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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 12:45

     Attesté par un acte de décès du 28 ventose an 8 de la République française (19 mars 1800), dans lequel Jean PARFONRY, le Maître-charron, est cité comme témoin, la rue des Charrons à Neerheylissem a été indéniablement le lieu d'habitation de notre lignée. Depuis plus de 200 ans, sept générations s'y sont succédées pour y être encore habitée de nos jours.

        Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas dans la maison actuelle que Jean PARFONRY (1762-1803)  a du vivre. N'étant pas encore représentée sur les cartes de l'Atlas FERRARIS, elle a donc été construite après 1775. Cette maison a appartenu au départ à la famille LALMAND. Sur le recensement de 1840, elle porte le numéro 11 et est occupée par cette famille. C'est l'une des 236 maisons recensées dans le village. C'est en fait Henri PARFONRY (1826-1885), le petit-fils du charron qui, en se mariant en 1851 avec Julienne LALMAND (1824-1855), s'y installera et en héritera au décès de son épouse en 1855.

    L'ancienneté de la rue des Charrons est attestée. Avec la rue du Pont de Crimont1 et la rue des Juifs, elles forment le quadrilatère principal du village2, comprenant l'église romane, le château de Flône. La rue de Crimont était l'une des plus importantes car située sur le tronçon reliant les villes de Hannut et de Tirlemont3. Quant à la rue des Juifs, longeant la rivière La Gette, son existence remonte assez loin dans le temps. Son nom est cité en 1456 sous la forme Joedestrate. Elle doit probablement être liée au fait que cette rivière constituait la première barrière naturelle entre la Principauté de Liège et le Duché de Brabant au XVème siècle. On peut supposer qu'il y ait un rapport avec les transactions en argent qui s'opéraient en passant d'un pays à l'autre.

     Quant à la rue des Charrons, avant de s'appeler de la sorte, elle porta d'autres noms. Elle est dénommée à une époque Raymakerstraat, en lien direct avec la famille Raymackers dont la ferme, située rue des Houilles, construite en tuffeau de Linsmeau4, est une des plus anciennes du village existant de nos jours. Elle apparaît à l'emplacement du vieux moulin mentionné dans les textes anciens (Hof van der Nedermolen en 1407). L'écriture flamande, comme encore certaines rues et lieux de Neerheylissem de nos jours5, est un témoignage de l'origine linguistique de ce village6. Le dialecte tirlemontois avec cet accent spécifique que parlait ma grand-mère, a du être le langage usuel avant le changement et la francisation de ses habitants.

      Le second nom attesté de cette rue est en soi déjà plus caractéristique d'une autre évolution. Il s'agit de la rue des Charliers. Apparue vers 1725, soit pendant la période autrichienne, cette dénomoination fait référence à l'un des 32 métiers qui furent reconnus en Principauté de Liège, dès le  XIVème siècle7. Les Charliers regroupaient les charrons mais aussi les ébénistes, les futailliers8 et quelques autres de moindre importance9. La reconnaissance de ces métiers est le résultat de la lutte menée contre le pouvoir féodal des nobles et du prince-évêque de Liège. Ces 32 métiers ont pu ainsi élire de manière démocratique les deux bourgmestres de la ville de Liège, même s'ils se verront progressivement investis en plus grand nombre par la noblesse par rapport aux artisans.  Pour ne citer qu'un exemple, en 1652, la fille de la famille de FONTIGNY, occupant le château de Neerheylissem, se maria avec Ferdinand de BEECKMAN, bourgmestre de Liège en 1654. Outre l'influence renaissante de la particule, la proximité entre Neerheylissem et la Principauté de Liège favorisait certains liens, particulièrement pendant la période autrichienne. 

      Mais cette réminescence de l'Ancien régime a du déplaire aux nouveaux occupants. Il est donc probable que c'est au moment de l'annexion française que la rue prit définitivement son nom actuel. Ayant déjà abrogé l'organisation et les structures de ces métiers, découlant de l'Ancien régime,  ils se devaient également de supprimer l'usage dans le quotidien. Ce qui a été manifestement le prétexte du changement de nom. D'autant que se développait de manière évidente le métier de charron, supplantant les autres formes d'artisanat que rassemblait initialement cette chambre des Charliers. 

     Si ce métier de charron était exercé par plusieurs personnes dans le village, le recensement de 1840, en mentionne la présence de plusieurs dans cette rue. Il est probable que la plus ancienne forge y ait été localisée. Située au croisement de la rue des Charrons et de la ruelle St-Martin, cette forge a appartenu à Nicolas LAMPROYE (1817-1894), nouvel arrivant vers 1835 en provenance du village de Moxhe10. D'autres charrons ont du par conséquent y exercer avant son installation. C'est apparemment la seule forge de la rue ayant pu servir à Jean PARFONRY lorsqu'il y apparait, comme Maître-charron, dans cet acte en 180011.

    N'omettons pas également de relever que ce Nicolas LAMPROYE12, tout comme Henri PARFONRY, le petit-fils de Jean, épouseront deux soeurs de la famille LALMAND13, un autre charron important du village, habitant non loin dans la rue Beekborne. Le métier des charrons devait être, en ces temps là, un milieu de la noblesse de l'outil, sans particule,  au sein duquel on s'efforçait de favoriser les rencontres.

 

1 Appelée désormais rue de Flône ;

2 La longueur et la sinuosité de la rue des Charrons expliquent qu'elle occupe deux côtés de ce quadrilétère ;

3 Comme d'autres éléments de cet article, cette information est extraite du document de Jean DELANDE(1999) : Neerheylissem en 1796 et 1840. Ses maisons , ses rues, ses habitants, 75 pages, ronéo ;

4 Tuffeau de Linsmeau : pierre tendre utilisée pour la construction de plusieurs édifices dans la localité (église, chapelle,....) ;

5  Tels que rue d'Ardevoor, rue Beekborne, chemin de la Pistraat, Elsenbosch, Meysenboom, Misbempd, .... ;

6 Lors de la réforme des communes en 1977, la forme francisée Hélécine a été choisie pour dénommer la nouvelle entité, regroupant Neerheylissem, Opheylissem, Linsmeau (Prov. du Brabant wallon) ;

7 Lien ci-dessous pour voir la liste des 32 métiers ;

8 Futaillier : synonyme de tonnelier ;

9 voir site :  http://www.chokier.com/FILES/INSTITUTIONS/BonsMetiers.html#anchor2 ;

10 Moxhe : village le long de la Méhaigne, affluent en rive gauche de la Meuse, incorporé à la ville de Hannut depuis 1977 ;

11 La forge et la maison ont été démolies vers 1950 ;

12 En premier mariage, il avait épousé en 1837 Julienne DUCHAINE, une fille d'un maréchal ferrand dont la famille résidait dans cette rue des Charrons (n° 26 du recensement de 1840) depuis 1732 ;

13 Jean DELANDE (1991) : Généalogie des LALMAND de 1687 à 1991, 131 pages, ronéo ;

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