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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 17:36

        Le 19ème siècle, dévolu à l'émergence d'un développement industriel intense, reste une période peu connue en matière de techniques d'extraction de matériel noble non transformé. Comme si les outils de transformation, travaillant à partir des énergies fossiles comme le charbon et le bois, avaient occultés les autres formes de travail qui demandaient un savoir-faire se perpétuant depuis des générations.

      Une certaine prise de conscience semble de nouveau voir le jour pour remettre en mémoire ces travaux nécessitant une main d'oeuvre éduquée et disciplinée. L'industrie marbrière est un exemple révélateur de cet oubli. Ce 19ème siècle sera par ailleurs le siècle des Expositions Universelles, lesquelles se succèdent à un rythme important comme vitrine pour promouvoir la production non seulement des pays mais aussi favoriser le développement des échanges internationaux.

     Dans ce contexte de renouveau, un colloque s'est tenu du 14 au 16 juin à Paris au Centre national des arts et métiers (CNAM), avec pour thème " Les Expositions Universelles au 19ème siècle - Techniques, publics, patrimoine" . Et dans ce cadre, une doctorante belge, Joëlle PETIT, y a présenté une communication intitulée " Stratégies et valorisation des métiers et techniques du marbre aux Expositions universelles en France au 19ème siècle ". Elle prépare actuellement une thèse de 3ème cycle au CDHTE (Centre et histoire des techniques et de l'environnement), intitulé " Le rayonnement des marbriers wallons par l'étude de quelques chantiers et réseaux commerciaux en Belgique, en France, du Consulat à la première guerre mondiale "

      Rassemblant toute l'information nécessaire, son sujet fait ressortir particulièrement le rôle prépondérant de François-Xavier PARFONRY. Etalé sur 16 pages, l'exposé n'est pas repris dans son intégralité, me limitant dans l'article de ce blog à faire ressortir deux priorités.

      La première est destinée à rappeler les éléments historiques essentiels permettant de mieux comprendre les changements opérés durant ce siècle. La seconde priorité vise bien entendu à faire apparaître les aspects directement reliés à notre marbrier patrimonial. Tous les éléments mentionnés sont repris de la communication de Joëlle PETIT, et plus spécifiquement " in extenso " pour ce qui se rapporte à François-Xavier. Indéniablement, il a été le marbrier de référence tout au long de la seconde moitié du 19ème siècle.

  

Extraits du document de Joëlle PETIT

       A. Synthèse historique

      Au début du 19ème siècle toutes les carrières de marbre sont complètement laissées à l'abandon en France. Il ne reste pratiquement plus rien de la richesse et de la diversité de ce secteur de production, si intensément exploité depuis l'époque de Louis XIV et plus particulièrement la construction du château de Versailles.

      Une prise de conscience progressive et un nouvel essor vont resurgir cependant dès 1823 suite à la modification du tarif douanier favorisant la protection des exploitations françaises et l'élaboration d'un état des lieux sur la situation des carrières.

       Un autre facteur primordial va également promouvoir ce nouvel engouement, à savoir le programme de construction débutant sous le second Empire sous l'égide de Napoléon III (not. rénovation du Baron HAUSMANN à Paris). Celui-ci donnait une nouvelle impulsion à l'industrie marbrière française, qui se voyait par ailleurs valorisée à l'occasion des différentes expositions nationales et universelles qui fleurissaient durant ce 19ème siècle.

      C'est dès l'année 1844 mais surtout à partir de l'Exposition Universelle de 1855 à Paris que cet essor va être particulièrement marqué.

      Et manifestement François-Xavier a participé à ce dynamisme. Son passage initial par Boulogne-sur-Mer, vers 1840, même s'il n'en reste aucunes preuves tangibles, n'a pu se réaliser qu'au contact du sculpteur-marbrier GAUDY, qui exploitait à cette époque 3 carrières dans la région (Marquise, Rinxent,....). Ce dernier, utilisant 22 ouvriers en atelier et 120 à l'extérieur, exportait par ailleurs sur la Belgique et la Hollande.

(ndrl : La liste de ces 22 ouvriers reste à découvrir pour qu'on puisse attester de la présence effective de François-Xavier. Un peu plus tard, il se retrouvait à Paris comme contremaître dans une marbrerie. Sa carrière débutait) 

       B. François-Xavier PARFONRY

        Premier extrait 

      Lors de l'Exposition universelle de 1867, Parfonry et Lemaire (Paris) reçoivent la médaille d’or pour une grande cheminée de salle à manger en marbre rouge antique des Pyrénées, de composition architecturale avec des moulures ornées à deux tons ; les cariatides, poissons, engins de pêche et autres ornements du même marbre.  Les effets de mat et de poli se combinent dans le cadre, qui renferme un bas-relief en marbre blanc représentant un milan piquant sur un canard, sculpté par Cain, l’un des meilleurs sculpteurs animaliers.  « Harmonie, simplicité des lignes et fini de l’exécution caractérisent cette composition ».  Médaille d’or aussi pour une cheminée Renaissance en marbre noir avec des têtes de lion et une frise de coquilles, où le poli des lignes architecturales est combiné avec les parties mates des sculptures.  Ils exposent pour la première fois, mais sont connus pour les fontaines de la place de la Madeleine, la colonnade et le plafond Renaissance du vestibule de l’hôtel du prince Demidoff à Paris et le grand escalier d’honneur et la rampe de style Louis XIV sculptée à jour, du palais du prince Youssoupoff à Saint-Petersbourg.  Leur publicité, en français et en anglais, figure dans le guide général de Paris pour les visiteurs et exposants : « marbrerie sculpture artistique et commerciale, usine à vapeur, scierie de pierre et de marbre, vastes galeries contenant 6000 cheminées en marbre français et étranger de tous styles – tombeaux, autels, carrelages, éviers, mangeoires etc.  Fabrique spéciale de marbres pour meubles – commission – exportation, succursale ».  

      Deuxième extrait

      L’Exposition universelle de 1878 voit la suprématie du marbrier Parfonry.  Sa carrière est résumée dans le rapport de la classe 18.  Il a dirigé les ateliers Dupuy à Paris en 1856 et repris la société.  Il occupe 150 ouvriers, a une machine à vapeur, des scieries, débiteuses, tours, plaques tournantes, machines à percer et une grue sur rails pour la manutention des blocs.  Médaille d’or, notamment pour un vase en cipolin antique de 1,5m de hauteur, taillé dans un bloc provenant de fouilles à Rome en 1868.  (Médaille du mérite à Vienne en 1873, médaille unique à Philadelphie en 1876).

        Troisième extrait  

      Le décret du 24 décembre 1881 instaure la commission d’enquête sur la situation des ouvriers et des industries d’art.  Le 21.01.1882, Parfonry y témoigne en son nom et pour le président de la chambre syndicale.  L’industrie marbrière est prospère, mais les exportations ont diminué de 3/4, les objets d’art se faisant sur place.  La majorité des travaux sont dans la construction, dont 1/8e de fabrication artistique ; il a peu d’apprentis mais son entreprise occupe 176 ouvriers et 8 à 10 sculpteurs de bâtiment.  Le prix de la journée de 10h est de 8 frs ; seul le polissage est mécanique, la mécanisation restant peu rentable.  La moitié des ouvriers est belge et il estime que le seul moyen d’améliorer l’industrie est de développer le dessin et le modelage ; ce qu’il a tenté de faire, avant la grève des ouvriers marbriers en 1869 et la guerre. 

         Quatrième extrait

      Lors de l'Exposition universelle de 1889, les marbriers de référence sont Parfonry et Huvé frères, à la première place de la marbrerie parisienne.  La production industrielle de marbre en France est de 30 millions de fr, l’exportation, de 5 millions.
Parfonry est membre du jury, hors concours.  Il expose notamment 4 cheminées Louis XIV, une Louis XVI et un dressoir de salle à manger de plusieurs tonalités, en sarrancolin des Pyrénées, composé pour l’exposition, qui comporte des « incrustations de portor, du petit et du grand antique, du vert et du rouge antique, de la fleur de pêcher, des onyx blanc, agatisé et rubané d’Algérie, du gris du Portugal, du bleu flambé de Corse, de la brèche rouge de Corse, du paonazzo, de la brocatelle d’Espagne, de la griotte ronceuse et du vert campan.  Les grains, les frises et les cornes d’abondance du fronton sont sculptés en marbre blanc statuaire ».  Deux jeunes ingénieurs collaborent avec lui.  Sa publicité liste ses titres : médailles d’or à Paris en 1867 et 1878, Vienne 1873, Philadelphie 1876, Havre 1878, Melbourne 1881, diplôme d’honneur et médaille d’or à Bruxelles en 1888, lauréat du congrès des architectes, membre du jury hors concours lors de l’exposition universelle de Paris 1889.

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