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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 12:58

   S'il y a bien un coin de vie qu'il est difficile d'aborder, c'est bien celui de l'adolescence. La période la plus secrète, la plus personnelle, la moins professionnelle, la moins résiduelle, la plus cachée ne laissait, jusqu'à l'apparition des réseaux sociaux, que bien peu d'espace dans les bibliothèques et dans les souvenirs familiaux.

  C'est donc une énorme surprise que de retrouver une simple photo jaunie qui ouvre à notre connaissance cette période de l'adolescence d'un des personnages de cette saga. Loin d'être un inconnu pour moi car il s'agit de Georges, mon père. Nous l'avions récemment retrouvé, via son menu de communion solennelle, à l'entrée de cette période qui favorise, dit-on, la prolifération des boutons (voir article : Un menu de communion très copieux)

    Sur cette photo, on découvre un personnage féminin, grande et mince, d'un style vestimentaire qu'on peut qualifier de chic et bon genre. Elle est photographiée devant un monument imposant difficilement identifiable. Sur les quatre côtés de la photo, on peut y lire ce qui doit être le mois et l'année de la prise de vue. Nous sommes en juillet 1937 mais pas nécessairement de ce côté de la Mer du Nord. La date se lit et se prononce plutôt July One thousand nine hundred and thirty seven. Car première surprise, on se trouve vraisemblablement devant une personne qui réside sur l'autre rive de la Manche, quelque part dans le Royaume de sa Gracieuse Majesté britannique.

   Qui est-elle ? Comment cette photo s'est-elle retrouvée parmi l'une de ces boîtes à biscuits en fer dans lesquels mes parents en avaient rassemblés pèle mêle plusieurs dizaines couvrant une partie importante de leur vie respective et commune. Cette photo a du d'ailleurs échapper à ma perspicacité, ayant fouiné à plusieurs reprises dans ces boîtes au cours de ces dernières années. La confondant indéniablement avec la série des photos que ma mère avait rassemblées sur ses amies d'adolescence. 

    C'est à la lecture du verso qu'une autre surprise vint s'ajouter. Ecrit à l'encre, dans le coin supérieur gauche, en oblique, on peut découvrir l'intitulé suivant :

               Elizabeth Cundy   Age 15      1937

              To a Dear Friend    Georges Parfonry

    En 1937, âgé de 16 ans, Georges suivait les cours de l'Athénée de Jodoigne, section gréco-latine. Voilà finalement tout ce que l'on pouvait dire sur lui. 

   En découvrant le verso de cette photo, la question qui en découlait, par rapport à mon travail de mémoire, s'avérait simple. Y avait-il un inconvénient, une indiscrétion, un obstacle à la faire paraître sur ce blog ? Ce n'était pas une amie d'adolescence de ma maman. Y avait-il une attitude irrévérencieuse de montrer cette information ? 

    Nullement selon moi. Georges, comme tous les adolescents, aime se faire des amis et amies. Tout au plus, peut - on parler d'un flirt de vacances, d'une rencontre imprégnée d'émotions. En somme rien de bien disparate par rapport à n'importe quel adolescent. La seule différence, c'est que Georges nous a laissé, non des preuves, mais une trace de cette période de sa vie. Trace qui fait partie intégrante d'une vie normale mais qui reste malgré tout assez rare à découvrir. Ce qui rend par conséquent cette photo très forte, très parlante en tant que témoignage assez unique de cette période de l'adolescence peu avant la guerre. Un rapport manifeste avec le contexte sociétal de ce blog, l'une des charnières dans le descriptif des articles. 

Photo et message d'Elizabeth CUNDY de juillet 1937Photo et message d'Elizabeth CUNDY de juillet 1937

Photo et message d'Elizabeth CUNDY de juillet 1937

    Les seules questions académiques que l'on peut se poser sont au nombre de trois.

1. Qui est cette Elizabeth CUNDY ?

On retrouve ce prénom et ce nom dans certains arbres généalogiques sans véritablement pouvoir faire un lien. Il est toujours présent de nos jours. Si elle vit encore, elle devrait avoir 93 ans.

2. Devant quel monument, Elizabeth CUNDY, est-elle photographiée ?

Dans un premier temps, et vu la version anglaise de la date, on peut imaginer qu'elle a été prise en Angleterre. Comme alternative, et j'enclin à la privilégier, on pourrait envisager que Georges ait pris lui-même cette photo (Bruxelles !!) qui aurait été développée par la suite en Angleterre. 

3. Quelle circonstance est à la base de cette rencontre ?

Sachant que Georges n'a jamais mis les pieds en Angleterre et que son maniement de la langue anglaise était certainement très inférieur à celui du néerlandais (plus exactement du patois flamand de la région de Tirlemont), l'opportunité qu'il ait été un Dear Friend est assez étonnante1. Les explications, qui seraient apportées sur cette dernière question, nous sembleraient les plus constructives pour permettre de cerner d'un peu plus près Georges.

   Le seul lien explicatif, à ce jour, réside dans son affection qu'il portait à son professeur Michel BRIQUENEER (voir article : L'influence de l'école moyenne de Jodoigne). Avant d'enseigner le grec et le latin à l'Athénée de Jodoigne, cette personne était avant tout membre de la War Resisters' International , organisation pacifique dont le secrétariat est basé à Londres. De plus le nouveau Président, désigné en cette année 1937, est précisément un anglais répondant au nom de Georges LANSBURY, originaire du comté du Suffolk, et ancien leader du Labour Party. Lien, à vrai dire, assez ténu entre Georges et Elizabeth CUNDY, la piste me semble toutefois plausible. 

Des réponses aux trois questions sont attendues sur la base des maigres indices énoncés. Y a t-il encore quelqu'un qui connait ou a connu cette Elizabeth CUNDY ?

   Extrapolant le cadre et la période de cette photo, une simple réflexion m'amène à me dire que les seules traces de mon adolescence risquent d'être confinées uniquement dans ma mémoire et donc destinées à ne pas être transmises. Si c'est le cas, doit-on se résoudre à laisser flou cet espace de libertés ? Car toute initiative d'écriture de ma part ne serait que pure vanité. Pourquoi s'efforcer de transmettre des soi-disantes preuves alors que l'environnement n'a pas jugé utile de laisser des traces ? Du moins, c'est ce que j'en ressens.

  Par contre, avec le développement des réseaux sociaux, les traces risquent de ne plus être des moments inédits assez ponctuels mais plutôt des tranches répétitives qui s'accumulent comme des preuves parfois un peu gênantes. 

 

1 Pour Georges, la langue anglaise se résumait dans l'expression : Tu écris caoutchouc et tu prononces Elastic (ou l'inverse) ;

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