PARFONRY, sont désormais le mélange bien réel du parcours de ces deux personnages. Et qui peut expliquer du vécu de chacun de ceux qui en font partie. Instinctivement, même si l'absence d'une transmission orale forte est constatée, l'intérêt manifesté par une grande partie des membres de cette saga pour le terroir et le maniement des outils n'est que la résultante de cette influence des deux personnages à la base de cet arbre généalogique. 

    Voilà vers quoi cette publication de Macaline m'a emmené. Une première réflexion qui n'est sans doute pas la dernière. Car derrière les faits et les actes de chacun, cette lecture nous conduit immanquablement vers d'autres analyses. Pris individuellement, chacun des personnages offre un cachet, une couleur particulière. Le mélange, la juxtaposition de ces courtes biographies engagent à faire nécessairement le parcours qui nous relie à notre histoire. Et attirera la curiosité pour aller jeter son regard vers d'autres aspects de cette formidable histoire de la mémoire familiale.

      Formidable, vous êtes formidables, nous étions formidables .....!!!

 

1 Les autres se prénomment : Céleste, Lilas, Agathe, Zoé, Louis, Martin, Hugo et Charlotte ;

2 Sur le plan historique, il est né en pleine période des Pays-Bas autrichiens (1713-1794), période intermédiaire arrivant après le Duché de Bourgogne (1369-1477), la Maison des Habsbourg (1477-1482), les Pays-Bas espagnols (1482-1713) et avant la période française (1794-1815) ; ensuite entre 1815 et 1830, on est devenu hollandais avant de retrouver, une fois pour toute, le 4 octobre 1830, l'appelation Belgique, donnée par l'empereur romain Auguste en 27 av. J.C. , s'en référant à l'écrit de Jules CESAR dans La Guerre des Gaules ;

Page 4 du document Quelle famille

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