Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 21:40

     Kalimera,

  Quelques sept siècles plus tard, un PARFONRY est retourné sur l'île de Rhodes, là où un de ces Chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Johan de PARFONDRY en l’occurrence, y a été repéré.

    Attestée par une épitaphe spécifique, dans l'ancienne chapelle de la Commanderie de Flémalle, située près de Liège, on y trouvait le gisant, aujourd'hui disparu, de ce Chevalier. Il y était mentionné qu'il avait passé 23 années et 7 mois à Rhodes, avant de devenir Maître de Chantraine et de décéder en 1411 :

      Chi gist frere Jehan de Parfondrieu chevalier maistre de Chantraine del ordre de S. Johan de Jerusalem ki trepassat an M.CCCC et XI .... lyqueis demorat a Rhode sans partir XXIII ans et VII mois.

     Johan de PARFONDRY est l'arrière-petit-fils du premier de cette lignée de Chevaliers, dont le nom apparaît en 1261. Avec son frère aîné et son neveu, tous deux prénommés Ameil, cette famille occupera, dans le courant du XIVème siècle et au début du XVème siècle,  la fonction de Maître de Chantraine, Commanderie de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, située à Huppaye dans l'Est du Brabant wallon. Devenu un Ordre religieux et militaire riche, après la suppression de l'Ordre des Templiers en 1312 par le Roi de France Philippe IV le Bel, avec l'assentiment du pape Clément V, l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, était devenu le plus important en Europe et au Proche-Orient. Sous la pression des Ottomans et après la défaite de Saint-Jean d'Acre en 1291, ils durent fuir la Palestine. Après quelques années d'errance en Méditerranée, ils débarquèrent sur l'île de Rhodes en 1307. Bastion le plus oriental de l'Empire byzantin en Méditerranée, ils s'y maintinrent jusqu'en 1522, chassés une nouvelle fois par l'armée ottomane de Soliman le Magnifique. Soit plus de deux siècles de présence sur cette île.

     Dès 1325, après la bataille entre les Waroux et les Awans, près de Liège, qui avait vu la participation de son père et de son oncle dans le parti vainqueur des Awans, cette famille prenait manifestement de l'ampleur. Elle profita également quelque peu de cette mainmise sur les biens des Templiers. On retrouve ainsi Ameil de PARFONDRY, le frère aîné, comme Commandeur de Villers-le-Temple en 1370 (ancienne Commanderie des Templiers), avant de devenir celui de Chantraine  (Commanderie des Hospitaliers) en 1386. Quant à Johan, le frère cadet, il s'assura ce titre plus tardivement, peu avant son décès en 1411. Sa présence sur l'île de Rhodes doit se situer entre 1350 et 1409, l'année probable de sa désignation à la Commanderie de Chantraine. Seule référence plausible, la présence en 1364 de Henri de SAINTRON, en tant que trésorier de Rhodes, et futur Commandeur de Chantraine en 1377. Indication qui doit souligner de l'importance de cette Commanderie acquise au sein de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

     Il est assez évident que le Chevalier Johan de PARFONDRY ne connut pas la plupart des châteaux répertoriés sur l'île. Édifiés durant le XVème siècle, ces châteaux apparurent en réaction à l'attitude de plus en plus expansive des Ottomans. Seul celui des Grands Maîtres ainsi que l'Auberge de France, tous deux situés de nos jours dans la veille ville de Rhodes, purent recevoir sa visite.

     Notre périple à Rhodes ne doit pas être perçu comme une reconquête ou comme un parcours intense sur les pas de Johan de PARFONDRY. Le plaisir d'une température très clémente et la découverte d'une île accessible par Ryanair furent au départ le choix privilégié de cette destination. Les traces laissées par l'Histoire de ces Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem se superposèrent progressivement et obligatoirement à ce voyage de détente. La découverte de l'île de Rhodes est liée indéniablement aux visites de leurs châteaux. Contrairement à la Crête, le monde antique grec n'est pas très représentatif, si ce n'est dans le beau Musée archéologique situé non loin du Château des Grands Maîtres.

    Il ne me reste plus, tout en me limitant à quelques photos, qu'à donner un aperçu de cette présence de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem sur l'île de Rhodes. Lesquels, de nos jours, se sont dénommés Ordre de Malte, suite à leur installation sur l'île de Malte, avec l'accord de Charles Quint. Ils y restèrent jusqu'au moment ou Napoléon Bonaparte, en 1798, leur ordonna de déguerpir. L'Ordre de Malte réside désormais à Rome. Son Histoire attestée, ses relations diplomatiques reconnues, son droit d'extraterritorialité, son statut d’observateur permanent auprès des Nations-unies, son droit d'émettre un passeport et une monnaie le poussent à entamer un processus de reconnaissance officielle, en tant qu'Etat. 

    Kalinikhta

   Le périple pour découvrir l'univers de ces Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem passe nécessairement par de la grimpette ou des escaliers. Point question de mener une réflexion sur ce temps perdu et sur la mémoire affective, chère à Marcel Proust. Point d'empathie non plus pour ces personnages. Simplement une succession de lieux qui laissent découvrir l'un des constats de notre civilisation : besoin de se protéger, édifier des murs bien inutilement pour éviter l'ingérence extérieure.

   Suivez- moi pour le découvrir. Partons à l'assaut de ces châteaux.

Une constance dans le décor de ces Châteaux : les escaliers pour y accéder. Le Poor lonesome cowboy s'y est attelé !!

Une constance dans le décor de ces Châteaux : les escaliers pour y accéder. Le Poor lonesome cowboy s'y est attelé !!

  Première station : Le Château d'Asklipeiou

   Ce château est situé à l'intérieur des terres, contrairement aux autres destinés à contrer une invasion par la Mer. Pour cause de court-circuit dans mon smartphone, il n'existe aucune photo de cet assaut. Seule, la plaque touristique atteste de la preuve de notre passage. Il est apparemment assez délabré.

Château d'Asklipeiou

Château d'Asklipeiou

Deuxième station : Le Château de Monolithos

  Situé sur la côte Ouest, la position et le nom donné à ce château reflètent l'ambiance générale. Construit sur un piton rocheux, un monolithe, ce château fut construit en 1476. L'épaisseur des murailles donne une idée de l'ampleur de la construction initiale. Nous n'avons pas résisté à la tentation de poser le livre sur l'une d'entre elles. Rien que pour attester que nous sommes bien montés au sommet du piton.

Château de Monolithos
Château de Monolithos
Château de Monolithos
Château de Monolithos

Château de Monolithos

Troisième station : Le château de Lindos

  Indéniablement, le château, ou plutôt l'acropole, le mieux restauré. Présentant par ailleurs un éventail de vestiges remontant à la période dorique et à une présence romaine. Agrémenté le soir d'un repas féerique sur la terrasse du restaurant Acropole, situé au milieu du dédale des ruelles de la ville de Lindos, le spectacle illuminé de cette forteresse est magnifique. Sans doute le plus beau souvenir de ce parcours (à éviter sans doute en période d'affluence touristique pour apprécier pleinement du cadre). Et de nouveau, le livre atteste de la montée, sans avoir eu besoin d'un âne pour nous mener là-haut. 

Château de Lindos
Château de Lindos
Château de Lindos
Château de Lindos

Château de Lindos

Quatrième station : Le Palais des Grands Maîtres

  Passage incontournable de tout visiteur venant pour la première fois à Rhodes, le Palais des Grands Maîtres transmet, par l'ampleur des pièces, la volonté de grandeur et de richesse de cet Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Situé dans la vieille ville, toujours entourée de sa muraille percée de onze grandes portes, l'ensemble médiéval assez unique mérite de considérer ce lieu comme un témoignage de l'évolution de notre société. 

   On a bien cherché une preuve de la présence de ce Chevalier Johan de PARFONDRY. Même l'Office du Tourisme ne connaissait pas son nom. On a quand même pris la peine de poser le livre à l'entrée. 

Grand Palais des Chevaliers à Rhodes
Grand Palais des Chevaliers à Rhodes

Grand Palais des Chevaliers à Rhodes

   Cinquième station : La rue des Chevaliers

   Divisé en 7 groupes linguistiques distincts, la langue française se trouvait malgré tout majoritaire au sein de cet Ordre. Toutes ces auberges se trouvent dans la typique rue des Chevaliers (Ippoton en grec), laquelle mène directement au Grand Palais. L'Auberge de France, devenue Consulat de France de nos jours, mérite le détour (interdiction de photos à l'intérieur). 

 Rue des Chevaliers et Auberge de France Rue des Chevaliers et Auberge de France

Rue des Chevaliers et Auberge de France

Sixième station : le château de Kritinia

   Situé, tout comme celui de Monolithos, sur la côte ouest, ce château est une preuve supplémentaire de la volonté des Chevaliers de se protéger contre l'envahisseur ottoman. Son intérêt réside sur son état de conservation et sur la vue magnifique d'un espace visible à 360°. Construit en 1472, assez tardivement, on n'y a pas ressenti le besoin de poser le livre. Exceptionnellement, l'auteur a accepté de s'y faire photographier. Comme pour attester que ce temps passé doit rester bien présent dans la réflexion.

Château de Kritinia
Château de Kritinia
Château de Kritinia

Château de Kritinia

Septième station : le retour vers le présent

   Une simple photo pour montrer finalement que toutes ces stations du parcours se sont dissoutes dans le tourisme de masse. Il n'y a rien de ressemblant avec l'armure réelle que devait porter ces chevaliers. Ce n'est qu'une illusion. La civilisation des loisirs a pris le pas sur l'histoire. Même les traces de ce temps risque de se perdre dans les méandres du passé. 

Le Chevalier Roland de PARFONRY dans sa tenue épicurienne de vacancier

Le Chevalier Roland de PARFONRY dans sa tenue épicurienne de vacancier

Partager cet article
Repost0

commentaires

A
Bonjour Roland et Martine, Indomptables voyageurs et découvreurs ! J'aime beaucoup cet article et les magnifiques photos ce "chemin de croix" dans des sites merveilleux accessibles aux courageux marcheurs. J'ai appris plein de choses sur ces ordres , je connaissais mieux l'Ordre des templiers disparu aussi parce que Clément V est bordelais ! mais je ne savais pas que l'Ordre de saint jean de Jérusalem est devenu l'Ordre de Malte et qu'il a autant de pouvoir ! ca me donne envie d'aller à Rhodes et à Malte aussi. La généalogie nous mène loin... En attendant on prépare nos valises pour la Réunion dans l'océan Indien pour visiter la soeur de Michel qui y vit. bises la cousine Agnès
Répondre

Présentation

  • : Le blog de PARFONRY
  • : Le cadre directeur de ce blog consiste à réunir ce qui peut être transmis sur un patronyme. La présentation de tous ces personnages n'est finalement qu'une manière de transférer un patronyme. Qu'il soit culturel, social ou historique, ce patronyme ne fait que proposer un film dans lequel les séquences sont des instants de vie. L'environnement, le vécu de chacun a probablement plus d'impact sur ce que nous ressentons. Les gênes se diluent plus vite que le lien avec le mode de vie et les rencontres. Cette vision oblige à élargir le champs d'investigation en déviant de l'aspect purement généalogique. La découverte de nouveaux indices motive et assimile parfois cette recherche à une enquête. L'histoire ne peut être racontée de manière linéaire. Chaque élément, chaque personnage a droit à son histoire dans le récit tout en suivant le dénivelé et les courbes imposés par les aléas de l'Histoire et de la vie. Contrairement au patrimoine, un patronyme se voit contraint de s'adapter aux vicissitudes des évolutions sociales et des guerres. Le contenu des quelques 350 articles de ce blog a été rassemblé dans un livre intitulé "La véritable saga des PARFONRY de Neerheylissem - L'histoire d'un toponyme devenu un patronyme ".
  • Contact

Recherche

Pages

Liens