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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 09:54

    Quoi de plus représentatif du passé qu'une pierre tombale, qu'un caveau, qu'un monument funéraire, qu'un simple monticule de terre surmonté d'une croix annotée ou non. Un lieu où l'on retrouve ses morts pour nous rappeler que nous avons vécu en ce lieu, que nous avons une histoire, que nous poursuivons une lignée. En soi une preuve matérielle de cette mémoire qui est loin de nous reposer, de nous faire rêver. On est vivant quand on se promène dans un cimetière. Le réel, le souvenir proche l'emporte sur la mémoire qui a flanché depuis pas mal de temps. 

    C'est ce réel, ce souvenir proche qui sera le nouvel objectif de l'équipe, une fois évacuées les sentations de découvertes mais aussi d'insatisfaction de la visite du Carmel de l'Avenue de Ceinture à Créteil (voir articles : Un ultime marbre au Carmel - Créteil 1; Le Carmel conserve tous ses mystères - Créteil 2)C'est ce qui s'est sans doute produit quand nous sommes entrés à l'intérieur de ce cimetière de Créteil, haut lieu de la destinée de la famille PARFONRY française. Pour y apercevoir, au milieu de l'allée principale, ce monument funéraire installé par François-Xavier à la suite du décès de son épouse en 1862, âgée d'à peine 28 ans. 

    Et depuis lors, ils y sont presque tous enterrés. On y retrouve ainsi quatre générations de PARFONRY, beau-père et épouses compris. Il y a bien quelques absents, résultant sans doute d'un défaut d'appréciation sur la pérennité de la lignée, envisagée par François-Xavier. Il ne pouvait se douter, au moment de construire ce monument, du potentiel qu'il allait engendrer. Dans sa générosité, il allait aussi mentionner, sur des espèces de rebords externes, deux noms que seule la perspicacité récente fera ressortir de l'oubli (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés).

Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)
Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)

Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)

    Cette sépulture est inscrite dans l'Inventaire général du patrimoine culturel de la ville de Créteil et dans la Base de données Mérimée du Ministère de la Culture. La nature des motifs ornementaux, sa masse imposante mais parfaitement profilée, le fait qu'elle soit surmontée d'un mausolée en marbre en sont indéniablement les paramètres de caractérisation. Mais ce que la description officielle ne mentionne pas1, en est aussi révélateur. A plus y regarder et à comparer avec les autres chapelles funéraires de ce lieu, un indice, un détail fait ressortir ce monument des autres. Avançant dans l'allée, notre regard avait bien remarqué les différentes chapelles funéraires d'anciens illustres bienfaiteurs de Créteil. On avait ainsi côtoyé celle de la famille BORD, cet illustre facteur de pianos, de la famille BOULENGER, un orfèvre renommé, de la famille GAIDELIN, maire de la ville, et de la famille RENAULT, ce voisin avec qui François-Xavier était entré en justice pour une querelle de paons (voir article : Les paons à Créteil ont posé quelques problèmes). Même si tout les quatre sont également inscrits dans l'inventaire général du patrimoine culturel de la ville, une particularité toute visuelle les différencie du monument sépulcral de la famille PARFONRY. Une teinte visible dès l'entrée du cimetière. L'aspect foncé de la pierre contrastait dans ce lieu. Une pierre de lave noire qui dévoilait son caractère ponceux et léger à son toucher, associée à une forme élancée surmontée d'un mausolée en marbre. Manifestement, une nouvelle fois, François-Xavier avait fait preuve d'innovation. On retrouvait dans cette construction le souci de finition, le tracé du dessin, de l'harmonie des formes qui la différencie.

   Restait à trouver l'explication, sinon l'origine de cette pierre de lave. Où avait-il été chercher cette pierre qui n'était pas de celles qui faisaient partie de son inventaire d'utilisation, en particulier dans la liste des échantillons retrouvés dans les réserves du Musée National des Arts et Métiers ? (voir article : A Saint-Denis, dans les Réserves des Arts et Métiers - Paris 5). Même les spécialistes qui avaient pris soin de décrire le monument, avant de l'inscrire dans le patrimoine de Créteil et la base Mérimée, n'avaient pas fournis ce renseignement. Question qui trouva rapidement réponse après quelques clics, toujours assis sur la chaise de Léon.

    La pierre de lave noire utilisée pour le monument fénéraire de Créteil provient, sans trop d'incertitude, du Puy de la Nugère, l'un des volcans de la chaîne des Puys dans le Massif Central. Appelée couramment la Pierre de Volvic, elle fut très utilisée dans les environs de Clermont-Ferrand, notamment pour la construction de la Cathédrale de cette ville au XIIIème siècle. Elle finit par arriver à Paris dans les valises du Comte de CHABROL - VOLVIC, nommé préfet de la Seine en 1812. Son caractère quelque peu austère la confina, au départ, aux bordures des trottoirs et aux plaques de rue dans cette époque des travaux résultant des agrandissements du baron HAUSSMANN. Il faut croire que François-Xavier trouva, dans la nature sombre de cette roche volcanique, une façon d'exprimer sa douleur ressentie suite au décès de sa jeune épouse. Lui, le migrant belge, après avoir souffert et travaillé pour démontrer de sa volonté à prendre sa place dans cette société française, venait d'encaisser un pénible revers. La couleur noire et la résistance de la Pierre de Volvic exprimeraient le deuil qu'il venait de subir. 

    De par sa texture, sa dureté et sa forte inertie aux variations de température, cette roche qui protège l'eau du même nom, se prête admirablement à la taille en grande dimension. François-Xavier venait de construire la villa à Créteil et avait pris la direction, depuis peu,  de  la nouvelle association avec LEMAIRE. Il était donc en plein essor et en pleine confiance sur son avenir. Le décès de son épouse l'éprouva durement. Et en réaction, comme il le démontrera à de nombreuses reprises, il se mit une nouvelle fois à innover dans le choix de la pierre et dans la forme du monument funéraire. Tant la couleur que le modèle se détache de tous les autres édifices funéraires que l'on retrouvent dans ce cimetière. François-Xavier, par la symbolique de ce monument, nous transmet indéniablement le côté artistique et émotionnel de sa personnalité. Complémentaire assurément de sa fonction de chef d'entreprise.

     Après les lettres P Y, incrustées dans la courbure du marbre rouge de l'Avenue de Ceinture, la seconde expédition venait une nouvelle fois de remonter la courbe du temps en terminant son parcours, là où en principe tout s'achève. Des preuves et non des traces de cette transmission qui attestent de l'existence. Ce qui restent une fois que les rêves s'évaporent. C'est pourquoi, il faut veiller à éviter cette dilution pour empêcher que les preuves ne s'envolent elles aussi.

1 voir http://www.actuacity.com/creteil_94000/monuments/

L'équipe soudée prend la pose devant le monument sépulcral . De gauche à droite : Agnès, Your fieldmouse, Françoise et Martine (credit : Michel DEYMIER)

L'équipe soudée prend la pose devant le monument sépulcral . De gauche à droite : Agnès, Your fieldmouse, Françoise et Martine (credit : Michel DEYMIER)

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commentaires

Lucas 29/06/2015 12:33

Les monuments funéraires apportent des histoires différentes pour chacun d'entre eux ! Une belle pierre tombale que voilà ! Merci pour l'article !