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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 20:04
Acte de décès de Constance PARFONRY

Acte de décès de Constance PARFONRY

    Il semble désormais que l'on connaisse de mieux en mieux tous ces PARFONRY de la branche de Neerheylissem. Qu'ils se prénomment Jean-Pierre, Jean, François-Xavier, Paul, Ferdinand, Emile (2), Georges (2), Jacques,....., ils apparaissent régulièrement à la lecture des nombreux articles de ce blog. Les recherches entreprises, depuis plusieurs années, font croire que tout a été dit et écrit sur cette famille. Tout ou presque sans aucun doute, de ce qui est possible. Il faut espérer cependant qu'il restera des recoins non explorés qui s'ouvriront à notre connaissance soit pour satisfaire notre curiosité, soit pour témoigner sur l'évolution de la société, soit pour maintenir l'attractivité de ce blog. C'est de l'une de ces zones d'ombre qu'il sera question ici. Pour la première fois, une femme PARFONRY de naissance, avec Constance comme prénom, nous a laissé un témoignage. 

   Constance PARFONRY est la soeur cadette d' Emmanuel et de Jean, ceux qui sont à l'origine de la lignée belge pour le premier, de la lignée française pour le second. Apparue dans les actes de baptême à Neerheylissem, elle y est née un 17 décembre 1801.

    Des différents actes retrouvés1, on peut retracer quelque peu une partie de son parcours. Première surprise, elle s'est mariée le 23 septembre 1832 dans l'église anglicane Saint Mary the Virgin de Douvres, dans le Kent. Le mari est un certain Thomas Georgius BROWNE, né le 5 février 1802 à Spott en Ecosse (région d'East Lothian, située sur la côte Est)

    Peu de temps après, on les retrouvent en Belgique à Ostende, habitant 23 Kerkstraat. Dans les actes, on y lit la mention d'un fils portant le même prénom que le père, décédé le 23 mars 1833, à l'âge de 2 mois et 12 jours. Le père y exerçait le métier d'handelsbediende (trad. littérale : employé commercial). Déclaré six mois après le mariage des parents, on se retrouve dans une situation similaire à celle de Jean PARFONRY et Jeanne LALLEMAND qui s'étaient également mariés trois mois avant la naissance de François-Xavier. 

     Pratiquement une année plus tard, le 11 avril 1834, le couple déclare le décès, à l'âge de 8 jours, d'un deuxième enfant, prénommé Charlotte Julie. Et deuxième surprise, ils se trouvent cette fois à Anvers. Le père y exerçait le métier de commis négociant, signification quasi identique au métier déclaré à Ostende. Par cette découverte, on apprend donc que Constance se trouvait à Anvers au même moment que Jean, son frère aîné. Elle y a donc manifestement connu François-Xavier ainsi que les deux frères (Alexis, Paul Ferdinand) et la soeur (Maria Ludovica) de ce dernier. A ses deux enfants décédés en bas âge, on peut y ajouter, pour la même période, les trois enfants mort-nés de Jean, successivement en janvier 1833, février 1834 et février 1837. 

    Cet énoncé funeste nous apporte une vision très réelle de la situation socio-économique dans laquelle se trouvait la famille PARFONRY à cette période. A la base, on se rappellera le décès de leur père, le maître charron en 1803 à l'âge de 41 ans. Des cinq enfants de ce dernier, deux décèderont en bas-âge (Marie-Christine en 1793 et Gabriel en 1800). Seuls Emmanuel, Jean et Constance survivront, âgés respectivement de 8, 6 et 2 ans au moment du décès de leur père. Une situation loin d'être favorable pour démarrer dans la vie. Avec une différence marquante pour Jean et Constance par rapport à celle d'Emmanuel, resté quant à lui à Neerheylissem. Même si un des 5 enfants de ce dernier mourra aussi en bas-âge (Marie-Thérèse, âgée de 4 ans), les 4 autres (Henri, Joséphine, Florentine et Julie) se marieront et resteront dans le voisinage proche de Neerheylissem, signifiant par là que les conditions de vie étaient plus acceptables. 

     Une telle différence repose sur des faits historiques. Faisant suite à la croissance enregistrée pendant la période française (1795-1815) et la période hollandaise (1815-1830), avec en particulier l'extension et le libre accès du port d'Anvers, la jeune Belgique, au moment de son indépendance, dut faire face à une nouvelle fermeture de l'Escaut2 par les Hollandais, furieux d'en avoir été éjectés manu militari3. Et en particulier frustrés de ne pouvoir bénéficier des investissements réalisés dans le domaine fluvial4. Le trafic maritime à Anvers, devenu supérieur à celui de Rotterdam, avec 1028 navires enregistrés en 1829, était redescendu à 398 en 18315. Avec, comme résultat, l'existence d'une situation économique catastrophique en Flandre6, alors que, pendant ce temps, le sud du pays bénéficiait d'un début de croissance résultant de la présence d'une nouvelle industrie, installée le long du sillon Sambre et Meuse7. La crise dans le monde agricole, faisant suite à de mauvaises récoltes en Hesbaye, avec la conséquence d'une migration importante vers le Wisconsin, ne surviendra qu'un peu plus tard.

   Du parcours décrit de Constance, on peut en déduire qu'il est évident qu'elle ait envisagé de migrer. Son mariage à Douvres l'atteste. Mariée dans une église anglicane, elle s'était probablement convertie. Pour quelle raison est-elle revenue à Ostende en 1833, puis à Anvers en 1834, alors que la situation économique se détériorait ? L'origine écossaise et le secteur d'activités de son époux en sont probablement l'explication. Croyant encore bénéficier d'une situation favorable, ils sont revenus dans les Flandres. Et manifestement, ils y resteront sans qu'on en connaisse plus. Le mari, Thomas Georges BROWNE est décédé à Courtrai le 19 octobre 1851, à l'âge de 48 ans. Quant à Constance, elle est décédée à Tournai, rue Saint Jean, le 9 juillet 1869. Agée de 67 ans, sans profession, elle.devait habiter seule car son décès fut déclaré par deux voisins, tous deux lieutenants au 5ème Régiment de ligne8. Les villes de Courtrai et Tournai étant distantes l'une de l'autre de 35 km, on peut penser que les époux sont restés proches jusqu'au décès du mari, 18 années plus tôt.

     Il y a peu de chances de retrouver dans d'autres documents des informations sur la vie de Constance. A t-elle perpétué des contacts avec François-Xavier, son neveu parti à Paris, et avec la descendance d'Emmanuel restée à Neerheylissem ? Les souvenirs, s'il y en a eu, se sont évanouis à jamais. Seul élément pertinent, Constance a été la seule à unir deux fleuves, anticipant ce que Bernard PIVOT considérera comme une quasi normalité près de deux siècles plus tard.

 

1 Site familysearch.org ;

2 La particularité d'Anvers est d'être un port intérieur, en bordure de l'Escaut ; l'embouchure du fleuve sur la Mer du Nord est située en aval, en traversant sur son parcours le territoire des Pays-Bas ;

3 Le 27 octobre 1830, l'armée hollandaise, sous l'impulsion de Guillaume Ier, roi des Pays-Bas, bombarda Anvers comme dernière représaille ;

4 Avec la canalisation de plusieurs voies d'eau et le percement de nombreux canaux ;

5 Wikipedia : Anvers ;

6 Avec la réduction du commerce avec les colonies, la fermeture aux marchés hollandais et indonésiens et la quasi fermeture de l'industrie textile gantoise ;

7 La réouverture du port d'Anvers ne se fera qu'en 1863 ;

8 Cette présence de militaires s'expliquant par la proximité de la Caserne Saint Jean ;

    

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