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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 12:03

       Le mariage en 1744 de Mengold PARFONDRY à Forchies-la-Marche dans le Hainaut, sans indication sur son lieu de naissance, était resté une petite énigme. Né en 1711, ce personnage y est déclaré artisan. C'était là les eules informations contenues sur les sites de généalogie. Cette apparition dans un lieu géographique qui est externe au cercle de localisation reconnu de ce patronyme constituait une indication comme quoi il provenait d’un autre endroit. Ce curieux prénom était très certainement  l’indice qui  devait nous aider à résoudre cette question sur son origine.

      Dans une première phase de réflexion, j’avais envisagé de me baser sur la signification anglaise du prénom, en le traduisant par une sorte de syntaxe comme « L’homme aux mains d’or ». Relié à son métier d’artisan et à l’analogie déjà supposée de notre patronyme avec le mot fonderie, il pouvait y avoir une certaine logique pour expliquer le choix du prénom.  J’imaginais bien déceler dans le profil de ce Mengold Parfondry, une sorte de Maître des forges, de charron ou de fondeur qui était arrivé à Forchies-la-Marche1, pour y exercer un métier en rapport avec ses capacités. Mais malgré l’intérêt de cette hypothèse, la question de la provenance géographique restait posée.

       Et la réponse à cette question m’est venue un peu par hasard en découvrant que parmi les nombreuses béatifications prononcées au cours des siècles, il existait un Saint Mengold2. Ce Mengold serait un prince anglais devenu Comte de Huy au Xème siècle.  Au niveau de l’histoire,  ce Comté de Huy3 fut celui qui permit réellement à la Principauté de Liège4 d’exister. Acquis par le Prince évêque Notger5 en 985, ce comté se voyait ainsi tomber dans l’escarcelle de ce territoire ecclésiastique récemment créé par la volonté de l’empereur d’Allemagne, et qui ne cessera de s’agrandir et d'exister jusqu’en 1795. Ce Mengold aurait été canonisé par Benoit VII, pape entre 974 et 983, et consacré deuxième patron de la ville de Huy après Saint Domitien.

      Mengold Parfondry est donc manifestement originaire de la région de Huy et par voie de conséquence se trouvait dans la zone géographique d’extension de notre nom. Huy n’est situé qu’à moins de 20 km de la commune de Saint-Séverin, lieu d’habitation des seigneurs de Parfondry à la fin du XIIIème siècle.

       De nombreux documents historiques attestent que ce nom a été très présent dans la localité de Huy depuis plusieurs siècles  (Jacques de PARFONDRY, échevin en 1444, Pierre PARFONDRY, chirurgien en 1668, Hubert-Antoine PARFONRY, soldat auprès de sa Majesté Catholique). Dans un extrait du registre du métier des merciers de la ville de Huy, on y lit qu’un certain PAQUAY de PARFONRY a été élu gouverneur de cette confrérie en l’an 1635 avec trois autres personnes.

      L’histoire de la ville de Huy est marquée par la métallurgie dont l’origine doit certainement remonter à l’époque des tribus gauloises des premiers siècles. Avec la draperie, la papeterie et le cuivre, ces activités ont favorisé un savoir faire qui s’exporte. Cette effervescence économique explique pourquoi Huy est la ville à qui fut octroyée en 1066 la plus ancienne charte connue pour toute l’Europe occidentale, et appelée la charte de Huy6. Mais hélas, les guerres menées par ce trublion de Louis XIV n’apportèrent que des destructions. La ville est envahie en 1675 et sera restituée par après aux espagnols. Mais ce n’est pas terminé car ce roi se remit à la bombarder en 1689 et à la brûler en 1693. Avec, en finalité la bataille de Ramillies en 1706, gagnée par le duc de Malbourough sur les troupes franco-espagnoles, qui contraignit finalement Louis XIV à retourner dans l'ombre de son soleil, après le Traité d’Utrecht7 de 1713. En tout durant trente années, la ville de Huy ne subit pas moins de douze sièges. Les armées hollandaises, françaises, espagnoles et prussiennes apportérent des épidémies, des incendies, des disettes et produisirent un véritable tsunami. C'est pourquoi, les dégradations sur le plan économique contraignirent de nombreux habitants à rechercher ailleurs plus de sérénité. Le même environnement qui allait très probablement conduire Jean-Pierre PARFONDRY à chercher refuge à Neerheylissem avant 1750.

      Voila sans doute la raison qui amène Mengold PARFONRY, né probablement dans les environs de Huy en 1711, à accompagner ses parents et à se retrouver plus à l’ouest à Forchies-la-Marche dans le Hainaut en devenant un petit artisan et en se mariant en 1744 avec la dénommée Barbe LEMAITRE.

      Sur le plan généalogique, Mengold PARFONDRY est l’ancêtre de ce que est repris dans ce blog sous l’appellation de branche de Forchies-la-Marche, et dont une descendance existe encore de nos jours, en particulier dans cette localité. Mais manifestement, rien n’interdit désormais un lien avec la lignée des PARFONDRY qui vont traverser la Meuse à partir de Saint-Séverin dès le XIVème siècle et devenir probablement les ancêtres de la branche de Neerheylissem.

Tous cousins, on peut rêver !!!!

 

Quelques petites explications historiques complémentaires

1 Forchies-la-Marche : dans la Province du Hainaut, ancienne commune, fusionnée depuis 1977 avec Fontaine-l’Evêque ; sur le plan historique, elle est située dans la partie occidentale de la Principauté de Liège, appelée la Thudinie, relevant de l’Abbaye de Lobbes et qui en était devenu fief direct depuis 1076. Cette localité a été le centre d’une industrie cloutière jusqu’au 19éme siècle. La production du fer arrivait de Liège pour y être travaillé dans des industries familiales. Outre la proximité de l'extraction du charbon pour alimenter les forges, cette profession avait retiré une sorte d'indépendance. Ce métier était pratiqué à domicile selon des procédés de fabrication jalousement gardés et transmis de père en fils. Jouissant d'un quasi monopole, les clouteries ont constitué une des principales industries métallurgique jusqu'au 18ème siècle. Le métier persista après l'introduction des machines en 1833.

2 Saint Mengold:  Comme témoignage magistral de ce Saint, il nous reste une œuvre ancienne, à savoir la châsse de Saint-Mengold, conservée dans la collégiale Notre-Dame de Huy, l’une des rares orfèvreries médiévales de style rhéno-mosane ciselée par l’artiste Godefroid de Huy au XIIème siècle et  un breuvage récent, tel la bière Saint-Mengold au goût fortement aromatique.

3 Comté de Huy : comté s’étendant de part et d’autre de la Meuse, comprenant la Hesbaye, le Condroz et la Famenne. Il intègrera la Principauté de Liège en 985 avec l’assentiment de l’empereur germanique Otton III ;

4 Principauté de Liège : Territoire resté indépendant jusqu’en 1795, sa création est la résultante de la partition de l’empire de Charlemagne. Désireux de conserver la Basse-Lotharingie sous leurs influences, les rois germaniques font alliance très tôt avec l’épiscopat de Liège. Devenu Saint Empire romain germanique, cette alliance sera confirmée, par Otton II, qui accorde les droits et les possessions de l’évêque de Liège en 980, point de départ effectif d’un état liégeois. Par le transfert du comté de Huy en 985, sous l’autorité de l’évêque de Liège, celui-ci étend son pouvoir spirituel à un pouvoir temporel. Il devient de ce fait Comte et Prince d’Empire. Liège est à partir de ce moment une Principauté ecclésiastique dirigée par un Prince-évêque ;

5 Notger : né en 930 en Allemagne, il devient évêque de Liège en 972. En 980, il reçoit le titre de prince-évêque de l’empereur germanique Otton III et en 985, par l’octroi du comté de Huy, il dirige désormais un territoire dénommé Principauté de Liège. Notger décède en 1008 à Liège ;

6 Charte de Huy : Première charte des libertés octroyée à une ville en Europe occidentale en 1066. Charte consentie par l’évêque Théoduin de Bavière en échange d’une généreuse donation pour financer la reconstruction de la collégiale Notre-Dame, brûlée par le comte de Flandre en 1053. Cette charte, garantie par le duc de Basse-Lotharingie (duc de Lorraine), concédait des privilèges en matière d’impôt, de service militaire et de justice ;

7 Traité d’Utrecht : traité signé en 1713 mettant fin à la guerre de succession d’Espagne, reconnaissant Philippe V, petit-fils de Louis XIV comme roi d’Espagne ; pas de gains territoriaux pour la France qui doit concéder l’Acadie aux anglais ;

Godefroid de Huy : présent à Huy entre 1130 et 1150, c’est un des plus importants orfèvres et émailleur  de l’art roman appartenant à l’école mosane. Il aurait travaillé également pour l’abbaye de Stavelot. Parmi ses œuvres, on compte le manuscrit enluminé La Bible de Floreffe, en deux volumes, chef d’œuvre de la miniature mosane, aujourd’hui au British Museum de Londres.

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