Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 10:37

         Un article du journal " Le Figaro " du 26 juillet 1881 nous fait découvrir, sous un aspect particulier, la carrière du marbrier que fut François-Xavier PARFONRY.  Ayant cerné depuis plusieurs années, l'importance de ce grand artisan qu'il fût, ce dernier article nous le fait revivre d'une autre manière.

      Grand travailleur, excellent entrepreneur et grand industriel, François-Xavier s'est vu remettre depuis quelques jours sa médaille de Chevalier de la Légion d'honneur, accordée peu avant par décret du 3 juillet. Par  son origine populaire et son sens civique, François-Xavier n'a pas voulu en rester là. Lui, le petit immigré belge, ayant du se battre et travailler dur pour obtenir sa naturalisation française, a voulu partager la joie de sa médaille avec tous ses collaborateurs qui devaient être belges pour un certain nombre d'entre eux. Et manifestement, en écoutant et pas simplement en lisant le compte rendu dans le journal, on s'imagine que ce fut la fête dans la rue Saint-Sabin. Une étape importante de sa carrière qui fut florissante et qui avait démarré quarante ans plus tôt, en 1841, comme simple ouvrier dans les carrières du boulonnais.

          Le Figaro du 26 juillet 1881

      Les personnes qui passaient hier devant la maison, 62, rue Saint-Sabin, eussent cru assister à la prise de Sfax, en entendant le bruit de la poudre ; les ouvriers de M. Parfonry, le marbrier, célébraient la décoration de leur patron, autrefois simple ouvrier comme eux, et maintenant arrivé au premier rang dans la marbrerie, par le travail, l'économie et l'intelligence. Aussi grande était leur joie. Quel exemple, en effet pour le véritable travailleur !  

       L'allusion historique dans cet article à la prise de Sfax et au bruit de la poudre méritent manifestement une explication supplémentaire. Quel en est le lien avec les festivités, sans aucun doute fort bruyantes, chez le marbrier F.X. Parfonry ?

        Sfax est une ville de Tunisie, en bordure de la Méditerranée, et l'une des dernières étapes avant les zones désertiques et les Chotts salés du Sud. La Prise de Sfax est l'un des évènements les plus meurtriers de la colonisation en Tunisie. Mécontent de la reddition du Bey de Tunis, suite à la prise de cette ville par les troupes françaises, les tribus du Sud et du Centre tunisien se sont rebellées. Rassemblées dans la ville de Sfax, elles ont tenté pendant 3 jours de résister aux bombardements de la marine française. La prise de la ville se fera finalement le 16 juillet 1881, soit une dizaine de jours avant la soirée arrosée chez le marbrier. Plusieurs centaines de résistants tunisiens ainsi que 38 soldats français y trouvèrent la mort. De manière un peu trop légère, l'article associe allègrement le bruit de la canonnade à Sfax avec le son des bouchons des bouteilles qui venaient probablement atterrir sur la voie publique. C'est malgré tout une indication comme quoi les récents évènements de Tunisie devaient être abondamment relatés dans la presse parisienne.

      Historiquement, cet épisode de la prise de Sfax aurait été longtemps ausculté en Tunisie. En particulier durant la période Bourguiba. Les évènements de ces dernières semaines ne sont finalement la confirmation que les habitants de ce pays ont toujours été fier de leur pays et à la recherche de leur identité.

 

      Le Figaro poursuivra quelques semaines plus tard, dans un autre article à l'occasion de l'Exposition Internationale d'Electricité, organisée du 11 août au 20 novembre 1881, en présentant le marbrier François-Xavier Parfonry comme une personnalité exceptionnelle et reconnue de tous.  

 

              Le Figaro du 27 août 1881 – Exposition Internationale d’électricité

          C’est encore la lampe Swan qui éclaire la salle du Congrès et ses magnifiques tapisseries. Car, l’art trouve aussi son compte dans cette superbe exposition. Ainsi, dans l’appartement complet installé au premier étage, on  a beaucoup admiré la grande et belle cheminée en marbre de M. Parfonry. C’est comme la résurrection d’une cheminée ciselée par les grands artistes de la Renaissance. M. Parfonry compte d’ailleurs parmi nos célébrités industrielles. La part brillante qu’il a prise à l’Exposition d’Australie lui a valu récemment la croix de la Légion d’honneur, et dans le monde industriel, artistique, cette haute récompense n’a rencontré – une chose rare !- que des approbations.

 

       L'allusion dans cet article à la lampe de Swan mérite également quelques compléments d'information. Les ampoules à incandescence classique de Swan et d'Edison, récemment découvertes, constituaient l'une des principales attractions de l'Exposition. Joseph Swan a été en réalité l'inventeur de l'ampoule électrique en janvier 1879, soit 10 mois avant Thomas Edison. N'ayant pas protégé son invention, il gagnera cependant un procès contre ce dernier en matière d'antériorité de leurs inventions. La lampe de Swan était réalisée avec un fil de coton carbonisé, tandis que celle d'Edison était à base de bambou carbonisé. Invité à l'occasion de cette Exposition, Swan y reçut la Légion d'honneur. Les deux inventeurs se distinguent encore de nos jours. Le culot à baïonnette est l'oeuvre de Swan, tandis que celui à vis est utilisé par Edison.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Agnès Parfonry 07/03/2011 19:16


Cher cousin, bravo pour ces articles du Figaro retrouvés grâce à tes patientes recherches. Ils éclairent véritablement l'histoire de François Xavier et les archives. Nous avons presque la matière
pour écrire un scénario (toi même parle de saga...) (qui sait quand j'aurais du temps...) J'ai photographié le verre en cristal et fais suivre les photos pour le blog.
J'ai beaucoup appris sur la prise de Sfax et la découverte des ampoules électriques très intéressant.
A très bientôt
Agnès