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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 10:10

        La découverte d'un personnage en France portant le nom BORDES-PARFONDRY a déjà fait l'objet d'un article précédemment (voir article : Un curieux nom, celui de Bordes de Parfondry). Au sujet de cette apparition, on était arrivé à la circonscrire comme un militaire sans fait d'armes décelables mais plus aisément reconnaissable à travers son activité littéraire et journalistique. Un lien avec l'Espagne, très peu précis par ailleurs, était apparu à la lecture des informations recueillies.

     Ce nom composé faisait en quelque sorte anachronique au sein de l'existence de notre patronyme. Comme pour toute chose, il y avait bien une explication plausible, précise et rationnelle. Que pouvait - il bien se cacher derrière cette forme de coexistence de deux noms propres auquel notre patronyme était associé ?

     La question est restée quelque peu oubliée, écartée des préoccupations récurrentes de ce blog. Le fourmillement des données, des idées d'articles, des brouillons qui n'en finissaient de se battre entre eux pour parvenir à la lumière avait laissé sur le côté ce BORDES-PARFONDRY. Et c'est, après avoir largement puisé dans les réserves, qu'il s'est avéré nécessaire de reconstituer un nouveau catalogue de sujets à éditer. BORDES-PARFONDRY est revenu dans la lumière de la lucarne de notre grenier d'idées. Pour arriver finalement à en expliquer sa provenance.

     Avec la surprise, après avoir édité une première version de ce texte, de recevoir un commentaire d'une descendante directe de cette famille. Le croisement de nos informations a permis de rédiger cette deuxième version, plus complète et certainement moins légère et plus aboutie que la première.

     Ce double nom sans particule est en fait le résultat du mariage le 20 mars 1809 d'un dénommé Paul-Joseph-Raymond BORDES dit BORDES-PILAS et de Prudencia-Josephe PARFONDRI de MENDOZ y BADENAS, née à Longarès (Province de Saragosse, Espagne) le 27 avril 1792. Au décès de son époux le 7 février 1847, alors lieutenant colonel dans l'armée française, et domiciliée à Paris, elle a pu bénéficier d'une pension de veuve, laquelle lui a été accordée par ordonnance du roi Louis-Philippe1. Il restait à découvrir l'explication de cette manne royale.

      L'année de mariage en 1809 allait servir d'indice pour en trouver la solution. La mariée étant espagnole, la traversée des Pyrénées s'avérait primordiale pour en percevoir le contexte historique. L'Espagne était à ce moment sous la coupe de Napoléon, ce despote mal éclairé qui, en imposant son frère Joseph sur le trône en 1808, allait provoquer la Guerre d'Indépendance espagnole jusqu'en 1813. Tout ce que l'Europe comptait comme puissance militaire se mit à taquiner un peu partout les troupes françaises. Tout le monde était déjà, bien avant la débâcle de Waterloo, contre ce trublion de Napoléon qui fut sans doute celui qui a fait perdre le plus de territoires au prorata des guerres engagées2. Tout le monde sauf les élites aristocratiques, intellectuelles, militaires et ecclésiastiques en Espagne qui jurèrent fidélité à l'éphémère roi Joseph Ier. Des collaborateurs qui seront désignés par le terme d' afrancesados, après l'ultime défaite du 21 juin 1813 à Victoria au Pays Basque, et qui durent prendre le chemin de l'exil vers la France. Ferdinand VII remontait sur le trône en Espagne et pour Napoléon, enlisé au même moment dans la campagne de Russie (bataille de la Bérézina de novembre 1812), ce retrait marquait immanquablement le début de la fin.

     Et c'est dans ce contexte historique que notre militaire français au nom de BORDES a du s'amouracher d'une espagnole d'une certaine classe sociale au début de cette guerre. Et emmener sa belle, non de Cadix mais de Longarès, avec lui en France, contrainte de s'expatrier comme plusieurs milliers d'autres espagnols. Il poursuivra pendant quelques vingt années sa carrière militaire, au gré des régimes politiques successifs, avant d'être admis à mettre fin à ses services dans l'armée le 21 juillet 1833.

     Un fils naquit de cette union, le 19 mai 1811 à Madrid, soit avant l'exil probable vers la France. Joseph-Léonard-Félix BORDES-PARFONDRY, après avoir été élève de l'Ecole spéciale militaire en 1828, embrassa comme son père la carrière militaire. Ayant gravi les différents échelons, il atteignit le grade de colonel au 78ème Régiment d'Infanterie, en garnison à Lyon. Il participa à plusieurs campagnes militaires, notamment en Afrique en 1850. Ce qui lui valu de recevoir successivement les différents grades de la Légion d'honneur : Chevalier le 22 avril 1847, Officier le 26 août 1862 et finalement Commandeur le 30 décembre 1881. Il sera blessé, à la tête d'un régiment, à l'occasion de ce qui est mentionné comme une des guerres du dernier empire3. Celui de Napoléon III qui, en se lançant à l'assaut de la Prusse en 1870, allait, une fois de plus, démontrer de l'incurie insolente de cette famille corse.  Comme tout militaire gradé à l'époque devant renoncer à tout service actif, J-L-F intégrera, fin de l'année 1868, l'Hôtel des Invalides au poste de second gouverneur. Il sera mis à la retraite, en raison de ses anciennetés de service, le 18 juin 1877. Entretemps, il s'était marié le 23 juin 1853 à Caroline-Marie Louise de BERTRAND.

      Blessé gravement, après avoir reçu, semble t-il par inadvertance, un coup de poing, sur le perron de la Bourse à Paris3, il décèdera le 6 février 1883, à son domicile au 19 de la rue de Babylone à Paris 7èm.. Son décès est déclaré par son fils, Paul-Joseph-Raymond BORDES dit PARFONDRY, âgé à ce moment de 24 ans, sergent au 2ème de Ligne. Et pour attester du niveau social de cette famille, le décès est également déclaré par Joseph-Louis-Marie, Marquis de KERGARIOU (1812-1894)4, grande famille de la noblesse bretonne, propriétaire du château de Coëtilliau à Ploubezre (Côtes d'Armor). A travers la lecture de son éloge, il est décrit comme un esprit cultivé, avec une nature expansive, communicative et ayant la franchise de ses opinions3. Mais aussi un brin contestataire, car il était considéré comme un officier d'opposition.

      Et c'est son épouse que l'on retrouve à Paris en 1898 dans l'entrefilet d'un journal reprenant la liste des gens affichant ostensiblement leurs déplacements5. Sans sourciller outre mesure, elle se fait appeler Madame BORDES de PARFONDRY, reprenant le nom de littérature de son mari. Elle décèdera l'année suivante en 1890. Dans la descendance de ce couple, on recense la petite-fille Marie Julie BORDES et de nos jours, Michele SERVENT, la petite-fille de cette dernière, qui est l'auteur des commentaires ayant permis de donner une nouvelle approche sur cette lignée.

       On découvre que ce personnage n'était pas seulement un militaire. Sans doute inspiré par l'air frais apporté par la ferveur artistique nouvelle, notre J-L-F s'est mit quelquefois à abandonner le sabre pour prendre plus volontiers la plume, fortement épris de beautés de l'art chrétien qu'il a plus d'une fois exaltée par sa plume vive et imagée3. Sans attendre sa retraite, il signera ainsi, entre 1836 et 1839, différents articles dans des journaux édités à Lyon6 et rédigera à l'occasion des poèmes. Tous ces textes peuvent être retrouvés sur le site de : La Revue du Lyonnais : http://collections.bm-lyon.fr/revueDuLyonnais/search

       On les récapitule de manière à avoir un aperçu de son éclectisme (tous les textes sont issus de " La Revue du Lyonnais ").

Série 1 - n° 4 (1836) p.448 : A Mme DORVAL (sonnet) ;

Série 1 - n° 5 (1837) pp. 417-432 : L'enfant du Rhône ;

Série 1- n° 6 (1837) pp. 368-374 : Du drame et de la Comédie ;

Série 1 - n° 8 (1838) pp. 243-245 : La Grande Chartreuse (Poème);

Série 1 - n° 8 (1838)  pp. 395-400 : Cours d'histoire

Série 1 - n° 8 (1838) pp. 433-471 : Recherches sur l'emplacement où se déroule la bataille entre Albin et Sévère, l'an 193 ;

Série 1 - n° 9 (1839) pp. 290-307 : Applications littéraires. I. George SAND. Spiridion

     Il donne, au travers de ces quelques textes retrouvés, l'impression d'un écrivain, très instruit, ayant une bonne connaissance de l'histoire. D'une écriture parfois un peu ésotérique et à grandes envolées,  utilisant les mots comme un boulier compteur et non comme une syntaxe, il s'autorise également d'écrire des poèmes. Il dut ainsi, être un proche de George SAND et de la comédienne Marie DORVAL.  Sa volubilité dans l'écriture n'est pas toujours en liaison avec la qualité. S'il est reconnu comme ayant réalisé un savant travail historique et technique sur les anciennes fortifications de la ville de Lyon3, cette même publication, utilisée comme référence dans un livre, est considérée par son auteur comme très médiocre7.

    Voici deux exemples de sa prose :

- L'art est le lien unique de la forme et de la pensée, de la matière à l'esprit. Sphère d'action de l'homme, il participe à la fois du néant du corps et de l'éternité de l'intelligence (cité par Emile Prisses d'Avennes dans Histoire de l'art égyptien d'après les monuments, 1879, Ed. Bertrand, Paris)

- Céleste Kitty-Bell à l'âme chaste et pure,

Vierge religieuse au corps harmonieux,

Et dont la voix divine, alors qu'elle murmure,

Rend des sons dérobés à la harpe des cieux.

(Premier couplet d'un sonnet écrit pendant l'entracte, à l'attention de Marie DORVAL8, jouant le rôle de Kitty-Bell dans la pièce Chatterton d'Alfred de Vigny - in Revue du Lyonnais, Vol. 4, Lyon, Imp. L. Boitel,

      L'usage de la particule BORDES de PARFONDRY, utilisée pour signer ses écrits, peut ressembler comme une récupération incongrue mais qui apporte probablement le petit détail qui manquait pour retisser l'origine espagnole de cette famille.

     Un lien avec le personnage de Don Diego PARFONDRI pouvait être envisagé (voir article : Une recherche plus approfondie sur Don Diego Parfondri). Diplômé vers 1730 du Real Cuerpo d'Ingenieros militares, son origine en provenance de la Principauté de Liège est consolidée par différents indices historiques. Il est attesté que ce militaire ingénieur s'incrusta dans l'aristocratie espagnole par son mariage avec Maria Luisa de ARRIOLA y del FRAGO. La présence de ce patronyme en Espagne s'est par ailleurs avérée à d'autres reprises (voir article : Maria Juana de Parfondri). C'est certainement sur base de cet antécédent que la belle-fille de Prudencia-Josephe PARFONDRI s'offrait cette particule pour acquérir une plus grande visibilité dans la vie parisienne, y retrouvant même la voyelle y de ses aïeux belges. Vraisemblablement, on ne peut douter qu'elle soit reliée avec la descendance de ce Don Diego PARFONDRI.

     Quant à l'emploi de la terminologie BORDES y PILAS, comme nom officiel, elle découle du nom de famille de la grand-mère paternelle de J.L.F. Il peut y avoir manifestement une origine espagnole à ce niveau, tout comme pour sa mère.

     Assurément, tous ces éléments attestent que la famille BORDES-PARFONDRY a bien fait partie de l'histoire de notre patronyme. Au regard de ce qui apparait, au travers de ce blog, cet article confirme que les guerres menées sous Louis XIV et Napoléon ont servi de toile de fond pour assurer la diversion géographique de ce patronyme9.

 

1 Ordonnance du Roi du 19/08/1847, Bulletin des lois du Royaume de France, IXè série, Partie suppl., Tome 32, Impr. royale, Paris, Janvier 1848 ;

2 A son apogée, au début de 1812, la France de Napoléon comptait 134 départements, comprenant entr'autre les villes de Rome, Hambourg, Barcelone sans compter les 9 départements des anciens Pays-Bas autrichiens qui deviendront la Belgique et le GD du Luxembourg ;

L'Eclair du 17 février 1883 ;

4  Dont le fils Charles, Marquis de Kergariou (1846-1897) est avocat et député des Côtes-d'Armor ;

 5 Le Figaro du 15 avril 1898

6 Notamment : La Revue du Lyonnais ; Le Réparareur ;

7  Référence bas de page n°48 dans le livre : Camille JULLIAN : Histoire de la Gaule, Tome IV. Le gouvernement de Rome. Chapitre XIII - Les Sévères, Librairie Hachette, Paris ;

  Marie DORVAL (1798-1849): célébre actrice dramatique française ; amie d'Alfred de Vigny et de George Sand ;

9 Le bicentenaire de la bataille de Waterloo doit se dérouler en juin 2015 ; l'organisation et le déroulement des manifestations font cependant l'objet de certains conflits de nos jours quant à sa gestion ;

      Description des services de Joseph-Léonard-Félix Bordes y Pilas, dit Bordes-Parfondry

Description des services de Joseph-Léonard-Félix Bordes y Pilas, dit Bordes-Parfondry

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