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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 11:17

      Bénéficiant d'un séjour gastronomique, résultant d'une des nombreuses attentions reçues à l'occasion de mon départ à la retraite (merci mon beauf), nous avons été nous promener dans la région de Durbuy en ce début du mois de juin 2009.
      Lieu ancien de peuplement, cette région se faisait appeler " Terre de Durbuy " durant le Moyen Âge. Elle disposait d'une certaine autonomie, résultant de la présence d'un important potentiel d'extraction du fer, combiné à des superficies consacrées à l'agriculture et l'élevage mais également à la forêt. Traversée par la vallée de l'Aisnes, affluent de l'Ourthe, elle constituait l'un des 5 principaux bassins hydrauliques aux bords desquels se faisaient la fabrication du fer jusqu'au 18ème siècle, avant l'essor de la sidérurgie.
(carte de la Terre de Durbuy sur http://www.ernonheid.net/FORGESDURBUY.html ;

      Des forges existaient à proximité de villages tels que Amonines, Clerheid. Le paysage a conservé ainsi le nom de cette industrie artisanale dans un certain nombre de lieux-dits (La Forge, ..). Jusque assez tardivement, Clerheid, situé sur les hauteurs, aurait été plus important qu'Erezée, dans la vallée le long de l'Aisnes, dont elle dépend de nos jours.
    Cette Terre de Durbuy se trouve par ailleurs incorporée dans la région géologique dénommée " La Calestienne ". Intercalée entre la Fagne-Famenne et l'Ardenne au Sud, elle est reconnue comme ayant été une zone favorable d'exploitation du fer, probablement avant l'époque romaine.
      De cette région, est issue ce que l'on a caractérisé désormais de " Branche des PARFONRY d'Erezée ". Et probablement que cette branche a évolué parallèlement à celle de Neerheylissem, non sans l'avoir côtoyée à plusieurs reprises au vu des quelques témoignages retrouvés et qui font l'objet d'autres articles de ce blog.

      Repérée au début du 18ème siècle dans le village de Clerheid, cette branche est restée très longtemps dans cette région avant de se disperser à la fin du 19ème siècle, en transitant en particulier par la commune de Hotton, limitrophe de cette terre médiévale. Commune de Hotton qui a vu naître l'un des illustres représentants de cette branche et dont le souvenir est conservé via le nom de la seule rue dans le Monde qui porte notre nom.
      Une lignée de cette famille y serait toujours présente à proximité, aux abords de Rendeux, notamment par l'existence d'une terre de chasse portant ce nom dans la forêt de Saint Thibaud. Mais aussi dans la terminologie des lieux, via un site dénommé " Le Parfonry " à Amonines, que l'on retrouve par ailleurs sur une ancienne carte postale, vendue parfois sur E Bey.
      Quoi de plus normal pour découvrir cette région sur le plan touristique que de dessiner un parcours passant par ces différents lieux, faisant partie de l'histoire de cette branche.
      Voici ainsi quelques photos prises tout au long de ce trajet et qui peuvent aider à meubler le souvenir de cette histoire si passionnante des PARFONRY. Pour les commentaires, je me suis fait aidé par les deux topo-guides du Pays d'Ourthe et d'Aisnes, qui nous ont été d'un apport didactique précieux tout au long de ce séjour de 2 jours.

CLERHEID
Ce nom viendrait de "clarus" et "heid" signifiant bruyère, soit "terrain découvert au milieu de la bruyère".
C'est ici que tout a sans doute commencé, il y a de cela bien longtemps pour cette branche d'Erezée. Peut-être dans l'une de ses maisons photographiées comme des témoins potentiels de cette histoire. La rénovation est en plein essor et agrémente de ce fait le plaisir de s'y balader. Le patrimoine architectural traditionnel date pour l'essentiel du 19ème siècle. La raison en est que les maisons initiales en bois et en torchis ont été remplacées par de la pierre. L'ossature en bois de la maison de droite indique une construction très ancienne



Détail de la toiture
Particularités de ces anciennes fermettes, les toitures sont dites " à cherbins ". Fabriquées à partir du schiste ardoisier, elles sont constituées de grandes écailles de pierre assez épaisses, de forme arrondie à la partie inférieure.

 


Paysages de l'Ardenne herbagère
La traversée du village de Clerheid permet de découvrir les paysages de cette Ardenne herbagère du Nord, située entre le Pays de Herve (La Vesdre) et le Plateau des Tailles au Sud. Combien de temps encore ces paysages pourront t-il résister aux baisses des prix du lait ?


Lieu - dit " Le Parfonry " à Amonines
Amonines est un village établi sur les versants d'une petite vallée descendant vers l'Aisnes. Son origine remonte aux anciennes forges situées autrefois entre les bois et les marais.
Un lieu-dit portant le nom  " Le Parfonry " est encore mentionné de nos jours sur les cartes topographiques de l'IGN. Il est repris également sur une ancienne carte postale. On y découvre ainsi que ce lieu est occupé par une villa. Villa que nous avons pu voir lors de notre passage. Située le long de la N 481 reliant Erezée à Dochamps, elle est la dernière maison du village, en direction de Dochamps. Située sur le côte droit en surplomb, elle occupe un site au milieu des bois.
Une rapide enquête effectuée au Cercle d'Histoire d'Erezée et auprès d'un résidant habitant Amonines depuis 70 ans, ne nous permet pas de relier l'existence de ce nom avec un site ancien d'extraction du fer. La mémoire n'a pas retenu l'histoire industrielle de la région, remplacée de nos jours par l'évolution marquée vers un tourisme saisonnier. La recherche effectuée par le Cercle d'Histoire n'a finalement abouti qu' à découvrir mon blog, sur lequel sont concentrées les informations collectées. Comme si je devenais finalement la seule mémoire réelle s'efforçant de conserver ce nom si ancien.
La situation de ce lieu-dit, le long d'un affluent de l'Aisnes, au milieu de la forêt, entre marais et prairies, à proximité de sites ayant conservé dans leurs noms l'histoire locale (Forges de Blier, Vieux Fourneau, La Fosse) me laisse croire que mon hypothèse du lien entre le toponyme PARFON(D)RY et le mot " fonderie " se trouve ici matérialisée. Mais personne ne va pouvoir me l'affirmer ni aussi me contredire.




Vue sur le village de Marcourt

Une promenade pédestre, au milieu des hêtraies du bois de Saint-Thibaud, nous a permis d'atteindre, après 25 minutes de montée assez sportive, l'ermitage de Saint-Thibaud construit sur un ancien château du Moyen Âge.  Ce qui nous a permis de profiter d'une belle vue sur le village de Marcourt, niché au bord de l'Ourthe.
Ce lieu fut le siège du comté de Montaigu à la période féodale. Et comment ne pas rappeler que cette dernière famille est d'origine normande et qu'il existe, selon mes recherches, une certaine proximité entre les lieux portant ce nom et le nôtre, le long d'un périple démarrant près de Caen en France et aboutissant le long de l'Amblève.
Qu'il est beau de rêver à une telle épopée devant un tel panorama !!!



Et on termine par Hotton ...
Lieu de naissance d'Emile PARFONRY, né en 1857, qui accompagna STANLEY à l'occasion de la deuxième expédition remontant l' escalier des Monts de Cristal le long du fleuve Congo, pour ouvrir un chemin caravanier reliant Matadi au Stanley Pool  (appelé de nos jours Pool-Malebo). Il fait partie des premiers pionniers du Congo, parti d'Anvers en août 1882 et qui ont collaboré directement à l'oeuvre de Léopold II.  Décédé  7 mois plus tard, le 24 mars 1883, il est enterré au cimetière des pionniers à Manyanga dans le Bas-Congo (voir autres articles sur cet Emile P.)
Par reconnaissance, Hotton lui a dédié une  rue. L'ancienne plaque (à droite) mentionne encore des éléments permettant de maintenir un lien avec ce nom pour en permettre éventuellement une recherche approfondie. Malheureusement, la nouvelle plaque (à gauche) en a altéré toute l'information pour ne conserver que des aspects peu évocateurs. Disparition une nouvelle fois de cette mémoire qui fait la richesse d'un terroir, d'une histoire. Combien de temps encore l'ancienne plaque résistera t-elle à l'uniformité matérielle ?



 

 

 

 

 

 

 

 

La statue du Chat à Hotton                          
Hotton fait peau neuve. Un nouveau personnage fait désormais partie de ses murs. Et excusez du peu, l'inauguration de cette statue à monopoliser la présence de 4 ministres wallons. Coup de chapeau à Philippe GELUCK, même s'il aurait probablement mieux apprécié la présence de Michel DRUCKER comme signe de reconnaissance.

Et qui du Chat et d'Emile PARFONRY, le militaire aventurier,  verra sa plaque la plus lue !!! Et qui connaîtra encore les histoires de ces deux personnages dans cent ans !!


      Avant de terminer ce parcours, nous avions espéré retrouver dans le cimetière du village de Samrée la tombe de ce premier PARFONRY. Découvert, par hasard, il y a près de 30 ans par l'une de ses descendantes, nous avons le regret de vous annoncer que cette tombe a disparu de ce cimetière. Une mémoire en plus qui disparaît. Tout comme les traces matérielles de ce passé, bien peu de choses subsistent. Comme pour me conforter de la nécessité non pas de rattraper le temps perdu mais bien de rassembler ce que le temps nous laisse après son passage.
      C'est terminé. Ils vous restent, chers lecteurs et lectrices, chers PARFON(D)RY de toutes branches, à parcourir cette Terre de Durbuy. On aurait pu, dans cet article, y montrer aussi les plus beaux villages de Wallonie que sont Ny et Wéris, les sites mégalithiques autour de Wéris démontrant que cet endroit constitue un lieu très ancien de peuplement, le moulin de Bardonwez, l'arboretum Lenoir, l'ermitage de Saint-Thibaud, la grotte de Hotton, la plus petite ville du Monde qu'est Durbuy,... On s'écartait un tant soit peu du cadre de ce blog. Néanmoins, on espère que l'on aura donné finalement l'incitant à venir découvrir, dans un cadre touristique et de vacances, ce beau terroir bien de chez nous qui allie dans ses paysages l'eau et la pierre.

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