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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 14:05

    Le séjour à Anvers impliquait indéniablement un passage par le bâtiment des FélixArchief1. Situé dans l'un de ces anciens entrepôts qui n'avaient plus leurs utilités depuis le passage à la containérisation à outrance et à la mécanisation du transbordement des marchandises, l'une des innovations les plus marquantes de cette mondialisation, l'un des étages de ce lieu est désormais affecté à la collecte des archives municipales. L'espace est totalement ouvert, lumineux, capitonné et numérisé. 

     Si Anne WINTER (voir article : La présence à Anvers se dévoile petit à petit) était parvenue à retrouver Jean PARFONRY dans le dédale des fiches de renseignements collectées tout au long de la période française puis hollandaise, il y avait indéniablement de l'espoir de trouver d'autres éléments sur ce personnage.

    Pour Agnès, l'obstacle de la langue n'était pas réellement un problème. L'anglais étant la seule langue commune réellement perçue par tous les interlocuteurs, dans un phrasé cohérent et compréhensible, elle est parvenue à peaufiner sa recherche, surfant sur les bases déjà connues. Palliant à mon désarroi, ne sachant en fait quelle piste suivre. Tant l'usage du matériel que la compréhension des codes chiffrés m'apparaissaient abstraits et obscurs. Mes quelques rudiments de néerlandais permettaient néanmoins de déchiffrer le titre des colonnes apparaissant dans les documents archivés. Une fois la méthode d'archivage appréhendée, et une bonne demi-journée plus tard, la compulsion des données faisait ressortir de nouveaux éléments sur la présence de Jean PARFONRY et de sa famille à Anvers. 

  Avec au final, un recueil de nouvelles informations non négligeables, que l'on peut reprendre en plusieurs points. Petit rappel nécessaire : Jean est né  le 07/12/1797 et son épouse Jeanne Lallemand le 28/10/1797, tous deux à Neerheylissem.

1. Par un jeu assez astucieux de chiffres, correspondant en fait à des adresses précises, avec numéro et nom de rues2, il a été possible de remonter le parcours de Jean PARFONRY entre 1828 et 1823. Cinq années gagnées sur le temps. Jean (Johannes) est repéré successivement :

- Fiche n° 1548 section 3 : à 26 ans, au 20 Hopland (Centre ville, // au Meir); il y est inscrit le 25 novembre 1823 et y habite avec son épouse Johanna (Jeanne) Lallemand et probablement son fils Paul-Ferdinand (écriture illisible); il exerce la profession de Knecht  (domestique, garçon de café);

- Fiche n° 1436 section 4 : à 27 ans, au 10 ruelle au Vent (pas trouvé de concordance de nos jours) ; il y est inscrit  le 14 octobre 1825 avec son épouse Jeanne, trois enfants (Paul-Ferdinand, Maria Ludovica et Alexis-Joseph) ainsi que son beau-frère Ferdinand Lallemand, âgé de 25 ans; ce dernier est mentionné comme Metselaer (maçon), quand à Jean, il est cette fois  Tapper (Cabaretier)3 ;

- Fiche n° 2719 section 4 : à 30 ans, au 12 rue de la Montagne (probablement de nos jours Bergstraat, près du Musée Plantin-Moretus, Centre ville); il y est inscrit le 29 août 1828 en compagnie de son épouse  et des quatre enfants, à savoir les trois déjà énoncés et pour la première fois François-Xavier ; âgé de 7 ans, à ce moment, cela est confirmé par sa date de naissance en 1821; ce qui permet aussi de disposer d'une information essentielle sur Paul-Ferdinand, âgé de 5 ans ; 

- Fiche n°1592 section 3 : au 3 rue Léopold (probablement Leopoldstraat dans le Centre ville de nos jours); suite à une recherche effectuée précédemment (voir article : La présence à Anvers se dévoile petit à petit), cette présence dans cette rue y avait été mentionnée en 1829, indiquant que Jean n'a guère occupé longtemps la maison précédente ;

2. Cette recherche a permis de retrouver les endroits d'habitation de Jean PARFONRY en remontant jusqu'en 1823. Or, manifestement d'autres indices font manifestement croire qu'il y était déjà en 1821 et probablement bien avant. Le temps nécessaire pour comprendre la mécanique de ces archives anversoises n'a pas permis d'en extraire tout le potentiel qui y est accumulé et caché. 

3. En première analyse de tous ces changements d'adresse, apparaît de manière claire ce prénom de Ferdinand qui nous titillait depuis un certain temps (voir articles : Un autre peintre Parfonry; Et si Ferdinand était des nôtres;  On a sans doute retrouvé la mère de Ferdinand Parfonry; Après Paul, voici une toile de Ferdinand; Ferdinand réapparaît à deux reprises). Ce Ferdinand, qui est précédé du prénom de Paul, n'est pas un inconnu. On a ici la preuve évidente qu'il est ce frère de François-Xavier que nous avions pressenti. La concordance des dates et les lieux qui avaient servi à argumenter son lien familial sont ici démontrées. Sa date de naissance est également retrouvée dans les registres. Il est né un 29 novembre 182.. Malheureusement, le pliage empêche de lire le derniers chiffre sur le document scanné.  Selon son âge déclaré en août 1828 (5 ans), cela devrait situer sa naissance en 1823, soit un peu plus d'une année  après François-Xavier.

4. Et ce n'est pas fini au niveau de la fratrie de François-Xavier. On y relate également une Maria Ludovica, née un 02 février 182(avec le même phénomène de pliure empêchant de lire le dernier chiffre). Qui n'est de fait pas totalement une nouvelle venue au niveau de notre recherche. Il avait été question précédemment (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés) d'une Louisa Parfonry, mariée à un certain Goossens, dont le fils Charles Goossens (1851-1888) se trouvait inscrit sur l'une des pierres extérieures du monument funéraire de Créteil. Il y a bien concordance par rapport à  l'année de naissance de son fils. Maria Ludovica4 s'est appelée Louisa très certainement par la suite. Mentionnée dans aucun document jusqu'à présent, cette soeur de François-Xavier intègre définitivement la saga. Si Goossens, sculpteur et neveu de François-Xavier est mentionné à Créteil, cela donne toute liberté pour se dire que pour l'autre nom inscrit, Joséphine Loge en l'occurrence, il doit exister le même genre de relation. Par contre, rien n'est mentionné sur le lieu de décès de cette Louisa Parfonry.

5. Les métiers exercés par Jean au cours de son séjour à Anvers évoluent dans le même contexte. Que ce soit celui de garçon de café puis de cabaretier, ils attestent que Jean était arrivé à Anvers non comme un travailleur de bâtiment ou pour occuper une charge de domestique de maison, voire une charge commerciale. Ce qui est, en somme, en cohérence avec le choix du témoin pour le baptême de son fils François-Xavier en décembre 1821 à Neerheylissem, lui-même désigné comme cabaretier dans ce village. Et pourquoi ne pas extrapoler la raison de son départ d'Anvers en 1839 pour le quartier des Marolles à Bruxelles (voir article : Parfonry contre Laruelle) en lien avec le développement de débits de boissons, résultant d'un alcoolisme accentué parmi la classe ouvrière.

6. Dans la foulée de toutes ses découvertes, l'acte de naissance d'Alexis-Joseph, longtemps resté inconnu, a été mis à jour5. Il est bien né à Anvers le 21 juin 1828, ce qui éteint la suspicion avec l'année 1823, apparue dans un document et devant être accréditée comme une forme d'écriture défectueuse hésitante entre le 3 et le 8. L'année 1828 inscrite sur le monument de Créteil est bel et bien le bon chiffre.

7. Comme bien d'autres personnages de cette saga, le premier prénom enregistré n'est pas toujours celui qui est resté. L'exemple de Paul-Ferdinand est sans doute le plus flagrant. Il permet néanmoins d'expliquer l'origine de l'attribution du prénom Paul au fils de François-Xavier, né en 1857. Ferdinand devait avoir à ce moment 34 ans et des lettres attestent  qu'il vivait toujours en 1867. C'est à cette date qu'il rencontre le futur roi Léopold II dans la cathédrale d'Anvers, reproduisant la célèbre toile de Rubens La descente de Croix qui a été retrouvée dans l'église de Ciplet (voir article : Une visite dans le village de Ciplet s'imposait). Quelle raison a donc François-Xavier pour transmettre ce prénom de Paul bien plus tôt ? Le décryptage d'un mystère en soulève finalement un autre.

8. Un autre mystère est celui de la présence de François-Xavier résidant avec ses parents à partir de 1828 seulement, à la rue de la Montagne. Ou était-il depuis sa naissance en décembre 1821 ? Nouveau mystère.

9. Jean a fait enregistrer, successivement en janvier 1833, février 1834 et février 1837, trois enfants mort-nés à Anvers. Manifestement, les conditions de vie de la famille ne devaient pas être favorables. On peut envisager une certaine dégradation sur le plan économique pouvant expliquer ses ennuis de paiements de loyers et la nécessité de migrer vers Bruxelles en 1839 (voir article : Parfonry contre Laruelle).

     En conclusion, cette virée dans les bâtiments FelixArchief d'Anvers a permis de consolider un peu plus le socle de la lignée tout en répondant à certaines énigmes qui avaient été proposées à notre sagacité. La généalogie a ainsi répondu à nos points d'interrogation. Et sur le plan de cette recherche de la mémoire et de son intégration dans le contexte historique, le parcours de Jean PARFONRY se dévoile un peu plus. Cinq petites années, entre 1823 et 1828, qui affinent son séjour à Anvers en révélant ses lieux d'habitation et ses métiers. Tout n'est pas finalisé cependant car sa présence à Anvers est avérée dès 1821 et sans doute avant. Est-il arrivé pendant la période française, avant 1815 ou après la défaite de Waterloo ? Dans quel régiment a t-il fait son service militaire ? A t-il combattu à Waterloo ?

     Sur un autre plan, il est confirmé que François-Xavier, l'aîné, a été un support pour sa fratrie. Pour son frère Alexis et sa soeur Maria-Ludovica que l'on relie à la période professionnelle parisienne. Pour l'autre frère Paul-Ferdinand, la question n'est pas résolue, d'autant que l'on a découvert que ses lieux de séjour coïncident plus avec la commune de décès de leur mère à St-Josse-ten-Noodde à Bruxelles (voir article : On a sans doute retrouvé la mère de Ferdinand Parfonry)

   On peut se poser toutes ses questions et chercher progressivement à les résoudre. L'année du premier enregistrement à Anvers, de même que le lieu et la période de son service militaire semblent accessibles. Agnès, je te sens motivée pour y trouver les réponses !!

 

1 Felix Archief : Oude Leeuwenrui, 29 - 2000 Antwerpen ;

2 Référence : Ville d'Anvers  - Tableau de Concordance des anciens et nouveaux Numéros des maisons, Stad Antwerpen, Archief, 6 sept. 1856 ; Tienjarige tafels of geboorten 1823-1832 ; Registre des populations, 1815-1829 et 1830-1846; 

3 Dans certains actes de naissance de ces enfants, on le mentionne comme Herbergier, ce qui donne une  signification plus large en introduisant l'aspect d'hébergement ;

4  Maria Ludovica se traduit par Marie-Louise, prénom de plusieurs personnes de haut rang à cette période, notamment Marie Louise d'Orléans, fille du roi de France Louis-Philippe, et mariée à Léopold 1er de Belgique ;

5 Antwerpen. Registre des naissances 1828-1829, n° 1234, image 151/570 ;

Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers
Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers
Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers
Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers

Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers

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