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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 16:20

     Il est assez fréquent que certains articles de ce blog se terminent par un manque de certitudes pour expliquer de manière précise ce qui en est relaté.  Pour en découvrir de nouvelles informations, une question est dès lors posée, espérant trouver la personne qui, après être tombée un peu par hasard sur le blog, serait suffisamment intéressée pour y apporter les compléments manquant. Et combler en quelque sorte, les incertitudes sur le déroulement d'une histoire familiale, confrontée aux nombreux oublis sur son parcours.

    L'un des épisodes qui se trouvait ainsi confronté à une absence de mémoire, était bien celui qui se rapportait aux contacts qui avaient pu s'établir entre les familles Logé et Parfonry en France. Au travers de deux articles publiés en 2011, l'un en février (Paul est invité à un mariage) et l'autre en octobre (A la recherche de la famille Logé), la même carence était posée. On ne pouvait établir dans quelles circonstances s'étaient construites le lien entre ces deux familles, alors qu'aucune piste sérieuse n'était relatée, ni attestée au travers des recherches effectuées.

     Et voici que par un commentaire de février 2013, une première réponse partielle mais néanmoins très documentée a été apportée. Différents échanges successifs avec Daniel Cahen, habitant Albi (Tarn), un branché du monde de la généalogie, ont permis d'assurer une certaine consistance sur la question. La famille Logé est désormais mieux caractérisée. Voici ce qui peut en être relaté, après avoir extirpé les éléments les plus probants du transfert de connaissances qui me sont parvenues, en les associant à mes propres découvertes.

 

     Le premier élément intéressant découvert résulte dans l'origine de cette famille Logé. Contrairement à l'idée découlant de l'avis de mariage leur procurant une origine anglaise, la souche Logé est assurément belge et plus précisément en provenance des communes de Floreffe et Fosses-la-Ville1, situées dans la Province de Namur, et cela depuis le XVIIIème siècle.

     Il s'agit d'une famille de musiciens qui se serait déplacée au préalable vers Bruxelles avant de s'installer alternativement en France et en Angleterre. Le grand-père de Mary-Cécile Woodruff Logé2, la mariée pour laquelle Paul Parfonry est attesté en tant que cousin, est un certain Henry Joseph Logé, originaire de Floreffe, marié à Cécilia Dejongh, un patronyme spécifiquement belge aussi. Le fils de ce couple, Henri Edouard Auguste Logé, né à Bruxelles le 12 janvier 1854, se marie en décembre 1886 à Paris (8ème), avec une demoiselle de souche américaine, Mary Ennis Woodruff, née à New York en 1856. Musicien précoce, il recevra le Grand Prix du Conservatoire de Bruxelles à l'âge de quatorze ans.

     La fille de ce couple, Mary - Cécile, est née une année plus tard en décembre 1887 dans la banlieue de Londres (Marylebone précisément). Baptisée selon le rite anglican et reconnue de nationalité britannique, cela résulte d'une évolution sociétale au niveau de son père. Ce dernier, disciple de Liszt, est arrivé à Paris vers 1870, après avoir développé son talent dans des salles sur la Côte d'Azur (Nice, Menton, Cannes, Marseille). Il s'est produit à de nombreuses reprises dans des concerts, notamment à la salle Erard à Paris en compagnie de Pauline Viardot (1821-1910)3, la célèbre cantatrice mezzo-soprano, soeur de la non moins célèbre Malibran (1808-1836) et à la Société Philarmonique de Bruxelles en compagnie de Jeanne Devries (1850-1924), autre cantatrice de grand talent ayant joué au Théâtre Lyrique à Paris et au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Différents articles du journal " Le Ménestrel "4 témoignent de son parcours et de la qualité de ses prestations. En voici deux extraits :

     Le Ménestrel du 06/03/1870 : " Le jeu de M. Logé est élégant et ferme à la fois. Nous dirions qu'il a devant lui un brillant avenir, s'il ne comptait déjà un beau présent "

     Le Ménestrel du 31/03/1872 : " Il suffit de voir et d'entendre ce poétique et sympathique jeune homme de 19 ans pour oublier nos vieux préjugés contre le piano et prédire, dans un avenir très prochain, une place de premier rang de nos virtuoses célèbres ....... Disciple de Chopin et Liszt, en attendant qu'il devienne leur successeur ou leur émule, il interprète avec une égale supériorité la musique des vieux maîtres ......Les doigts magiques d'Henri Logé, électrisés par les vives sympathies d'un auditoire d'élite, nous ont rendu, dans l'espace d'une heure, nos chers souvenirs du Conservatoire, nos douces émotions du théatre italien ...... (signé : A. De Pontmartin)

    Par la suite, Henri Edouard Logé s'installera en Grande-Bretagne où il acquiert la nationalité britannique tout en se convertissant à la religion anglicane, confession de son épouse américaine. Il a été professeur de musique à l'école de Guildehall à Londres, ce qui ne l'a pas dissuadé de donner des concerts à Bruxelles et à Paris. Pour une raison inconnue, il reviendra se fixer à Paris dès l'année 1887. Il continuera à y donner régulièrement des concerts. Celui du 15 mars 1887 chez le Comte de Kessler5 est relaté6. La presse parisienne continuait à le décrire comme un pianiste virtuose et un compositeur mélodiste de grand talent7. Nombre de ses compositions peuvent ainsi être retrouvées sur certains sites. Décédé le 18 février 1912 à Paris, peu de temps après le mariage de sa fille Mary-Cécile, sa dépouille sera transférée au cimetière anglican de Newport, situé dans le comté de Monmouthshire, Gwent au Pays de Galles. Ville au passé industriel avec notamment la fabrication d'acier, cet endroit de Newport ne résonne pas vraiment avec l'environnement musical antérieur du défunt. Son épouse a hérité des biens britanniques par testament holographique.

     Mary-Cécile est restée quelques temps habiter dans le quartier des Batignolles (17ème Arndt.) à Paris. Britannique à la naissance, elle acquerra également la nationalité française par son mariage en 1911 avec Henri Verne, le futur Directeur du Musée du Louvres. Si ce n'est sa profession de traductrice d'auteurs anglais (Lafcadio Hearn, Agatha Christie, Nathaniel Hawthome), et sa signature littéraire sous le nom de Marc Logé, on sait peu de choses sur sa vie pouvant expliquer ce choix en tant que signature attestée de ses traductions. Par un jugement du Tribunal de la Seine du 15 décembre 1916, on apprend qu'elle divorce, à peine cinq années après son mariage8.

      Elle devait se déplacer fréquemment dans le cadre de son travail sans doute pour y finaliser des contrats de traduction pour des maisons d'édition parisienne. Elle traversera au minimum trois fois l'Atlantique, rejoignant New York à partir du Havre, entre 1911 et 1915. Les passages vers Londres seront par contre plus fréquents entre 1912 et 1920, pouvant justifier l'existence d'un cabinet de travail dans cette ville.  Sa dernière traduction date de 1934, à l'âge de 47 ans, avec "Les Lettres Martiniquaises " l'une des oeuvres de Lafcadio Hearn.  Elle a du retourner probablement de manière définitive en Grande-Bretagne.

 

    Si au  final, on en sait un peu plus sur cette famille Logé, aucun lien pertinent n'est toutefois attesté avec la famille Parfonry. Il semblerait donc que l'on se trouve plus "sur une relation de fait que de droit ", selon Daniel Cahen. Qui a même été fouillé du côté de l'épouse de Paul Parfonry pour n'y déceler aucun lien familial. Par ailleurs aucune descendance Parfonry provenant d'une union libre en France avec ou non reconnaissance de paternité, comme il en avait beaucoup dans la capitale française dans les milieux ouvriers et artistiques du XIXème et dans la première moitié du XXème siècle, n'a été relevée. Rien n'interdit, toujours selon Daniel Cahen, que l'explication puisse se trouver en Grande-Bretagne du fait de l'établissement dans ce pays d'Henri Logé, près de Londres.

     Si le cousinage Logé - Parfonry n'est pas avéré, il n'en est pas de même pour celui entre Verne et Arnauné. Cannois de naissance, il existe une filiation avec les Arnauné via les belles familles maternelles9.

     Concernant Joséphine Logé qui serait enterrée dans le caveau familial des Parfonry à Créteil, il est probable qu'elle y serait par les bons soins de la famille Parfonry, en la considérant à son tour comme "cousine". Il y avait en effet sur Paris une crise sépulcrale importante jusque vers les années trente  avec un manque flagrant d'emplacement. Il en est résulté des " collocations sépulcrales " entre familles amies et l'argument du "cousinage" servait à tromper l'administration funéraire qui, de toute façon, ne faisait pas d'enquête généalogique pour accomplir les formalités d'enterrement. Des dizaines de  cas semblables dans la région parisienne et autres grandes villes françaises peuvent être ainsi recensés, particulièrement après la première guerre mondiale. Ce qui signifie, pour Daniel Cahen, que les relations personnelles ou professionnelles entre les deux familles devaient déjà être assez profondes. Quant à déterminer qui est cette personne, aucune réelle correspondance pertinente n'a été trouvée dans les relevés d'état civil de Belgique La seule perspective assez plausible serait qu'elle soit une soeur de Henri Edouard Auguste Logé, le père de Mary-Cécile. Cette piste peut en outre  être corroborée par l'idée qu'elle aurait migré vers Paris en même temps que son frère et y serait décédée assez jeune.

     La mention que la mère de Mary-Cécile a hérité des biens britanniques, au décès de son époux, peut expliquer que les biens mobiliers laissés à Paris aient été transmis à la famille Parfonry en reconnaissance de faits que cette enquête n'a malgré tout pas pu encore déterminer. L'espoir a pu naitre quand apparut sur l'acte de mariage Logé - Woodruff de 1886, la présence d'un personnage portant le nom de Lefèvre, nom qui est celui de la grand-mère maternelle de François-Xavier Parfonry. Il n'était question que du dénommé Antonin Lefèvre-Pontalis (1830-1903), influent député de la Seine, attestant déjà en soit des relations haut placées de la famille Logé à cette époque, et qui se verront confirmées lors du mariage Verne-Logé de 1911 par la présence du sénateur Léon Bourgeois, futur Président de la Société des Nations en 1919 et Prix Nobel de la Paix en 1920.

      Une petite lueur d'espoir reste selon moi à gratter. Celle du rôle qu'aurait pu jouer Alexis, le frère cadet de François-Xavier. Il est attesté qu'il a résidé également à Paris, non loin des ateliers de marbrerie, y travaillant probablement pour son frère. Décédé en 1876, il est peut - être celui qui  est à l'origine de ce " cousinage bizarre ". Alexis n'a eu droit pour l'instant qu'à un seul article, hélas assez peu vertueux (lire article : Alexis, le frère de François-Xavier, en traitement intensif).  Aller savoir !!!

 

1 L'annuaire téléphonique de ces deux villes ne mentionne plus de personnes portant ce nom de nos jours ; par contre, une étude de trois notaires Logé successifs a existé jusque récemment dans la ville proche de Namur ;

2 La mention dans l'avis de mariage sous la forme de Mary-Cécile Woodruff - Logé résulte à l'origine d'une transcription dans l'état-civil britannique de Mary Cécile Woodruff comme prénoms et Logé comme patronyme; par la suite, ce sont les officiers d'état-civil français qui ont interprété Woodruff, le nom de la mère, comme nom de famille, accolé à Logé, ce qui est faux vu que le Code Napoléon interdit le passage d'un nom de famille comme prénom. Si bien que la lecture officielle en France doit être Mary-Cécile Woodruff Logé, sans trait d'union entre Woodruff et Logé ;

3 Le Ménestrel du 20/04/1873 ;

4 Le Ménestrel est le journal des artistes musiciens du Paris mondain de la seconde partie du XIXème siècle ;

5 Comte de Kessler (1868-1937) : fils d'un banquier allemand et d'une mère de noblesse irlandaise, il grandit à Paris puis en Angleterre et en Allemagne ; se passionnant pour l'art moderne français, il crée une collection d'art d'une qualité exceptionnelle; il a joué un rôle d'intermédiaire culturel entre 1895 et 1914 dans l'histoire de l'art franco-allemand, s'opposant même aux idées du roi de Prusse Guillaume II  ;

6 Le Ménestrel du 27/02/1887 ;

7 Un livret intitulé : "Quatre mélodies pour chant et piano, paroles de Paul Verlaine, musique de Henri Logé" était en vente sur le site Priceminister ;

8 Henri Verne se remarie par contre peu de temps après le 15 janvier 1917 à Paris ; 

9 Henri Jean François Joseph Verne est né à Cannes en 1880 de Jean François Verne, directeur de journaux, et de Marie Hommey, l'aînée des 4 filles de Jean Hommey, musicien et organiste à Toulouse puis à Cannes; c'est par Marie Léontine Devers, son épouse, qu'il faut trouver l'explication du cousinage car cette personne, procédant d'une famille de libraire à Toulouse, est la tante d'Auguste Arnauné, lui-même né du mariage entre François Arnauné et Augustine Devers; Auguste Arnauné était Maître à la Cour des Comptes de Paris ;

    

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