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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 18:40

        Quoi de plus naturel de parler de ceux et celles qui se sont engagés dans le mouvement de Résistance au cours de la dernière guerre. Quoi de plus naturel aussi que l'on retrouve dans la famille des personnes qui ont choisi de défendre un concept de justice et d'humanité.

       A plusieurs reprises, dans ce blog, on a fait référence aux beaux-parents de Jacques PARFONRY. En premier lieu, Jean LASNET de LANTY, résistant ayant participé au réseau de renseignement belge Delbo/Zéro. Arrêté, il ne survivra pas aux conditions de détention du camp de travail de Vaihingen. Il sera décoré, à titre postume de l'Ordre de Léopold. Mais aussi, son épouse, née Henriette BABET, qui, après un passage par la prison de Fresnes, sera détenue au camp de concentration de Ravensbrück. Arrêtée le 12 janvier 1944, en même temps que son mari, elle trouvera le courage et la détermination d'ajouter son  témoignagne au dossier si lourd des crimes nazis.  Un livre intitulé " Sous la Schlague" 1 décrira son parcours, son calvaire. Avec, comme une approbation des faits qui y sont décrits, une préface de Geneviève De GAULLE, la nièce de qui vous savez, mais aussi résistante et déportée dans ce même camp de Ravensbrück. Henriette sera élévée au grade d'Officier de la Légion d'honneur, à titre militaire, dans la Cour d'honneur des Invalides, le 15 février 1964. Et contrairement à ce que pourrait constituer le mythe de la particule, Henriette, née dans une famille roturière, portait très naturellement la particule par son mariage sans en être obnubilée.

      Et comment ne pas être sensibilisé par ces combats de l'utile quand on a eu la surprise de tenir personnellement dans ses mains la lettre brodée sur un chiffon par Henriette dans sa cellule parisienne et qu'elle laissera tomber de la petite lucarne d'un wagon à bestiaux qui l'emmenait en Allemagne. Elle y fait aux siens ses ultimes recommandations. Cette lettre particulière, sera récupérée par un agent, encore anonyme de nos jours, des chemins de fer, qui la fera parvenir personnellement à ses enfants. Cette lettre, cousue dans un morceau de tissu, a été présentée tout un temps  à l'exposition sur la déportation au musée des Invalides. Et c'est sa fille Martine qui la détient de nos jours et qui nous l'a montrée à l'occasion de notre dernier séjour à Briou.

      Quant au livre, édité en quantité réduite, j'ai eu la chance d'en trouver un exemplaire dans la commune de Bulle en Suisse, numéroté 0000652, avec une dédicace de l'auteur, rédigée de sa main comme suit : A Madame Charlotte SERRE3, ma soeur douloureuse de Ravensbrück, avec l'assurance de ma profonde affection, Paris 11 Octobre 1965.

         Et comme autre péripétie de cette période douloureuse, on retiendra aussi, parmi tous ses résistants et résistantes, Jeannine BUDIN (1923-1982), qui deviendra en 1948, l'épouse de Pierre PARFONRY.

       Jeannine, dès le début de l’occupation nazie entrera dans la Résistance, aux côtés de son oncle Louis THOMAS, restaurateur à Tournus. Au début de la guerre, travaillant dans une administration, elle s’est mise à établir des faux papiers d’identité, en contribuant notamment à sauver une famille de juifs lyonnais, travaillant dans la fabrication de soie. Elle intégrera les Forces Françaises Combattantes en qualité d’agent P1 de mars 1943 à septembre 1944, dans le réseau Buckmaster4.  Agent de liaison, elle passait régulièrement de nuit, à bicyclette, la ligne de démarcation entre la zone libre et la zone occupée. Son action consistait à transmettre des lettres, des ordres d’action, des faux papiers, cousus dans la doublure d’une sacoche. N’ayant pas vraiment transmis de mémoire écrite, ses engagements dans la résistance restent peu connus. Selon l’historien André JEANNET5, Jeannine a du faire partie du service de délivrance des laissez-passer interzones sous l’ordre du Commissaire ESCUDE6. Ayant échappé plusieurs fois à la prison et à la déportation, elle a participé à l’accueil d’officiers et d’agents anglais7 ainsi qu’à des actes de résistance hautement dangereux et traumatisant comme la reconnaissance de jeunes camarades exécutés par les allemands. Elle en conservera d’ailleurs des séquelles pour la suite de son existence, telles que des angoisses et des inquiétudes.  

       La Médaille de la Résistance lui fut délivrée par décret du 31 mars 1947. L'Office National des Anciens Combattants lui accordera également en 1977 la carte de Combattant volontaire de la résistance.

       Après la guerre, Jeannine monte à Paris rejoindre son frère Joseph. Après un poste de secrétaire dans la rue du 29 juillet, elle sera engagée comme assistance par Robert LELEU, un ingénieur des mines en charge de l’évaluation des dommages de guerre. Ce qui lui permettra de sillonner le ciel de la France pour survoler les ruines du territoire en avion. C'est par cette vision aérienne qu'elle percevra réellement l'impact de la guerre sur les populations.

       Et pour aider à conserver vivace la mémoire, elle s'engagera par la suite dans un tourbillon d'activités associatives, notamment en devenant membre très active de l'Association des Médaillés de la Résistance Française puis Présidente des anciens Combattants et médaillés du 17ème arrondissement de Paris.

PS : Les éléments sur Jeannine BUDIN proviennent d'une note synthétique rédigée à mon attention par sa fille Agnès. Merci aussi à Gérard pour les quelques informations sur ses parents.

1 LASNET de LANTY Henriette (1965): Sous la Schlague, Imprimerie générale du Sud-Ouest, Bergerac, 262 pages ; Ce livre peut être trouvé sur des sites de vente de nos jours;

2 Il a été tiré de cet ouvrage cinq cent exemplaires numérotés de 1 à 500 ;

3 Charlotte SERRE est une héroïne de la résistance dans le Périguord ; déportée à Ravensbrück, elle en reviendra et se mettra  aussi à écrire des livres-témoignages (Rescapé de la nuit; de Fresnes  à Ravensbrück ); elle s'est également mise à rédiger des recueils de poésie ;

4 Réseau Buckmaster : réseau français créé en septembre 1942 par le colonel anglais Maurice BUCKMASTER et appuyé par le Special Operation Executive, rattaché à l’Etat major anglais ; ce réseau était actif dans la livraison d’armes et de matériels et dans le parachutage de nouveaux agents ;

5 André JEANNET : historien, auteur de plusieurs livres sur la Résistance dont : Mémorial de la Résistance en Saône-et-Loire- Biographie des résistants, 2005;

6 André Pierre ESCUDE (1916-1945) était commissaire de police à Tournus quant il  fut arrêté par la police allemande, déporté à Neuengamme puis au commando de Stöecken ou il décéda ;

Le film britannique « Odette agent S23 », relate l’activité d’une de ses agents de liaison, Odette SANSOM, héroïne française dans le réseau SPINDLE de Peter CHURCHILL, actif dans le S.E. de la France ;

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