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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 11:27


        Le parcours de François-Xavier PARFONRY s’identifie avec la  vie politique française de ce milieu du 19ème siècle, particulièrement relié à la période de pouvoir de Napoléon III. Son instinct, sa perception des choses, son sens des affaires, son origine rurale lui ont fait prendre des choix appropriés à des moments critiques. Entre 1848 et 1871, il a ainsi été confronté aux questions militaires, politiques et sociales de Paris.  Pendant la guerre, probablement celle de 1848 qui a abouti au renversement de Louis Philippe 1er, il a fait partie de la Garde Nationale en tant que membre du Conseil de famille. Dans le cadre d'une affaire judiciaire, une condamnation à deux mois d’emprisonnement est prononcée contre lui le 5 décembre 1848 par le Tribunal Correctionnel de Paris pour outrage à magistrat à un membre du Conseil de Prud’homme. Cette condamnation a eu comme conséquence fâcheuse de ralentir sa demande d'admission à domicile, statut préliminaire pour l'obtention de sa naturalisation française. Manifestement, ce dernier fait supplantait son action dans la Garde Nationale.
      Un certain nombre d'échanges de lettres entre différentes autorités de l'époque font état des difficultés rencontrées. Le refus préconisé par le Préfet de la Seine s'est finalement vu contrer par un avis neutre du Préfet de Police et un appui du Maire de Saint-Mandé. La période charnière de ce dossier se situe entre le 12 avril et le 30 juin 1864. L'intervention du Procureur Général Impérial apparaît comme primordiale. Le Ministre de la Justice, d'abord opposé à sa demande, finit par proposer une réhabilitation en préconisant de faire une sorte d'amende honorable. Celle-ci viendra en final après la rédaction d'une lettre au ministre de la Justice, en date du 20 juillet 1864, dans laquelle François-Xavier explique de manière judicieuse et équilibrée ses agissements. Opposant son intégration à la Garde Natioanle à une erreur de jeunesse et à son sesn civique mais aussi en minimisant son intervention au Conseil des Prud'hommes, la rédaction de cette lettre démontre d'uns sens stratégique assez aigu. Il finira par obtenir son admission à domicile en France par décret du 27 juillet 1867, ce qui lui permettra de jouir des droits de citoyen français.
      Quelques années plus tard, sous la Commune, période insurrectionnelle qui dure du 18 mars à la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871, faisant suite à la défaite en 1870 de Napoléon III contre la Prusse, il prend énergiquement parti contre les insurgés. C'est à ce moment qu'il prend probablement l'une des décisions les plus appropriées en démissionnant de la Garde Nationale dès les premiers jours du début de l'insurrection. en mars 1871. Pour information, les éléments de la Garde Nationale ont constitué ensuite le bras armé de la Commune pour lutter conter les soldats gouvernementaux d'A. THIERS. Son implication directe et son action humanitaire vis-à-vis de plus faibles, durant cette période de troubles, lui permettront d'obtenir sa naturalisation sans problèmes en septembre 1871. Une évolution significative est constatée dans la terminologie en lisant les lettres de manière chronologique. Présenté initialement comme
 
      " sr Parfonry, étranger, faisant un chiffre considérable d'affaires, condamné à deux mois de prison pour outrage à magistrat " 
       François-Xavier PARFONRY est devenu au moment de sa demande de naturalisation, soit sept ans plus tard :
 
     "Sr Parfonry, sujet belge habitant Paris depuis trente ans, négociant de splus honorables, ayent fait une énergique opposition à l'insurrection "
      
      De quoi très certainement y trouver une certaine interprétation pour parvenir à une intégration dans un nouveau pays.
      Concernant les lieux d’habitations, selon les informations mentionnées, on doit conclure qu’il a habité la capitale française à partir de 1841. C’est le XIème arrondissement qui a eu ses faveurs. Le premier endroit, en 1850, se situe au 28, rue Saint-Pierre Amelot avant de s’installer vers 1856 au 62, rue Saint-Sabin ou se situaient ses ateliers. Il a possédé également une maison à Créteil. Aucune indication par contre sur un lieu d’habitation entre 1841 et 1850. Aucune référence non plus à une présence à Boulogne-sur-Mer, pourtant transmise à travers la mémoire familiale. Manifestement, il reste un certain flou sur son arrivée en France. Ou était-il réellement enre 1841 et 1850 ? Marié en 1855 à Paris, son épouse est décédée en 1862. Il a donc du assumer seul l’éducation de ses deux enfants
     François-Xavier a probablement travaillé au début à Paris comme contremaître chez un marbrier du nom de GARDION. C'est ce qui ressort des explications fournies dans les textes en relation avec sa condamnation en justice en 1848. Ceci peut constituer une piste intéressante pour d'autres découvertes. Par la suite, il appliquera les acquis de son savoir-faire aux appartements bourgeois des immeubles hausmanniens de Paris. Et pour cadrer avec son époque, il fera l'acquisition d'un hôtel particulier dans la rue Jouffroy à Paris.
      Dès 1864, on reconnait que son entreprise fait un chiffre d'affaires considérables. Celle-ci est même évaluée en 1871 à un montant de 700 000 francs. Par la suite, il sera reconnu comme marbrier d'art. Président de la chambre syndicale de la marbrerie, il sera fait Chevalier de la Légion d'honnuer par décret du 3 juillet 1881, en récompense de ses titres obtenus à l'occasion de différents concours internationaux.
 
Recueil des lettres et documents transmises par les Archives Nationales (classés par ordre chronologique)
 

1. Lettres relatives au dossier d’admission à domicile

  
       Ministère Justice (Admission à domicile) au Préfet de la Seine, 2 mars 1864

 

Je vous communique une demande d’admission à domicile formée par le sr Parfonry (François Xavier), entrepreneur de marbrerie, né en Belgique, demeurant à Paris, rue St Pierre Amelot, n° 28.

Je vous prie de vouloir bien me transmettre des renseignements sur les antécédents de cet étranger, sur sa conduite morale et surtout politique, sa position de famille et de fortune ; enfin me faire connaître le résultat de vos investigations et savoir si, à tous égards, le sr Parfonry vous paraît digne de la mesure qu’il sollicite. Vous voudrez bien en outre me faire savoir si le pétitionnaire prend l’engagement d’acquitter les droits de sceau

 

Préfet de Police au Ministre de la Justice, 21 mars 1864

 

Vous m’avez fait l’honneur de m’écrire dernièrement pour me demander des renseignements sur le Sr Parfonry (François Xavier), entrepreneur de marbrerie, sujet belge, demeurant rue St Pierre Amelot n°28, qui sollicite l’admission à domicile.

Je m’empresse de vous informer que cet étranger, né le 3 décembre 1821 à Basse-Heylissem (Belgique), est resté veuf avec 2 enfants et qu’il a été condamné à Paris, le 5 décembre 1848, à 2 mois de prison pour outrage envers des magistrats. Il est établi depuis 1850 à l’adresse ci-dessus désignée et passe pour faire un chiffre considérable d’affaires.

Sa conduite actuelle est bonne, enfin il paraît rester étranger à la politique.

                                               Veuillez agréer, …..

 

                               Préfet de la Seine au Ministre de la Justice, 2 avril 1864

                              

J’ai l’honneur de renvoyer à Votre Excellence un Mémoire par lequel le Sr Parfonry ( François Xavier), demeurant à Paris, rue Saint-Pierre Amelot n° 28, sollicite son admission à domicile.

Le postulant, né à Neerheylissem (Brabant) le 3 décembre 1821, demeure en France depuis l’année 1841. Il est entrepreneur de marbrerie et paraît posséder de la fortune ; il acquitterait les droits de sceau.

Le Sr Parfonry est veuf d’une Française et père de deux enfants.

M. le Préfet de Police m’apprend que le pétitionnaire a été condamné à Paris, le 5 décembre 1848 à deux mois de prison, pour outrage envers des Magistrats. Bien que depuis cette époque, sa conduite et sa moralité n’aient donné lieu à aucune nouvelle remarque défavorable, la condamnation qu’il a encourue me paraît opposée à ce que sa demande soit accueillie.

Veuillez agréer,…….

 

                               Rapport du Ministère de la Justice Direction des Affaires civiles, 9 avril 1864

 

Le sr Parfonry (François Xavier), entrepreneur de marbrerie, né le 3 Xbre 1821 à Neerheylissem (Belgique), demeurant à Paris, rue St Pierre Amelot n° 28 sollicite l’admission à domicile.

Le pétitionnaire habite la France depuis 1841. En 1848, il a été condamné à 2 mois de prison pour outrages envers la magistrature ; c’est le seul blâme qu’il ait encouru. Il est dans une bonne position de fortune.

 La conduite actuelle est bonne et il semble ne point s’occuper de politique.

Le Préfet de Police ne se prononce ni pour ni contre l’admission à domicile que son Collègue du dépt de la Seine propose de refuser au suppliant.

Comme le Préfet de la Seine, je propose de rejeter cette demande.

 

Note ajoutée en marge du texte : Comme ses opinions politiques ne sont pas très bien connues, on pourrait peut- être demander des renseignements au Parquet les faits qui ont motivé cette condamnation.

 


                              
Ministère de la Justice (Admission à domicile)  au Préfet de la Seine, 12 avril 1864

 

J’ai reçu, avec votre rapport du 2 de ce mois, la demande d’admission à domicile formée par le sr Parfonry (François Xavier), entrepreneur de marbrerie, né en Belgique, demeurant à Paris, rue St Pierre Amelot n° 28.

Je pense comme vous, et pour le même motif que sa demande ne peut être accueillie.

Je vous prie de vouloir bien l’en informer et lui faire remettre, sur récépissé, les 2 pièces jointes.

 

                               Ministère Justice (Service Admission à domicile) au Procureur Général Paris, 30 juin 1864

 

Un sr Parfonry (François Xavier), entrepreneur de marbrerie, demeurant à Paris rue St Pierre Amelot 28, m’a adressé une requête par laquelle il sollicite l’admission à domicile.

Il résulte des renseignements qui m’ont été fournis sur cet étranger, qu’il a été condamné le 5 décembre 1848 par le Tribunal correctionnel de la Seine pour outrage envers des magistrats.

Je vous prie de bien vouloir me faire connaître dans quelles circonstances cette condamnation est intervenue et quelle a été la peine prononcée.

                               Note : Le Bureau des Grâces n’a pas de dossier.

 

                        Procureur Général Impérial au Garde des Sceaux,  9 juillet 1864

 

En réponse à votre dépêche du 30 juin dernier, j’ai l’honneur de vous faire savoir que le nommé Parfonry (François Xavier) domicilié rue Pierre Amelot n° 28, qui sollicite l’admission à domicile, a été condamné le 5 décembre 1848 par le Tribunal correctionnel de la Seine à 2 mois d’emprisonnement pour avoir outragé un membre du Conseil des Prud’hommes, en lui disant à l’audience et en lui écrivant que le rapport qu’il avait fait, dans une affaire engagée entre les sieurs Gardion et Lebrun, était mensonger.

Le nommé Parfonry était à cette époque contre-maître du sr Gardion marbreur et il s’était présenté devant le Conseil des Prud’hommes prétendant pouvoir remplacer ce dernier.

Veuillez agréer,….

 

                               Note du Ministère de la Justice, 12 juillet 1864

 

En réponse à la lettre qui lui a été adressée le 30 juin dernier, M. le Procureur Général (Paris) fait connaître que le sr Parfonry (François Xavier) qui sollicite l’admission à domicile, a été condamné le 5 Xbre 1848 à 2 mois d’emprisonnement pour avoir outragé un membre du Conseil des Prud’hommes en lui disant à l’audience et en lui écrivant qu’un rapport qu’il avait fait était mensonger.

Il semble que si le sr Parfonry pouvait obtenir la réhabilitation, il n’y aurait aucun inconvénient, en présence des bons renseignements dont il est l’objet, de lui accorder l’admission à domicile.

 

Note ajoutée en marge : Je propose de faire indiquer au suppliant par l’intermédiaire du Parquet et non de la Préfecture les conditions pour la réhabilitation en lui faisant savoir que l’obtention de cette faveur serait suivie de l’examen de sa demande d’admission à domicile

 

       François Xavier Parfonry au Ministre de la Justice, 20 juillet 1864

 

Ma demande en admission à domicile en date du 24 février n’ayant pas acceptée, à cause du Jugement que j’ai subi pour contestation au Conseil des Prud’hommes, je viens Monsieur le Ministre solliciter de votre bienveillance, des circonstances atténuantes pour cette trop malheureuse affaire, car je n’y ai jamais eu d’autre intention que de protester contre le Dire d’un rapport qui ne m’était même pas personnel puisque je ne figurais dans cette affaire que fondé de pouvoir et seul témoin de convention verbale entre les parties.

Je n’ai jamais eu d’intention de manquer de respect ni à la magistrature, ni au Conseil des Prud’hommes. J’ai agi avec jeunesse et obstination, sans vouloir porter la moindre atteinte aux principes d’ordre et d’autorité que j’avais défendu au péril de ma vie, dans les rangs de la Garde Nationale aux jours difficiles que la France a eu à traverser.

Mes principes d’ordre bien connu, la considération que j’ai acquise par ma probité et mon travail vous sont garant de mon avenir et me font espérer que vous daignerez accueillir favorablement ma demande.

C’est avec cet espoir Monsieur le Ministre que j’ai l’honneur d’être de votre excellence le très humble et très obéissant serviteur.

 

                               Attestation du Maire de Saint Mandé, 9 août 1864

                                              

                 Je soussigné certifie connaître depuis de longues années Monsieur François Xavier Parfonry, Entrepreneur de marbrerie, demeurant à Paris, petite rue St Pierre Amelot n° 28.

                  Je n’ai eu dans mes rapports avec Monsieur Parfonry, soit comme propriétaire, soit comme Maire de St Mandé, qu’à me louer de sa loyauté en affaires.

                 C’est un industriel honorable et que je suis heureux de recommander en appuyant sa demande d’admission à domicile auprès de son Excellence Monsieur le Ministre de la Justice.

 

2. Lettres relatives au dossier de naturalisation

  
        François Xavier Parfonry au Ministre de la Justice, 1871

 

Par décret en date du 27 juillet 1867, j’ai été admis à établir mon domicile en France. Aujourd’hui, je viens solliciter de votre bienveillance un décret de naturalisation et la jouissance des droits politiques.

Voici ma situation : Je suis propriétaire à Créteil et à Paris que j’habite depuis trente ans. J’ai formé un des établissements les plus importants de mon industrie ; médaille d’or à l’exposition universelle de 1867, membre élu du Jury International à l’Exposition du Havre en 1868, Garde Nationale du 57ème Bataillon 5ème Compagnie membre du Conseil de famille. J’ai donné ma démission et refusé tout service dès le vingt mars dernier.

Dans l’espoir que vous voudrez bien accueillir favorablement ma demande, j’ai l’honneur d’être de Monsieur le Ministre, Le très humble et obéissant Serviteur.

 

                        Attestation du Maire du XIème Arrdt, 24 juin 1871

 

Le Maire du XIème Arrdt s’associe de tout coeur à la demande formée par Mr. Parfonry.

Mr. Parfonry établi 62 rue St Sabin depuis une quinzaine d’années, est un des négociants les plus honorables de mon arrondissement, et je lui délivre bien volontiers ce certificat.

 

       Préfecture de Police au Ministre de la Justice, 30 août 1871

 

Par une dépêche en date du 7 de ce mois, vous avez exprimé le désir d’obtenir des renseignements sur le compte du Sr Parfonry, sujet belge, qui sollicite la naturalisation. J’ai l’honneur de vous informer que le Sr Parfonry, admis à domicile par décret du 27 juillet 1867, est représenté de la manière la plus favorable sous tous les rapports.

Propriétaire d’un établissement d’entreprise de marbrerie évalué à 700,000 francs, il a fait, pendant la guerre, partie du 57è Bataillon de la Garde Nationale dont il était membre du Conseil de famille.

Sous la commune, il a fait une énergique opposition à l’insurrection. Il a défendu l’entrée de son établissement, donné des secours à des gens sans ressources, mis à l’abri des personnes menacées et organisé des secours contre l’incendie.

En conséquence, je n’hésite pas à exprimer l’avis qu’il y a lieu d’accorder au Sr Parfonry la faveur qu’il sollicite.

 

                               Rapport du Ministère de la Justice - Direction des Affaires Civiles, 14 septembre 1871

 

Le Sr Parfonry (François Xavier), entrepreneur de marbrerie, né le 3 décembre 1821 à Neerheylissem (Belgique), demeurant à Paris rue St Sabin 62, sollicite la naturalisation.

Le postulant a été admis à domicile par décret du 27 juillet 1867. Il habite Paris depuis 30 ans. Il possède un établissement de marbrerie très important.

Il a fait pendant la guerre partie du 57ème bataillon de Garde Nationale. Sous la commune, il a fait une énergique opposition à l’insurrection, donné du secours, etc.

Comme Mr. le préfet, je propose d’accorder sans remise

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