Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 09:55

      Superbe château construit au milieu d'un espace vert protégé, le château de Modave fait partie de ces lieux de visite qui ne se dévoilent qu'au détour d'un circuit de villégiature assez peu classique. Il n'est pas encore l'un des lieux incontournables et prioritaires que tout parent fait découvrir à sa progéniture durant son enfance.

    Au retour d'un circuit traditionnel dans la région de Durbuy, et sur indication de Tante Alice, notre chambre d'hôte, nous avons effectué un léger détour qui nous a permis de trouver l'emplacement de ce lieu un peu isolé. Le seul souvenir de son histoire qui nous était resté en mémoire consistait au fait que Rennequin SUALEM avait utilisé la forte dénivelée des abords de ce château avant de concevoir la célèbre Machine de Marly, construite pour alimenter en eaux les jardins du château de Versailles.

     Avec l'aide d'un audio-guide, la visite du château énuméra les personnages de son histoire. Et parmi ceux-ci, on vit apparaître ceux des comtes de MARCHIN, lesquels furent parmi les plus éminents restaurateurs de ce château. Ce nom n'était pas inconnu dans le cadre de nos découvertes en rapport avec l'histoire de notre patronyme. On s'est rappelé que Ferdinand de MARCHIN (Liège,1651-Turin,1706) fut appelé par Louis XIV pour épauler son petit-fils, devenu roi d'Espagne sous le nom de Philippe V. La nouvelle dynastie espagnole héritait d'une situation peu brillante sur le plan militaire. La Guerre de Succession d'Espagne, entre les Habsbourg et les Bourbon, qui s'en suivit ne se présentait pas à l'avantage de ces derniers. Philippe V avait besoin d'aide pour conserver son trône. 

      C'est ici qu'apparait le comte Ferdinand de MARCHIN1, descendant de cette lignée des propriétaires de ce château de Modave. Recrutant dans différentes régions des Pays-Bas espagnols, mais aussi en Principauté de Liège, sur instruction de Louis XIV, il fut chargé de la création en 1702 d'une Garde Wallonne au service du nouveau roi d'Espagne. Ce régiment, composé de plusieurs milliers d'hommes, entre 17 et 40 ans, appartenant à une famille honorable, devint rapidement une unité d'élite2, incorporée à la garde royale, au sein de l'armée espagnole. Il se signala pendant la Guerre de Succession d'Espagne qui opposa, entre 1701 et 1714, la France et l'Espagne contre l'Angleterre, l'Autriche, les Provinces Unies et le Portugal. Plusieurs batailles qui se déroulèrent en Espagne, au Portugal, en Sicile, en Sardaigne, à Ceuta et même à Oran virent la présence de ce régiment. Ayant compté dans ses rangs plusieurs milliers de morts3, des recrutements s'opérèrent de manière régulière, jusque dans les années 1780. Le manque de renouvellement provoqua sa dissolution en 1822, mais il devint comme un véritable livre d'or de la noblesse belge par la suite4.

   Et parmi les nombreux soldats incorporés à ce régiment de cette Garde Wallonne, nos recherches ont permis de retrouver un dénommé Juan Baldorinos de Parfondri, décédé dans un hôpital à Ceuta en janvier 1721 (voir article : Maria Juana de Parfondri). Cette date correspond précisément à la campagne de Ceuta menée pour lutter contre les troupes du sultan du Maroc. Ce personnage est, selon les éléments analysés, le descendant d'une lignée en provenance de la Principauté de Liège. Il est également l'ancêtre du colonel Joseph Léonard Félix BORDES-PARFONDRY, militaire de l'armée de Napoléon III (voir articles : Du nouveau sur l'origine de la famille Bordes de Parfondry ; La dénomination Bordes-Parfondry est expliquée) et dont une descendance s'est perpétuée en France jusqu'à ce jour.

    Ce lien avec la présence de notre patronyme en Espagne dans le courant du XVIIIème siècle ne fut pas la seule découverte durant cette visite du château de Modave. Les murs et plafond du hall d'entrée étaient décorés des blasons et des noms des ancêtres de ces comtes de MARCHIN. Et parmi ceux-ci, du côté maternel, on y découvrit, avec la surprise que l'on devine, les noms du couple Gérard d'ANTHINE et Isabeau de PARFONDRIEU, avec leurs blasons respectifs5. Ces noms ne nous sont pas inconnus. Ils avaient déjà été mentionnés en rapport avec l'histoire des chevaliers de PARFONDRY qui étaient apparus à la fin du XIIIème siècle en région liégeoise. Et Isabeau est de fait la petite-fille de Jean de PARFONDRY, le premier de la lignée, et la tante de deux des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ayant officié à la Commanderie de Chantraine en Brabant wallon (voir articles : Des chevaliers de Parfondrieu à la Commanderie de Chantraine ; Du nouveau sur la famille des chevaliers de Parfondry). 

     Déja présent dans la généalogie de certaines familles de la noblesse belge toujours actuelle6, ce couple apparaît également dans celle des comtes de MARCHIN. Et de nous autoriser à penser que cette famille de chevaliers fait partie de celles qui ont jetté les fondements de l'histoire de ce pays. De quoi encore nous faire trépigner sur cette particule que l'on a une fois pour toute abandonnée (voir articles : Quid de la particule ? Mythe ou réalité !! ; A l'origine, il y a la particule élémentaire).

 

1Transformé en Comte de MARSIN dans la littérature française, il reçu le titre de Maréchal de France ;

2 Colonel GUILLAUME (1858) : Histoire des Gardes Wallonnes au service d'Espagne, Bruxelles, F. Parent éditeur ; A propos de la Garde Wallonne, il y est mentionné : Sa bravoure était à toute épreuve, sa fidélité n'a jamais été contestée, sa gloire est le patrimoine légitime de beaucoup de familles du pays ;

3 CASO Paul : Les soldats wallons au service des Bourbons d'Espagne, Le Soir, 19 octobre 1989 ;

4 G. du BOSCQ de BEAUMONT (1904) : La Garde Wallonne, Paris, Conseil Héraldique de France ;

5 On y trouve le blason "Fascé d'or et de sable de six pièces", attribué au premier chevalier de la lignée ;

6 Geneanet : Généalogie TERLINDEN - de POTESTA ;

    

Blasons des familles d'ANTHINES et de PARFONDRIEU (ou PARFONDRY) au château de Modave. La mention HEM fait référence à Jacques de HEMRICOURT, auteur du livre Le Miroir des Nobles de Hesbaye, détaillant la généalogie de tous ces chevaliers au moyen-âge. 1336 est l'année du décès de Gérard d'ANTHISNES.

Blasons des familles d'ANTHINES et de PARFONDRIEU (ou PARFONDRY) au château de Modave. La mention HEM fait référence à Jacques de HEMRICOURT, auteur du livre Le Miroir des Nobles de Hesbaye, détaillant la généalogie de tous ces chevaliers au moyen-âge. 1336 est l'année du décès de Gérard d'ANTHISNES.

Partager cet article

Repost 0

commentaires