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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 08:52

     Afin de concrétiser l'un des objectifs de ce blog, à savoir la collecte de renseignements sur tout ce qui a un rapport avec notre nom, j'ai profité d'être à proximité de la commune de PARFONDRU pour aller la découvrir.

BILD2538.JPG

      N.B. : Remarquons avant tout que la terminaison des noms de lieux en France se finit par ru contrairement à la Belgique ou la dernière syllabe est ry.

      PARFONDRU (02840) est une petite commune rurale française de 350 habitants, située dans le Département de l'Aisnes, à quelques km de la ville de Laon. Organisée à l'origine le long d'une seule rue, elle ne présente à première vue aucune particularité si on n'y fait que la traverser. Mais attiré par la consonance de son nom, un arrêt momentané s'avérait nécessaire. Que pouvait bien nous dévoiler cette commune, après en avoir fait le tour à pied ?

      Plus de commerces, quelques âmes farfouillant dans leurs jardins, un monument aux morts des plus classiques, une nef d'église sans particularité, une mairie fermée recluse dans une cour d'école, aucune activité agricole ou industrielle visible. Rien de bien palpitant. Une surprise tout de même, les horloges de l'église, collées à différents côtés de la tour, indiquaient l'heure juste, malgré leurs âges. On peut ainsi, en regardant la photo, déterminer l'heure de notre passage.

      Mais comment trouver la réponse à la principale question qui nous tarabustait ? Quelle était l'origine du nom de la commune ? Aucun ruisseau apparent ni aucune trace de ressources minérales ne permettent d'assurer un lien, même ténu, avec nos hypothèses d'un toponyme dérivant d'une vallée encaissée (Par le fond du ruisseau), ni d'une extraction de fer à l'époque romaine qui aurait abouti à la création du mot fonderie (fundus - rivus). Rien de tout cela. Il fallait manifestement se consoler avec l'évolution du nom de la commune que nous avions trouvé précédemment. En 1150, dans un cartulaire, on y avait indiqué, et quoi de plus naturel finalement quant on parcourt la commune, l'appelation de " Profonde rue ". Celle - ci se transformait en  " Parfonda Riva" en 1173, " Profundus Vicus " en 1217, " Parfondrue " en 1545 pour devenir définitivement " Parfondru " en 1804. C'était bel et bien la longue voie sinueuse qui avait servi de logique pour donner le nom. On remarquera l'alternance d'emploi de l'adjectif entre profond et parfond pour caractériser l'élément prédominant de sa dénomination. Il est vrai qu'il est plus judicieux, sur le plan de la consonance de nos jours de s'appeler PARFONDRY. Imaginez que l'évolution de la prononciation ait abouti à PROFONDRY. Cela aurait été encore un peu moins attrayant à supporter !!

                                                   Carte postale ancienne de Parfondru

         cartes-postales-photos-Environs-de-Laon-PARFONDRU-2840-6174.jpg     

                                            Vue actuelle (2011) de Parfondru 

                         BILD2546

      Pour étayer ce lien avec la rue du village, notre esprit curieux à été attiré par une petite plaque. Similaire à celle indiquant le nom des rues, il y est écrit " Impasse du château ". Perpendiculaire à la rue principale, sans voirie attenante, longée de quelques maisons basses, cette impasse nous amenait tout en montant, vers un tertre, couvert d'arbustes. En somme, un bosquet recouvrant ce que l'on pourrait comparer à un de ces tumulus si présents en Hesbaye brabançonne. Sur ce monticule, il y avait bien eu, il y a bien longtemps apparemment, un château. Peut-être l'une de ces mottes médiévales, érigées très tôt, qui furent à l'origine de l'implantation de la plupart des châteaux-forts. Le premier seigneur de Parfondru est en effet apparu en 1136 et jusqu'en 1765, avec un certain Claude, François de Vassault, chevalier et seigneur de Parfondru, le lieu fut habité. La révolution française est probablement passée par là et le château fut probablement abandonné et détruit. Par sa situation en surplomb de la route, on peut imaginer que le seigneur au Moyen âge, ait donné cette appelation de " Profonde rue ", considérant la dénivelée par rapport à son domaine comme suffisamment marquante pour la laisser à la postérité.

      Une fois le nom décrypté, il nous restait cependant d'autres aspects à recueillir. Pénétrant dans la cour de la petite école donnant accès à la Mairie, nous rencontrâmes l'une de ces âmes du village. Grâce à sa bienveillance, il nous fut raconté ce qui constitue manifestement l'une des anecdotes les plus incongrues entendues à ce jour. Pourquoi les habitants de cette commune sont-ils appelés des Paillefoins et non tout logiquement des Parfondrutains? BILD2559.JPGLe symbole du village, représenté sur le mur de l'école, est constitué d'une paire de sabots en dessous desquels on trouve la mention de " Paille - Foin ". L'explication qui en découle est dans la logique de ce monde rural qui était tourné essentiellement vers l'agriculture.

       L'origine du mot Paille-Foin 

      Les volontaires choisis pour constituer une brigade de pompiers, étant peu éduqués, se mêlaient dans les pas lors de défilés, ne reconnaissant pas la droite de la gauche. Pour remédier à ce problème de cohérence, quelqu'un eut l'idée de mettre de la paille dans le sabot de gauche et du foin dans celui de droite. Habitué par le labeur quotidien à faire très facilement la différence entre ces deux produits du terroir, nos jeunes recrues de pompier marchaient à la cadence de " Paille - Foin " au lieu de " Gauche - Droite ". Il fallait y penser. Ce qui, à la réflexion, poserait très certainement de nos jours quelques problèmes à certains habitants des villes, n'ayant jamais fait la différence entre une botte de paille et un ballot de foin.

      Et après cette anecdote du terroir, nous n'avions toujours pas fini d'en apprendre toujours plus. En lisant le panneau explicatif près de l'église, on y découvre l'intérêt botanique particulier de cette commune. En raison de la nature de ces sous-sols, à la fois calcaire et sableux, on y rencontre différents types de végétation qui en fait une sorte d'identité remarquable pour tout le Nord-ouest de l'Europe. Des prairies sèches, des marais alcalins à potamots (plantes aquatiques), des landes sèches, des bois de montagne et des pâtures humides se rencontrent sur quelques km2, au grand bonheur des promeneurs. Des plantes de montagne y côtoient des espèces caractéristiques de milieux plus chauds et secs. Des chantiers nature sont organisés pour réouvrir à des espèces endogènes, comme la linaigrette (cypéracée), ces pâtures humides alcalines, envahies de nos jours par les bouleaux.

     Il nous reste à croire que cette commune fut créée par les Vikings au cours de leur longue pénétration vers l'intérieur des terres au cours du IXème siècle. En rappelant que si l'on trace une ligne reliant les différents lieux portant notre toponyme, démarrant dans le village de Parfouru, près de Caen, en Normandie et aboutissant au village de Parfondruy, près de Stavelot en Belgique, on aboutit à une ligne droite comme si on refaisait le chemin de ceux qui réussirent à s'intégrer dans le milieu, tout en faisant preuve d'un peu trop d'esprit guerrier. Et de constater surtout que la région de Laon fut une de leurs installations les plus marquantes tout comme la vallée de l'Amblève en Belgique, le long de laquelle se situe le village de Parfondruy. Sans omettre qu'à proximité se trouve également des villages de Montaigu et de Clermont, tout comme ils en existent dans les autres lieux de notre toponyme. Quant on sait que la famille de Montaigu est reconnue comme de souche normande avec certitude, peut-on encore parler de simple coïncidence !!

     On pourrait également s'en référer au fait que l'épouse de Pépin le Bref, Berthe au Grand Pied, soit la fille du Comte de Laon. Ce qui témoigne d'un contact assez étroit avec la région liégeoise, d'où est issue la lignée de Charlemagne, pouvant également expliquer l'apparition du toponyme aux deux endroits. 

 

    Mais tout cela peut être dérisoire. In fine, la petite école communale avec ses quelques 15 élèves semble, selon les dire, condamnée. Malgré l'attrait résidentiel de la commune, au vu de sa proximité de Laon, le nombre de petits Paillefoins reste insuffisant pour la péréniser. Une si jolie histoire locale ne peut se perdre. C'est à quoi cet article dans ce blog peut aider.

 

 

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commentaires

Paul LAURANT 18/06/2011 15:19


Bonjour ,
Vos blogs sont si souvent agréables à lire que je veux vous dire le plaisir que m'ont procuré les lignes d'aujourd'hui. C'est de la belle Histoire, pleine d'incertitudes et d'incises qui portent à
la rêverie, voire même au doute. Peut-être découvrirez-vous d'aussi amusantes pistes à la "Sherlok-Holms" quand vous aborderez la région de Neufchâteau??? Merci et Bravo. Paul