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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 21:33

      La particularité de ce genre de recherches se focalisant sur un patronyme spécifique n'est pas totalement dépourvue de découvertes diverses et parfois surprenantes. Comme si, par ces écrits, on parvenait à couvrir un large panel de situations, de la plus cocasse à la plus accablante. C'est ce dernier aspect qui est soulevé dans cet article. 

     Un livre récent1, interpellant par son côté obscur et méprisant dans son titre, nous laisse voir la vie interne des soldats de la Légion Wallonne sur le front russe. Il est constitué des carnets de campagne rédigés par l'aumônier de cette armée de collaborateurs à l'occupant allemand. Décédé de nos jours, c'est grâce à son neveu, Jean-Luc HOSTE, que ceux-ci se trouvent retranscrits. 

      L'auteur de ces carnets, Louis FIERENS, a été l'aumônier de la Légion Wallonne engagée, aux côtés de la Waffen SS2, sur le front de l'Est pendant la guerre 39-45. Enseignant le latin et le grec, au collège Saint-Jean Berchmans à Bruxelles, il aurait suivi certains de ses élèves, encore adolescents, s'engageant dans cette brigade. Ses carnets relatent, non les combats durant cette période, mais bien les séquences de vies et de morts qui se déroulent à l'arrière de ceux-ci. 

      Ce livre n'aurait jamais retenu notre attention s'il n'avait pas été fait mention de notre patronyme. L'aumônier se trouve dans les environs de Korsun en Ukraine. A trois endroits, il en est fait référence.               

13 janvier 1944. Nombreuses confessions et communions. J'ai baptisé avant la messe, le petit Pierre Parfondry. Après la messe, visite au pope et à sa famille ......

note bas de page : Pierre Parfondry est venu me demander la veille, dès mon arrivée, a être baptisé, me disant qu'il connaissait la religion chrétienne. Je l'ai rapidement interrogé. Sa connaissance de la religion m'a surpris. Il était bien prêt. Il a fait sa première communion ...........

Deux ou trois jours après mon départ, les Russes attaquaient en force dans ce secteur. Parfondry fut tué.

     Combinant le lieu (Korsun) et l'année (janvier 1944), cela ne laisse aucun doute pour situer le cadre de ce qui constitue le récit. Après la bataille de Stalingrad, les Russes avaient décidé de reprendre l'Ukraine pour contrer les visées expansionnistes d'Hitler. Depuis décembre 1943, STALINE avait déclenché l'offensive Dniepr-Carpates qui aboutit à l'encerclement de l'armée allemande. Les carnets couvrent cette période de guerre, entre décembre 1943 et février 1944, sur le front russe. La Légion Wallonne y subira d'importantes pertes3

       La mention de petit Pierre reprise dans le texte, indique qu'il est question de l'un de ses adolescent ayant répondu à l'appel du chef du parti rexiste belge Léon DEGRELLE. Les plus jeunes n'avaient que 15 ans.

      Tous ces jeunes ont été attirés par les discours populistes, l'arrogance et le tribun que fut DEGRELLE. Ils ont été entraînés dans une aventure dont beaucoup ne revinrent pas. Leurs existences pouvaient même avoir été occultées. Une histoire a ne pas dévoiler pour ne pas avoir honte, pour éviter la comparaison avec ses jeunes partis de nos jours en Syrie, espérant y trouver une autre idéologie de domination de l'esprit et l'espace. Difficile et hasardeux d'en faire un parallèle par manque de recul. Mais les mots de Louis FIERENS, repris des derniers chapitres de ses carnets, rebondissent comme une analyse comparative aboutissant à un même constat. 

Je suis très effaré de voir à quel point on se moque de Degrelle. Non pour l'estime que je lui porte, mais pour les désillusions, les découragements que cela cache dans l'âme de tous ces jeunes. Que de déceptions il doit y avoir là-dessous. On a abîmé cette belle jeunesse, qui portait en elle tant d'espoir. Il faudra maintenant la rééduquer.

      Ce texte mentionnant la faible estime de l'aumônier Louis FIERENS pour DEGRELLE est confirmé à plusieurs endroits dans une autre source4.

D'emblée, l'abbé Fierens pris une attitude anti-Rex et déploya des efforts non négligeables afin de soustraire ses ouailles à l'influence de l'idéologie national-socialiste en général et à celle de Degrelle en particulier.... Contrairement aux autres volontaires, l'aumônier refusa de prêter le serment de fidélité imposé aux légionnaires....Degrelle eut évidemment vent des tentatives engagées par Fierens contre ses intérêts. Les jours de l'aumônier étaient comptés ..... 

      Les phrases utilisées par Louis FIERENS, dans ses carnets, font directement le lien avec les recrues engagées par l'Etat islamique de nos jours. On peut y voir des différences mais chaque mot utilisé par l'aumônier de cette Légion Wallonne nous interpelle. Je ne suis pas sur, pour se protéger, en mettant en avant la phrase Plus jamais cela, qu'on se prémunit contre de nouveaux dérapages. Il est loin de penser que les deux guerres mondiales du XXème siècle soient les seuls épisodes parmi les plus meurtriers de l'histoire de l'humanité. Si La Guerre de 100 ans, 1415, 1685 et 1815 font parties du seuil minimum de connaissances des bacheliers, cette liste est loin d'être représentative. Les nombreux conflits en Asie, au cours des siècles (Révolte des Dounganes, Conquête de Tamerlan, Conquête mongole, Révolte d'An Lushan, Révolte des Taiping, Domination de la Dynastie Quing) font partie des conflits avec le plus grand nombre de victimes au cours de ces deux millénaires5. L'Histoire a désormais besoin d'autres références pour comprendre le Monde.

      Ce qui est la nouveauté, c'est cette nouvelle implication de jeunes dans les conflits. Mais contrairement aux jeunes djihadistes, ces jeunes de la Légion Wallonne ne poussaient pas leurs engagements jusqu'à devenir des terroristes, ni des bombes humaines6. Comme si de nos jours, on ne se démenait plus assez pour abriter le combat pour des valeurs humanistes7.

     Cet article n'est pas sans rappeler l'histoire de Marcel PARFONDRY qui, à l'âge adulte et diplômé, manifesta une sympathie à l'occupant allemand, sans jamais toutefois prendre les armes (voir article : Malgré ses égarements, Marcel a une histoire à raconter).  Il se ressourcera dans le surréalisme pour retrouver ses illusions. Une forme de rééducation comme le suggère Louis FIERENS.

      Sur le plan généalogique, pour y trouver une piste quant à l'origine, ce prénom de Pierre apparaît à plusieurs reprises au XIXème siècle dans la branche de Forchies-la-Marche. On ne peut négliger également le fait que ce patronyme est présent de nos jours en Allemagne. Ce qui ne me semble pas essentiel à trouver. La réflexion découlant de cette lecture mettant en lumière un passage oublié de notre histoire est sans conteste la plus méritante.

 

1 Louis FIERENS. Un prêtre chez les SS; Edition Jourdan, coll. Carnets de guerre 39-45, 2011, 118 pages ;

2  La Waffen SS fut la branche militaire des SS ;

3 En date du 31 janvier 1944, sur 1700, 632 sont en état de combattre ;

4 Eddy de BRUYNE : Léon Degrelle et la Légion Wallonne. La fin d'une légende ; Ed. Luc Pire ;

5 Soit 6 sur 10 en Asie; les quatre autres étant les deux guerres mondiales, la guerre civile russe et la deuxième guerre du Congo-Kinshasa ;

6 Sans parler des enfants-soldats dans le conflit au Congo-Kinshasa ;

7 TRUMP et le capitalisme autoritaire; Edito de Frédéric RAEVENS, Le Vif L'Express n° 3393, 15 au 28 juillet 2016 ;

 

 

 

 

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