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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 21:54

    Parmi toutes les rencontres effectuées au cours des recherches ayant abouti à rédiger tous ces articles sur ce blog, avant qu'il ne soit finalisé dans un livre, la catégorie de ceux que l'on peut qualifier d'historien de village m'a certainement le plus interpellée. 

    Le plus souvent rencontré au détour d'une promenade, ces personnes m'ont indéniablement apporté les souvenirs  les plus anecdotiques. Ils m'ont fait découvrir une passion dont j'étais loin d'en connaître l'ampleur. Dans chaque village, de nos jours, on découvre ce type de personnage. 

    L'article, ci-dessous, a été rédigé par l'un de ses défenseurs du patrimoine villageois. Interpellé par la plaque de rue Emile PARFONRY, située dans la commune de Hotton, il a décidé de se mettre à la recherche d'informations  sur cette personne. Pour immanquablement atterrir sur ce blog dans lequel on détaille à foison son parcours. Y ajoutant son style de journaliste, on y découvre, sous une dialectique assez différente, un nouvel article se rapportant à Emile PARFONRY. Ce qui en ferait la 21ème référence ayant servi pour diffuser cette saga.

      Pour assouvir la curiosité de ceux et celles qui ne se lassent d'approfondir l'itinéraire de ce militaire dans le Congo de Léopold II et de Henry M. Stanley, voici le texte intégral de l'article destiné à la revue de la commune d'Hotton. Une façon d'attester une nouvelle fois de l'impact toujours vivace de ce patronyme. 

          Emile Parfonry, le militaire explorateur

 Comme bon nombre de résidents de la commune de Hotton, vous êtes passés des dizaines de fois dans cette rue, une des principales de la localité, probablement en vous posant régulièrement la question de qui peut bien être ce fameux Emile Parfonry pour recevoir une rue à son nom. Comme vous, je me la suis régulièrement posée, sans forcément trouver de réponse. Il était donc temps de faire quelques recherches pour l’obtenir.

      Comme tout jeune rédacteur, mon travail commence généralement par une recherche sur le net. En ce qui concerne l’histoire locale, il est souvent très difficile de trouver une information de qualité de cette manière, mais qui ne tente rien… Et bien pour une fois, la chance nous sourit ici ! En effet, un riche blog généalogique consacré à la famille Parfonry nous fourni une intarissable mine d’information au sujet de ce « Pionnier bien de chez nous », comme un récent article dans la revue 36 de Mémoires du Congo et du Ruanda-Urundi le nomme si bien.

      Né en 1857, celui qui deviendra un des premiers pionniers belges au Congo, est en effet originaire de la commune de Hotton. Orphelin dès l’âge de 16 ans, son père Jean Joseph Parfonry, cultivateur à Erezée, décédera lors de l’épidémie de choléra de 1866. Sa mère, Marie Josée Robertfroid, sage femme, le suivra seulement cinq ans plus tard, en 1871. De nature visiblement aventureuse, le jeune Emile décidera de s’engager dans l’armée belge, au sein du Régiment des Carabiniers. A 19 ans, notre prometteur soldat acquiert le grade de caporal, suivi les années suivantes d’une constante escalade lui permettant d’atteindre finalement le grade de sous-lieutenant le 14 juillet 1878.

      Mais qu’est-ce qu’à bien pu accomplir ce jeune sous-lieutenant, qui plus est faisant office lors d’une période relativement paisible de l’histoire belge, pour obtenir qu’une des rues principales de sa localité d’origine porte son nom ? Et bien commençons par citer Henry Morton Stanley, célèbre explorateur dont nous vous parlerons plus tard dans cet article :

      « L’un de mes meilleurs hommes était le Lieutenant Parfonry. Il vécu assez pour démontrer qu’il avait en lui tous les éléments d’un homme grandement estimé pour sa valeur intrinsèque, sa force morale et son infatigable esprit d’entreprise ; et cependant, après avoir été légèrement imprudent un jour sous le soleil brûlant, il nous était enlevé juste quand je commençais à me sentir soulagé de voir nombre d’hommes de valeur se joindre aux standards de l’Association en Afrique. »

      Pour comprendre ces quelques phrases, il faut probablement remettre les choses dans leur contexte historique. Stanley est un célèbre journaliste et explorateur d’origine britannique, ensuite naturalisé américain, à qui on doit une des très célèbres phrases de langue anglaise. En effet, parti à la recherche du non moins célèbre explorateur David Livingstone, passé à la postérité pour ses titanesques explorations à la recherche des sources de Nil, Stanley aurait prononcé les quelques mots Dr Livingstone, I presume lors de leur première rencontre. Cette ligne, passée à la postérité de l’autre côté de la manche, nous donne une bonne idée de l’excellente réputation d’Henry Morton Stanley dans les milieux colonialistes de l’époque.

      Ceci explique probablement, en partie, pourquoi il fut ensuite choisi par le roi Léopold II pour partir paver le chemin de ce qui deviendra l’Etat Indépendant du Congo en 1885. A l’époque, cette région d’Afrique n’est encore vraiment colonisée par aucune nation européenne, même si la France et le Portugal nourrissent de sérieuses ambitions pour ces terres pratiquement inexplorées bordant le fleuve Congo. Conscient de l’enjeu, et visiblement attiré par la possibilité d’étendre son influence hors des frontières réduites de la Belgique, notre second monarque envoie plusieurs missions via l’Agence Internationale Africaine (ou AIA), dont les buts étaient de nature principalement philanthropiques. Stanley, sous contrat de l’Association Internationale du Congo, dépendant alors de l’AIA mais ayant des objectifs ouvertement plus commerciaux, sera alors envoyé par Léopold II dans la région dans le but d’y ouvrir une route commerciale reliant les différents bassins du fleuve Congo, tout en la ponctuant de stations capable d’assurer la logistique d’une telle entreprise.

      C’est dans ce contexte que s’inscrit l’épopée de notre jeune Sous-Lieutenant hottonais. Le 15 août 1882, celui-ci embarque en compagnie d’une poignée d’autres jeunes belges à bord du vapeur Falcon, direction Liverpool, d’où ils embarqueront pour l’Afrique le 19 à bord du Benguela. Pour l’époque, il n’y a pas de plus grande aventure à laquelle un jeune homme de 25 ans peut prendre part. Après plus d’un mois de voyage, notre lieutenant belge met enfin pied à terre à Banana, sur l’embouchure du fleuve Congo, accompagné de plusieurs compagnons de route engagés par le Colonel Strauch, président de l’Agence Internationale Africaine, afin de se joindre à la mission de Stanley.

      Très rapidement, le Sous-Lieutenant Parfonry se verra attribuer de sérieuses responsabilités. Un peu moins de deux mois après son arrivée à Banana, il se voit confier la direction de la station d’Ishangila. Il s’y fera remarquer, si on en croit l’interprétation donnée à certains documents, par la signature d’un tout nouveau type de traités. En effet, plus qu’une vision commerciale, les missions de l’Association Internationale du Congo se sont rapidement avérées avoir également des vues bien plus colonialistes, en s’assurant par des traités signés avec les chefs de tribus locales de la souveraineté de l’AIA dans la région. Commençant par la formule type Après mûr examen, ce nouveau type de traité inauguré par Parfonry insiste alors sur la période de réflexion supposément laissée aux chefs indigènes avant signature.

      La mission ne s’arrête pas là. Le 3 mars 1883, Parfonry se voit confier l’importante tâche de construire une route de plusieurs dizaines de kilomètres au travers des monts de Cristal, afin de continuer à relier les différentes stations alors en cours de création dans la région.. Pour se faire, on lui confie une quarantaine de travailleurs indigènes peu formés au métier de cantonnier. Malgré les nombreux défis engendrés par ces travaux de grande ampleur, il semble, si on se fie au discours élogieux de Stanley, que les travaux avancent bien.

      Dans une région sauvage au climat capricieux, une telle entreprise peut être très périlleuse. Emile Parfonry en fera les frais 21 jours seulement après s’être vu confié son ultime mission. Après s’être, si l’on en croit les différents récits à ce propos, imprudemment exposé au soleil pour inspecter les dégâts apportés au chantier par la dernière tempête, l’explorateur hottonais souffrira d’une insolation, qui, muée en fièvre typhoïde, aura raison du jeune explorateur de 26 ans.

      Ce jeune officier, malgré son très court séjour de sept mois sur le sol de ce qui deviendra en 1885 l’Etat Indépendant du Congo, fera partie des seulement 63 premiers pionniers belges partis à l’exploration de ces terres entre 1879 et la création de ce qui deviendra le Congo Belge. Vu les discours élogieux fournis par les explorateurs l’ayant rencontré à l’époque, dont le célèbre Stanley, il y a fort à penser que sans cette fin prématurée, notre explorateur local aurait encore bien plus fortement marqué de son emprunte cette période clé de l’aventure coloniale belge. Vous comprenez maintenant probablement pourquoi, en 1925, la commune de Hotton décidera de donner le nom d’Emile Parfonry à une des rues principales de la localité.

           Sources 

           - Le Blog de Parfonry : http://parfgeneatoponyme.over-blog.com/.

           - « Un pionnier bien de chez nous », Fernand Hessel. Mémoires du Congo et du Ruanda-Urundi,                                                            revue numéro 36, décembre 2015 ;

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  • : Le blog de PARFONRY
  • : Le cadre directeur de ce blog consiste à réunir ce qui peut être transmis sur un patronyme. La présentation de tous ces personnages n'est finalement qu'une manière de transférer un patronyme. Qu'il soit culturel, social ou historique, ce patronyme ne fait que proposer un film dans lequel les séquences sont des instants de vie. L'environnement, le vécu de chacun a probablement plus d'impact sur ce que nous ressentons. Les gênes se diluent plus vite que le lien avec le mode de vie et les rencontres. Cette vision oblige à élargir le champs d'investigation en déviant de l'aspect purement généalogique. La découverte de nouveaux indices motive et assimile parfois cette recherche à une enquête. L'histoire ne peut être racontée de manière linéaire. Chaque élément, chaque personnage a droit à son histoire dans le récit tout en suivant le dénivelé et les courbes imposés par les aléas de l'Histoire et de la vie. Contrairement au patrimoine, un patronyme se voit contraint de s'adapter aux vicissitudes des évolutions sociales et des guerres. Le contenu des quelques 350 articles de ce blog a été rassemblé dans un livre intitulé "La véritable saga des PARFONRY de Neerheylissem - L'histoire d'un toponyme devenu un patronyme ".
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