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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 16:58
Coupes gagnées par Georges, le colombophile, en fin de carrière

Coupes gagnées par Georges, le colombophile, en fin de carrière

Médailles à titre de reconnaissance de la R.F.C.B (Royale Fédération Colombophile Belge) à Emile (François) PARFONRY (à gauche) et à Georges PARFONRY (à droite)

Médailles à titre de reconnaissance de la R.F.C.B (Royale Fédération Colombophile Belge) à Emile (François) PARFONRY (à gauche) et à Georges PARFONRY (à droite)

      Les articles de ce blog mélangent, de façon aléatoire, les personnages, les siècles, les lieux, au gré des découvertes mais aussi des sensations de celui qui les rédigent. Un aspect de sujets fourre-tout sans hiérarchie, découlant de la méthode de travail utilisée.

    La récente édition du livre Quelle famille.2 ! (voir article : De Neerheylissem à Briou, une famille bien française), faisant suite à une précédente moins importante (voir article : Une vraie histoire de famille expliquée), est en soi la preuve qu'une certaine maturité dans les idées, sur le parcours de ces personnages, sur l'histoire de ce patronyme, sur la géographie de ces lieux est en train d'être atteinte. Après avoir fermenté durant sept années, au travers de plus de 300 articles, le chemin de la finition, de la compréhension, de la délivrance apparaît. Les découvertes ne se feront plus avec la même intensité. Les clefs semblent être désormais suffisantes pour tirer la chevillette et faire tomber la bobinette de cette maison, remplie d'histoires. 

  Raconter la vie des personnes qui nous ont précédés constitue un acte de transmission permettant de découvrir le contexte sociétal et de sauvegarder la mémoire familiale et historique. Du moins, certains aspects de cette mémoire. Ceux qui finalement sont restés encrés dans nos souvenirs. 

   Dans la biographie qui m'a été concoctée dans ce livre, il est précisément mentionné que je suis issu d'une lignée de colombophiles. Quoi de plus normal dès lors que de rebondir sur ce rapport avec un sport populaire, popularisé par la bande dessinée Le Vieux Bleu1 et par l'expression Les convoyeurs attendent2sans oublier de rappeler de l'importance accordée aux pigeons lors des guerres. De plus, la Belgique, et la région liégeoise en particulier, est considérée comme le berceau de ce sport.

   L'histoire a débuté peu après 1945. Proche de sa retraite, Emile, l'instituteur, y trouvait une occupation pour utiliser son futur temps libre. Il fut un colombophile passionné tout au long de sa vie, fréquentant le café Poisman puis le café Renaissance où étaient réalisés les enlogements. Passion qui résulte très certainement de l'un de ses amusements favoris au cours de sa jeunesse. Cela constituait à peindre la carapace des hannetons et à les lächer un peu plus loin afin d'observer leurs retours3. Le nombre de volières dans lesquelles il élevait  ses nouveaux bleus n'a jamais cessé de rythmer sa passion. Il s'activera à réaliser manuellement les classements des concours sur de grandes feuilles, comportant de nombreuses colonnes de chiffres. 

     Jusqu'en 1995, soit durant un demi-siècle, les pigeons ont ainsi rythmé la vie familiale, que ce soit à Beauvechain, puis dans une maison à Auvelais, choisie parce qu'elle disposait d'un pigeonnier dans le grenier, avant de terminer dans la nouvelle habitation à Tamines, là ou impérativement le pigeonnier fut construit en premier pour permettre une acclimatation rapide des volatiles. Georges,  le fils, peu motivé au départ semble t-il, pour s'impliquer, a finalement relevé le défi, allant jusqu'à devenir Président de la Société colombophile (voir article : Georges, le colombophile).

    Je ne sais si cela a été une chance pour moi. Vivre pratiquement jusque l'âge de mes 24 ans au contact des sensations ressenties, d'un mode de vie ciselé par les concours, des expressions formulées autour de ce sport, n'a jamais été perçu comme une obligation pour en poursuivre sur une 3ème génération. Pensez - donc, les vacances étaient quelque chose d'inconcevables dans ce milieu. Et le repos du dimanche était carrément utopique vu que les lâchers pouvaient se faire très tôt. Espérer que j'apporte une aide quelconque, alors que je devais, sans trop le faire paraître, gérer ma courte nuit de sommeil, devenait trop héroïque. Sans compter, mes absences pour aller prendre l'apéro avec les copains et copines au Café Caméo des Alloux, profitant d'une heure du repas incertaine, compte tenu d'un timing élastique d'arrivée des pigeons. Honnêtement, je crois que, pendant toutes ces années, j'ai du approcher moins de dix fois un pigeon dans son colombier. Remerciant donc mon père de ne m'avoir à aucun moment forcé la main. 

      Un sport, héritier en quelque sorte de ce droit seigneurial octroyé aux propriétaires de ces châteaux-fermes, autorisés à disposer d'un colombier au-dessus de l'entrée principale. Les colombophiles avaient conservé cette prestance, cet air faussement aristocratique, qui faisaient oublier leurs tabliers de travail, le raclement journalier des fientes. Le nombre de bonniers était remplacé par le nombre de pigeons pour attester de l'importance de l'élevage. La séquence du dimanche matin, entre avril et octobre, aurait pu servir de sujet pour un sketch. Dès l'aurore, les communiqués colombophiles, diffusés, par la radio nationale, d'heure en heure, ne laissaient aucune place à la conversation. Je mémorisais de la sorte toute une série de localités inconnues, réparties sur des lignes de vol que les pigeons devaient en principe suivre. Cette litanie de noms de localités constituait en quelque sorte la seule ouverture sur le monde de tout ce petit microcosme. Dans un jargon austère pour le profane, une speakerine lisait des notes très codées, du genre4: Momignies, couvert, 25 km/heure, W à SW, Bogaert à partir de 7h 30, Transcona à partir de 8 heures5

     Sport reposant sur le sens d'orientation des volatiles, la capacité de développer un palmarès honnête ne dépend pas vraiment de cette seule aptitude naturelle. Le bonus pour faire partie de l'élite est régi par trois axes essentiels. Le premier est basé sur la monogamie du pigeon et la participation active du colombophile à sa vie amoureuse. En complément de l'accouplement obligatoire en matière de sélection, le veuvage est l'un des termes les plus prisés dans cet environnement. Il consiste à séparer le couple pendant la semaine avant de présenter la femelle au mâle quelques minutes. En espérant que l'émoi contracté favorisera un retour rapide de ce dernier. Le deuxième axe repose sur la nourriture. Un colombophile averti ne se contente pas vraiment des graines de céréales et des mélanges vendus dans le commerce. Il ajoute, sans complexe, comme potion magique, des décoctions de toutes sortes, mais aussi quelques graines de chanvre (il kiffe le pigeon) pour stimuler l'ardeur de son protégé. Et pour compléter ce tableau, le pigeon se verra empêcher, au retour d'un vol d'entrainement quasi journalier, de se poser, quitte à tournoyer un certain temps afin de favoriser sa musculature. Au final donc, beaucoup de similitudes dans la préparation entre le pigeon et un coureur cycliste pour en arriver au plus haut niveau. Même en connaissant de mémoire l'ascension du Mont Ventoux, un coureur comme Richard VIRENQUE n'aurait pas été assuré d'arriver le premier. Il en est de même chez les coulonneux.

   Le plus décevant finalement, ce sont tous ces termes spécifiques à ce sport populaire qui n'ont pas obtenus un droit d'asile dans les dictionnaires. Que ce soit coulonneux6, pigeonniste, constateur7, enlogement8, clapettes9,...., tous sont ignorés. Contrairement à certains termes de golf tels que fairway, par, tee, putt,... sport bénéficiant d'une plus grande bienveillance malgré sa terminologie typiquement anglaise d'origine. Comme pour signifier que, malgré son expansion internationale10, le caractère populaire et peu avenant de la colombophilie ne peut rivaliser avec la technique, le charisme avoué des meilleurs golfeurs et la spirale ascendante de ces pratiquants.

    De toute cette époque, il n'a été conservé que deux coupes et deux médailles11. Le reste est parti dans les oublis des déménagements. Hélas, aucun des résultats de ces concours, publiés sur des feuilles très larges, nous sont parvenus. Probablement les deux dernières coupes attribuées à Georges, venant couronner un loisir assumé avec dévouement et passion. On peut y lire successivement :  

     Prix du dévouement. Conseil sportif Sambreville 94 12

    Champion de vitesse et de Demi Fond. Champion général.

      De toute cette époque, il ne nous reste que quelques photos. Pour compléter l'article et en montrer des moments de vie, elles sont ajoutées ci-dessous. 

photo 1 : Emile, l'instituteur, à Beauvechain, tenant un pigeon de la manière la plus conventionnelle, les pattes maintenues entre l'index et le majeur (avec le pigeonnier en arrière plan); vers 1953 ;

photo 2 : Georges, à Tamines, rentrant dans le colombier pour aller constater un pigeon revenant d'un concours; vers 1980 ; (n.b. : les clapettes sont bien visibles, au-dessus,  à chacune des entrées du pigeonnier);

photo 3 : présence insolite de pigeons en bordure de la pelouse, au pied du pigeonnier ;

photo 4 : autre présence insolite et rare de trois générations; Georges à gauche (tête uniquement), Roland (avec le poignet et un bras cassés suite à un accident de voiture dans les gorges du Zaïer au Maroc) et François ; été 1985 ;

photo 5 : réunion de colombophiles à l'abbaye de Brogne (St Gérard) ; Georges, Président de la Société L'Indépendante de Tamines, et son épouse à gauche, en face : Jean WIART, Président provincial de Namur ; vers 1990 ;

 

1 WALTHERY François et CAUVIN RAOUL, Le Vieux Bleu, Marcinelle, Ed. Dupuis, 1980, 48 pp. ;

2 Les convoyeurs attendent : film de Benoit MARIAGE avec Benoit POELVOORDE et Bouli LANNERS (1999) ;

Cette pratique est similaire à celle utilisée avant la découverte de la bague de caoutchouc en 1888; les pigeons étaient marqués par des tâches de couleur ;

4 Extrait du livre Les convoyeurs attendent, de Françoise LEMPEREUR, éditions DUCULOT et RTBF, 1990, 195 pp. ;

5 Ce qui signifie : A Momignies, lieu du lâcher, le temps est couvert avec des vents de 25 km/h, de direction W à S-W; (vu que la ligne de vol présente une météo correcte), le convoyeur Bogaert lâche ses pigeons à partir de 7h30 et le convoyeur Transcona à partir de 8h. ;

6 Coulonneux : Mot, originaire du wallon, désignant le colombophile ;

7 Constateur : Appareil permettant de contrôler l'heure d'arrivée du pigeon  en introduisant la bague plastique placée sur la patte dans une capsule métallique ;

8 Enlogement : Local généralement situé à l'arrière d'un café, où l'on emmène les pigeons pour le concours en les mettant dans des paniers après avoir misé une somme d'argent ;

9 Clapettes : Système de tiges métalliques permettant au pigeon d'entrer dans le pigeonnier sans pouvoir en sortir ; 

10 Le Japon et Taiwan furent pendant de nombreuses années des acheteurs importants de pigeons belges ;

11 Les deux médailles portent la même mention sur les deux faces (LA R.F.C.B. A TITRE DE RECONNAISSANCE A ......., sur l'une et une empreinte d'une personne debout sur un socle avec un pigeon posé sur sa main droite, sur l'autre face) ;

12 Georges PARFONRY (1920-2006) s'est retiré des concours de manière définitive en 1995, lorsqu'il s'est installé, avec son épouse, dans un appartement  à Auvelais ;

   

Ils ont été des coulonneux
Ils ont été des coulonneuxIls ont été des coulonneux
Ils ont été des coulonneuxIls ont été des coulonneux

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commentaires

servotte 09/11/2015 18:39

Que de souvenirs agréables grâce aux photos de qualité.