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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 16:23

     Occupant à ce moment la fonction de vice-président du syndicat de la marbrerie parisienne, François-Xavier dut répondre à une convocation de la "Commission d'enquête sur la situation des ouvriers et des industries d'art ", instituée par un décret du 24 décembre 18811. Cette Commission avait été instaurée pour étudier et proposer des solutions à l'encontre de la concurrence qui était de plus en plus observée au niveau des entreprises occupant de la main d'oeuvre artisanale. Dans sa lettre justificative à sa demande de créer cette commission, Antonin PROUST, le Ministre des Arts, y fait implicitement allusion en parlant de la concurrence étrangère des industries d'art comme " les causes d'un mal qu'il serait puéril de vouloir dissimuler l'étendue "

    La marbrerie était l'une des nombreuses industries d'art qui furent abordées par cette commission2. Le développement de la marbrerie ordinaire par rapport à la marbrerie de luxe nécessitait d'étudier la situation. François-Xavier y fit une déposition en date du 21 janvier 1882, dès le début de la mise en place de la commission. Répondant aux questions préétablies de ses membres, les réponses de François-Xavier peuvent être rassemblées et analysées en fonction des sujets qui y sont abordés. En identifiant et séparant les différents points, la compréhension des différents aspects qui relèvent de cette problématique de la concurrence étrangère s'en trouvera facilitée.

 Déposition de François-Xavier PARFONRY (séance du 21 janvier 1882) 

 1. Sur la production

F-X : On ne vient plus nous demander que des objets d’arts, partout maintenant la marbrerie ordinaire se fait sur place. Autrefois, je vendais beaucoup en Russie ; aujourd’hui, je ne fais plus rien avec ce pays. Il en est de même pour l’industrie des meubles qui expédiait autrefois à Lima et qui est remplacée aujourd’hui par l’Italie. Ce dernier pays cherche à nous prendre la Chine et les colonies espagnoles. La Belgique nous a pris l’Allemagne. En résumé, nous n’exportons plus que les belles pièces.

Commentaire : La concurrence sur le marché des pièces de série a réduit les circuits de production et d'exportation. Seule, une production de qualité et innovante permet encore de répondre à l'exportation.

2. Sur les ouvriers

F-X : Ce sont des hommes qui ont besoin d’être bien gérés, bien dirigés, bien commandés. Nous avons fondé une école, où nous avons réuni des documents et des modèles. Nous sommes obligés de guider constamment nos ouvriers, sans cela ils n’apprennent rien. En général, ils ne connaissent pas le dessin.

Commentaire : La formation permanente est un complément nécessaire pour maintenir le niveau de la production.

3. Sur la disponibilité de main d’œuvre

F-X :  Ils nous arrivent tous faits de la province, et aussi du nord (!!) de la Belgique. La Belgique est le pays de fondation du travail du marbre. A Sablé, il existe aussi une excellente maison qui fait de la petite marbrerie, ses ouvriers sont très bien tenus.

Commentaire : Le recrutement de la main d'oeuvre ne semble pas être un problème; il est vrai que de nombreuses carrières avaient été réouvertes depuis le début du XIXème siècle, ayant bénéficié du nouvel engouement pour l'utilisation du marbre. Selon mon interprétation, il doit y avoir une erreur de transcription dans l'origine des ouvriers belges. Au point suivant, il est question du sud (midi) de la Belgique, ce qui semble plus conforme avec la situation des carrières.

4. Sur le recrutement

F-X : J’ai mon personnel, j’occupe cent soixante-seize ouvriers et huit à dix sculpteurs de bâtiments sont attachés à ma maison. Quand il m’en faut un plus grand nombre, j’en trouve dans le faubourg Saint-Germain. Nous n’employons pas de Luxembourgeois ; la moitié de nos ouvriers sont Belges. Bruxelles et le midi de la Belgique nous envoient de bons praticiens.

Commentaire : Il est confirmé de la provenance belge des ouvriers parisiens travaillant dans le métier de la marbrerie. François-Xavier avait manifestement recours à une telle filière pour recruter son personnel.

5. Sur la mécanisation

F-X :  Les produits ne pouvaient pas payer l’outillage. Le seul progrès mécanique qui ait été réalisé dans notre industrie consiste dans le polissage mécanique ; tout le reste du travail se fait toujours à la main. Les machines pouvaient être employées pour les marbres blancs qui sont homogènes et compacts, et les marbres noirs ; mais son emploi n’était pas possible pour les marbres veinés. Pour les marbres blancs, la machine avait l’inconvénient de meurtrir les arêtes. Néanmoins, en ce moment-ci, nous cherchons beaucoup à substituer à la main d’œuvre, qui est si difficile, les moyens mécaniques. On ne débite pas assez. Quand une machine est montée, il faudrait pouvoir lui fournir beaucoup.

Commentaire : Manifestement, François-Xavier voulant se positionner plus volontiers sur le créneau de la marbrerie d'art n'est pas favorable à la mécanisation. L'utilisation de machines implique une production ordinaire en série, qui n'a pas été jusqu'à présent son choix. Il s'y adaptera probablement par la suite pour combler la chute de son chiffre d'affaires au niveau des pièces d'art.

6. Sur le coût de la main d’œuvre

F-X : Au point de vue du prix, il règne aussi chez l’ouvrier un certain énervement. Le prix de la journée de dix heures est de huit francs.

Commentaire : Il ne fait sans doute pas bon d'insister de trop sur le problème du coût de la main d'oeuvre mais manifestement ce coût est devenu un problème majeur.

7. Sur l’éducation

F-X : Je ne vois absolument qu’un seul moyen : encourager et propager les cours de dessin. J’ai essayé moi-même en 1869 ; j’avais fondé des prix ; la guerre et les grèves m’ont arrêté. Il faut développer l’enseignement du dessin et du modelage. C’est le seul moyen d’améliorer notre industrie.

Commentaire : François-Xavier rappelle insidieusement l'effet néfaste de la guerre franco-prussienne et de l'épisode de la Commune de Paris, ayant anéanti pas mal d'initiatives visant à rester compétitif au niveau du marché de l'exportation. Il persiste dans la nécessité d'assurer une formation continue en axant à son niveau le maintien en amont de la maitrise de la reproduction de l'oeuvre, préalable indispensable pour maintenir un niveau compétitif pour l'exportation. Tout comme d'autres entreprises du secteur privé, il avait investi dans la formation pour combler la carence à ce niveau.

      Au final, on constate que la question de la concurrence étrangère ainsi que celle sur le coût du travail constituent les deux aspects principaux pour maintenir un niveau de productivité comparatif. La nécessité de trouver une main d'oeuvre étrangère s'avère également importante pour le maintien de la filière. La question du développement est liée aux aspects de formation continue afin de maintenir un niveau d'innovation dans la production destinée à l'exportation. Ce qui se confond pratiquement avec les conclusions essentielles adressées par Antonin PROUST, le Ministre des Arts dans son rapport final au Président de la République.  Il y identifie trois causes de nature à nuire au développement des industries de l'art :

  - l'insuffisance des moyens d'enseignement qui devient un obstacle au développement des industries artistiques en donnant la priorité à une réforme de l'enseignement technique qui serait axée sur l'apprentissage du dessin ;

  - la substitution de la machine-outil au travail purement manuel et les conditions faites aux ouvriers par l'extension du régime de patronage lequel, ayant remplacé le régime des corporations, se limitait à un apprentissage au niveau de quelques élèves ou ouvriers

 - le coût de la main d'oeuvre qui est en moyenne de 25% supérieure à ceux des pays avoisinant ;

      Finalement, rien de bien différent par rapport à la situation actuelle, démontrant que ce que l'on appelle sous le terme de mondialisation n'a pas fortement modifié le jeu de la concurrence par rapport aux situations antérieures. Cette analyse économique, ne fait pas l'omission des charges sociales des entreprises en réclamant la réduction des impôts et des tarifs de transport et de douane. Même si on n'était qu'au début de l'Etat providence devant assurer ses fonctions sociales, la question était déjà d'actualité. Là ou l'approche de François-Xavier est un peu différente est en rapport avec la mécanisation des outils de production. Dans ce secteur de la marbrerie d'art, il est vrai que l'on n'avait pas encore abandonné l'idée de fabriquer les grands chefs d'oeuvre que l'Antiquité et la Renaissance nous avait  laissés. Ce n'était plus qu'une question d'années.

     Le rapport complet de cette commission peut être consulté sur :

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k863702/f25.image.r=Céramique,%20émaux,%20sculpture,%20bronzes,%20orfèvrerie%20bijouterie%20.langFR

1 Commission d'enquête sur la situation des ouvriers et des industries d'art, Ministère de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, Imprimerie A. Quantin, Paris, 1884 ;

2 Les séances de cette commission se déroulèrent du 21 janvier 1882 au 7 juin 1883 ;  l'instabilité politique de cette période en France (plusieurs gouvernements) explique en partie la raison de la longueur des débats ;

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commentaires

Guy Marlé 30/03/2013 00:25

Bonjour,
Je suis le petit fils d'Elmira DEVILLERS elle même petit fille De Pierre Joseph DEVILLERS, tous belges.Né le 22/12/1817 à Aiseau ( Hainaut belge) simple tailleur de pierre , il pat à La Haye
(Pays-Bas) et fait fortune en 20 ans comme marbrier fournisseur de la cours de Hollande et d'Angleterre , reveient à Erquelinnes (Belgiques) et achète des carrières à Marpent, La Mure (Isère)
Saillon avec Escalle (Suisse) Carrare (Italie et en tunisie relance un carrière.
Il a des grands ateliers dans différents pays européens. Trop méconu car ses fils n'ont pas su gérer la multinationale du marbre, un empire.
Une des plus grosse fortunes de Belgique fin 19ième siècle.
Je cherche des infos et commence à en avoir pas mal grâce a mes correspondants.
Voulez vous communiquer avec moi guy Marlé email : guymarle@gmail.com merci cordialement j'habite à coté de Waterllo belgique