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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 09:56

     Qui veut appréhender l'histoire de la Belgique et comprendre les facteurs relationnels qui subsistent après 180 années d'indépendance doit impérativement prendre en considération les trois clefs qui constituent son assise sociétale. Aux deux premières qui sont pour toute personne étrangère les plus perceptibles, à savoir la confrontation sur le plan politique entre la droite et la gauche d'une part et surtout le conflit linguistique wallons/flamands d'autre part, s'y ajoute un phénomène qui peut paraître similaire à ce qui a existé dans d'autres pays, en particulier en France. Mais qui s'est trouvé quelque peu exacerbé dans notre pays par suite de développement de courants politiques antagonistes sur le rôle et la présence de l'état au niveau local. C'est la question de la guerre scolaire entre les réseaux, résultant d'un conflit idéologique qui trouve ses racines une fois de plus au moment de l'indépendance de 1830. C'est cette dernière clef qui va être abordée dans la suite de cet article.

     Comme un hasard bien affuté, la carrière d'instituteur d'Emile PARFONRY s'est étalée entre les "deux guerres scolaires " qui ont émaillé l'histoire de la Belgique. Pour rappel, il a enseigné entre 1914 et 1949 dans la seule commune de Beauvechain, située dans le canton de Jodoigne, dans ce Brabant wallon de l'Est dont est originaire la lignée.

     Diplômé de l'Ecole Normale de Malonne le 1 août 1914, il sera nommé à l' école libre adoptée de Beauvechain pour y enseigner dès la rentrée de septembre. Un bien curieux nom qui est donné à une école primaire.  Un retour en arrière de quelques dizaines d'années s'avère nécessaire pour en comprendre le sens. Et surtout pour mettre en exergue ce fameux "compromis à la belge " qui reste la clef de voute de toute la dynamique jusqu'à ce jour.

     Tout débute lors de l'Indépendance de la Belgique en 1830. Par manque de budget, tout l'enseignement primaire et secondaire se développa sous la houlette des institutions religieuses catholiques. L'enseignement n'étant pas obligatoire à ce moment (loi NOTHOMB). Une première brèche à cette organisation fut instauré en 1846 quand fut décidé la création de 10 athénées et de 50 écoles moyennes avec cours de religion facultatif et droit de regard de l'Etat sur la désignation des religieux. Le coup de grâce arriva un peu plus tard, en 1879, par un gouvernement d'obédience libérale et laïque, qui créa un nouveau ministère de l'Instruction publique. Il fut instauré la loi appelée " loi de malheur " par les catholiques (loi Van HUMBEECK). Cette loi prévoyait que chaque commune devait posséder une école primaire laïque et neutre, sans cours de religion. La réaction des instances religieuses fut des plus véhémentes, allant jusqu'à refuser l'extrême-onction aux instituteurs et parents d'élèves qui choisissaient l'école officielle. L'ambassadeur auprès du Saint-Siège fut même rappelé. Et en réaction, il fut ordonné aux curés des paroisses d'ouvrir une école libre. Toute cette période de tension, entre 1879 et 1884, fut dénommée par la suite " Première guerre scolaire ".

    Vu les tensions, mais aussi suite à l'intervention du roi Léopold II et aux nouvelles élections qui avaient quelque peu modifiés l'équilibre entre les partis, cette loi de malheur fut abrogée en 1884 par une autre (loi JACOBS). Il y était stipulé que chaque commune devait avoir au moins une école, soit officielle, soit libre adoptée. Une demande d'un minimum de 20 parents était nécessaire pour en créer et y donner un cours de religion.

    Voici donc qu'apparaît cette notion d' école libre adoptée pour laquelle avait été recruté Emile, l'instituteur. Cette adjonction du terme adoptée permettait, à la demande du clergé, de recevoir des subventions communales si cela s'avérait nécessaire. Historiquement1, cette école avait été, bel et bien, créée en 1879, en réaction avec la loi de malheur. Le doyen de l'époque, Constant JACOBS, loue, le 21 mai 1879, l'ancienne ferme DECOSSEAUX-GAUTHIER, rue de l'Eglise, à son nouvel acquéreur, l'avocat JACOBS de Louvain. Elle sera connue plus tard sous le nom de Patronage. On y fait aménager la grange en classes pour une école libre pour garçons. C'est donc dans ces bâtiments qu' Emile fonctionnera dès 1914 (voir l'article : Les photos de classe d'Emile PARFONRY, l'instituteur).

    Cette situation perdura jusqu'en 1920, date à laquelle, il fut constaté un manque de salubrité dans les locaux scolaires, sur la base d'un rapport de l'architecte provincial dénonçant l'état des bâtiments qui " devraient être reconstruits dans un bref délai2 ".  Combiné à une "omission" de la part du curé MONSIEURS de demander l'octroi des subsides, il s'en suivit une réaction en chaîne.  Au Conseil communal du 07 février 1921, il y fut décidé que " Les locaux de l'ancienne école adoptée des garçons ne sont plus convenables du point de vue de l'hygiène3 ".  Cette école deviendra désormais communale. De nouveaux locaux furent affectés dans l'ancien Hospice NELIS, rue de la Station, vers 1925/1926, le temps de procéder à des aménagements pour deux classes et deux ménages d'instituteurs. Cette date est en quelque sorte le happy end de la Première guerre scolaire pour Emile PARFONRY.

     Emile, parti à la pension en 1949, ne connaitra pas non plus la seconde guerre scolaire qui se déroula de 1950 à 1959. Les discussions portèrent pendant tout ce temps sur le montant des subsides octroyés à l'enseignement libre. Selon la majorité, les subsides croissent (HARMEL, catholique) ou décroissent (VANACKER, libéral - COLLARD, socialiste). Après plusieurs manifestations à Bruxelles, et des yoyos politiques, un Pacte Scolaire fut finalement entériné le 29 mai 1959 entre les trois grands partis. Toujours ce fameux compromis à la belge !!!.  Il y était reconnu au final le choix libre des parents au niveau scolaire et la gratuité dans l'enseignement obligatoire, quelque soit le réseau. L'Etat prenant à charge tous les enseignants.

     Mais apparemment, cela n'a pas du satisfaire Emile, mon grand-père. Car, calfeutré jusqu'alors sur les bancs en bois de l'école communale de Beauvechain, devant y entamer ma cinquième année primaire, on m'inscrit sans coup férir, et moins encore en me demandant mon avis, à l'Athénée de Jodoigne4 pour cette rentrée scolaire de septembre 1959. Athénée qui n'était de fait que le résultat évolutif de l'une des 50 écoles moyennes décrétées en 1846 et confirmée par une loi organique de 18505. Je n'ai pas d'explications très précises sur cette décision de transfert mais plus que probablement qu' Emile était entré en conflit, en tant qu'ancien échevin libéral, avec la nouvelle institutrice, voire avec le nouveau bourgmestre qui était sorti des élections de 1958. Emile était aussi devenu un vrai défenseur du service public, en lui reconnaissant la réussite de donner à quiconque l'opportunité de suivre un enseignement gratuit de qualité. Il est vrai aussi que je n'ai pas été le premier élève à quitter ces locaux. André MACAU et Francis LEBRUN avaient franchi le cap l'année précédente et étudiaient déjà à l'Athénée de Jodoigne.

      Désormais, j'allais prendre le bus matin et soir pour me retrouver dans une classe mixte de ... 37 élèves (et dire qu'on trouve cela trop élevé de nos jours). Mais Madame STAELS, la maîtresse, avait manifestement cette autorité nécessaire pour diriger cette troupe. Auréolé de ma position de premier de classe (sur 5 à 6 élèves) dans la modeste école communale de Beauvechain, je me suis vu rétrograder en fin d'année à une quatrième place, avec la consolation d'avoir été devancé uniquement par .... trois filles6. Si Marie ALBERT7, Micheline LECLERCQ ou Viviane BENOIT lisent cet article, elles devraient se reconnaitre8. Francis LEBRUN, le deuxième garçon, était neuvième, et André MACAU en 6ème primaire était classé septième sur 26, témoignant par là du bon niveau d'enseignement de l'école communale de Beauvechain. Mais aussi la satisfaction d'obtenir vraisemblablement un meilleur résultat, si on avait été logé dans la même classe, qu'un certain Louis MICHEL, futur bourgmestre de Jodoigne, Ministre des Affaires étrangères et Commissaire européen9. Mais de cela, je ne m'en aperçus que très récemment lorsque je me suis mis à rassembler les documents me permettant de reconstituer l'histoire familiale. Je fis très brièvement la rentrée scolaire de 6ème primaire en septembre 1960, dans la classe de Monsieur MARTEAU, un instituteur sévère et exigeant qui me rappelait ce qu'avait du être mon grand-père. Mon père, ayant reçu son préavis, avait trouvé un travail dans une autre région. C'est ainsi que peu de temps après, je débarquai à l'Athénée de Tamines, où j'y poursuivrai tout mon cycle d'humanités.

     Manifestement, Emile l'instituteur m'avait aiguillonné dans la bonne direction. En me lançant dans un autre registre de compétences, il avait veillé à m'éviter la somnolence et la facilité qu'entretenait la petite école communale de Beauvechain. Après les bonnes bases solides des trois années primaires de l'instituteur Jacques RIGUELLE, celui qui était passé par les fourches caudines d'Emile dans les années 1930, il était temps de me donner une autre vision et un autre défi. Il était passé outre des deux guerres scolaires mais pas des deux guerres mondiales. Le monde évoluait. Emile, l'instituteur, qui lisait assidument son journal Le Soir, l'avait probablement compris.

      En 1959, il a pu y lire entr'autres que Castro a pris le pouvoir à Cuba, que la révolte au Tibet a été réprimée, que les premières émeutes à Léopoldville ont été sanglantes, que le Traité de l'Antarctique est signé, que le Marché Commun entre en vigueur, que le premier congrès arabe du pétrole se réunit au Caire, que .......

 

1 Ces données sont reprises du mémo de synthèse rédigé par Henry PAESMANS sur la famille PARFONRY de Neerheylissem ;

2 Registre des délibérations du Conseil communal, n°1413, 2 avril 1919 ;

3 Registre des délibérations du Conseil communal, n°1480, 7 février 1921 ;

4 L'Athénée de Jodoigne, succédant à l'école moyenne créée en 1850, avait été officialisé par l'Arrêté du Régent du 27 août 1947;

5 VERDICKT Marc (1993) : Athénée Royal : 150 ans à Jodoigne, Imprimerie Genicot, Jodoigne ;

6 Sans parler des quatre autres filles qui me suivaient ;

7 Il se peut que Marie ALBERT soit de la famille de Jules ALBERT, fils d'un vétérinaire de Longueville, qui fut le premier éléve sortant de Jodoigne à réussir une année universitaire en 1931, et d'Henri ALBERT (professeur - élève ??), décédé au cours de la seconde guerre mondiale (ndlr : informations recoupées du livre de Marc VERDICKT) ;

8 Athénée Royal Jodoigne. Palmarès Année scolaire 1959-1960 ;

9 Au palmarés de l'Athénée de Jodoigne, on retrouve aussi à un moment donné un certain Jacky ICKX ;

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commentaires

johny jacques 24/08/2014 21:34

On connait tous bien sur Jacky Ickx, mais son vrai nom c'etait Jacques Ickx. Mais alors en classe dans l'annee 1961-1962, il y
avait 2 Jacques, l'un le prenom et l'autre le nom de famille. Amusant!