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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 10:52

      Joannes-Petri, le premier de la lignée, n’est très certainement pas né dans ce village et son mariage n’y a pas été enregistré. Le répertoire des dates de naissance remonte à 1651 et celui des dates de mariage à 1635. En fonction de la date de naissance de son fils en 1762, il doit être né bien après 1700. Il a du arriver au début de la phase de croissance de la population, postérieure à 1742, ce qui pourrait être un indice pour en déterminer sa provenance.

 

Acte de baptême de Jean PARFONDRIJ du 16 avril 1762[1]

 
           16 aprilis baptizatus est joannes filius illegitimus joannis petri parfondrij et elisabetha lambrechts
           Testis : joannes terwagne et philippina lambrechts

 

Ce qui est certain, c’est que la branche de Neerheylissem y est installée depuis la naissance relatée de Jean en 1762, reconnu, sur l’acte de baptême, fils illégitime de Jean-Pierre PARFONDRIJ et d’Elizabeth LAMBRECHTS. Cette indication offre la possibilité de donner différents interprétations qu’on ne peut approfondir. La naissance hors mariage reste probablement la plus plausible. Ayant été innocenté définitivement en 1761, on ne peut y voir l'existence d'un bannissement l'empêchant de régulariser sa situation. On ne dispose d’aucuns renseignements sur l’origine de cette branche. Au vu des données répertoriées sur l’origine des migrants, la piste des villages de Bertrée/Avernas doit être envisagée. Elizabeth LAMBRECHTS, quant à elle, la mère déclarée de l’enfant, serait originaire du village de Budingen, situé dans la province du Limbourg, à 18 km au Nord de Neerheylissem. Et, il est probable, après avoir compulsé les registres du CRHG, qu’elle a épousé ensuite, le 13 avril 1766, Thomas KYSIN, dont elle aura six enfants (Elisabeth, Marie-Anne, Jean, François, Lambert et Célestine) entre 1767 et 1784. Quatre de ces enfants se marieront à Neerheylissem. Et curieusement, les registres de baptême mentionnent une Marie-Anne PARFONDRIJ, née le 22/01/1766, soit trois mois avant son mariage avec Thomas KYSIN. On peut croire qu’elle a donné ce même prénom à son autre fille, née le 28/06/1769, signifiant que la première était sans doute décédée entre-temps.

 

Le fait que le témoin du père, nommé Jean TERWAGNE, ne soit pas un proche de la famille ne peut que confirmer une installation récente. Pour le choix de témoins, il est plus légitime de trouver une personne de même lignée pour valider une naissance. Ce qui est le cas de Philippine LAMBRECHTS[2], le témoin de la mère, âgée de 26 ans. La famille TERWAGNE s’est installée aux environs de 1700 à Neerheylissem[3] soit très certainement avant l’arrivée de Jean-Pierre PARFONDRIJ. Il doit s’agir probablement de Jean TERWAGNE, né le 26 mars 1701, âgé de 61 ans, fils des premiers migrants Joaquim TERWAGNE (1672-1716) et Marguerite RENQUIN (1672-1749). Le fait d’envisager un enfant mineur d’âge comme témoin semble peu probable, ce qui nous conduit à ne pas retenir Jean, le fils de Pierre TERWAGNE et d’Elisabeth MATTOT, né en 1746 et âgé par conséquent de 16 ans au moment de la naissance. Fait autrement significatif, cette famille TERWAGNE devait très certainement habiter à ce moment dans la rue des Charrons car on la mentionne lors du recensement de 1796.

 

Il est très probable que ce Jean-Pierre PARFONDRY, originaire de Bas-Heylissem, arrêté comme vagabond, soit le père de l’enfant baptisé en 1762. Il a été déclaré innocent en 1761[4]. Manifestement, le personnage de Jean-François PARFONDRIJ apparaissant dans le livre de TARLIER et WAUTERS, condamné pour vol dans des églises, emprisonné à la prison de Steenpoort[5], ne serait autre que ce Jean - Pierre[6]. Il est possible que dans les actes de ce procès, on retrouve des renseignements intéressants sur la parenté de ce Jean-François, alias Jean-Pierre. Le cadre et la comparaison des différents articles retrouvés et repris ci-dessous indiquent que l'on se trouve dans la même configuration de situation, à savoir l'arrestation, la comparution devant un tribunal, la citation du Prévôt de L'ESCAILLE, avant d'aboutir finalement à sa libération. Les dates sont manifestement en cohérence avec l'acte de baptême de son fils illégitime.

 

Différents documents mentionnent des faits en rapport avec cette affaire judiciaire. Elle arrivait après plusieurs autres, dont celle s’étant déroulée dans le village proche d’Orp-le-Grand. Une traque organisée par la Compagnie du prévôt de l’Hôtel avait permis l’arrestation d’un certain nombre de personnes. Quatre personnes de la famille VINQUART, accusées de vol, avaient ainsi été condamnées à la peine de mort par le seigneur local, après avoir également été emprisonnées à la Steenpoort par le Prévôt de l’Hôtel. Un procès sommaire mais néanmoins ruineux avait provoqué la mise en curatelle de la seigneurie d’Orp.

 

A la lecture des dates mentionnées, la chronologie des faits restent à clarifier. Par rapport à la famille VINQUART d’Orp, arrêtée en 1750, son arrestation s’est déroulée après. En considérant que la date de 1752 soit celle de son arrestation, on en conclut qu’il a probablement été emprisonné à la Steenpoort en même temps que les VINQUART. Ces derniers ont en effet vu leur procès retardés dès la fin 1752 en raison de la mise en curatelle de la seigneurie d’Orp. Finalement condamnés à la pendaison en 1754, on peut considérer que ce retard a été bénéfique pour Jean-Pierre. Les manœuvres du Prévôt de L’ESCAILLE avaient attirés entretemps l’attention des autorités. Sans doute condamné peu après, cette décision sera suivie d’une reconnaissance en 1759 et finalement d’une déclaration d’innocence en 1761.

 

Sur l’environnement direct de ce Jean-Pierre PARFONDRIJ, on apprend qu’il habitait à ce moment Opheylissem. Même si son nom n’est pas mentionné dans le texte, les informations qui y sont contenues sont en totale cohérence avec d’autres documents. Et qu’en outre, il aurait des parents qui seraient intervenus au niveau du gouvernement pour lui éviter la condamnation à mort ordonnée par le Prévôt, est une indication éclairante sur son cadre de vie. La mention de son lieu d’habitation et l’existence de parents sont par conséquent des preuves que Jean – Pierre n’était pas vagabond mais surtout qu’il devait être originaire d’un village situé à proximité.

 

La criminalité dans les campagnes du Brabant à cette époque était du ressort du prévôt de l’Hôtel Louis de L’ESCAILLE[7], nommé à ce poste par l’Impératrice Marie-Thérèse en date du 16 septembre 1750. Les abus fomentés par ce prévôt ont fait l’objet d’un rapport à l’Impératrice, conduisant à une révision de la procédure judiciaire. Jean-Pierre aurait été arrêté et condamné de manière abusive. Sans compter que ces abus pouvaient conduire à la peine de mort, par des méthodes d’une autre époque, il n’est pas improbable, qu’il ait évité ce « supplice infamant » comme mentionné dans l’un des extraits ci-dessous. Le fait de le considérer comme » surcéant » [8], s’acquittant par conséquent de payer un impôt, implique qu’il n’était pas dans une situation de vagabondage. Sans ce sursaut de démocratie en 1759, on ne pourrait sans doute pas parler de cette saga aujourd’hui.

 

Le cas de Jean-Pierre apparaissant dans un certain nombre de documents d’analyse, démontre qu’il a été à l’origine d’une modification de l’organisation de la justice criminelle à cette époque. Celle-ci relevait encore pour certains aspects de la période du Moyen âge. Une justice rurale, aux mains des seigneurs locaux, le plus souvent sans moyens, continuait à fonctionner aux côtés des justices du Prévôt, plus centralisatrices, créées au 15ème siècle par Charles le Téméraire et élargies par Charles Quint. Mais aussi en présence du Drossard[9] du Brabant, charge remontant au 13ème siècle, relevant uniquement des ducs de Brabant[10], et le plus souvent transmise de façon héréditaire moyennant le paiement d’un don aux finances royales.

 

La juxtaposition du Prévôt de l’Hôtel et du Drossard du Brabant[11] engendrait en outre un certain conflit entre le pouvoir de police et celui de justice dans cette partie du territoire. L’émiettement territorial des Pays-Bas autrichiens, particulièrement dans l’est du Brabant où existaient des enclaves de la Principauté de Liège, rendait encore plus difficile le contrôle du vagabondage qui s’intensifiait, en particulier à la suite de l’occupation française de 1746 à 1748. Le coût de la procédure criminelle excédait les capacités des justices seigneuriales qui préféraient ignorer ces faits, d’autant plus que les accusés sont habituellement pauvres et les confiscations insignifiantes. L’existence d’une procédure sommaire, peu coûteuse contre les vagabonds, et une absence de critères, ont induit un effet pervers, permettant aux justices seigneuriales de faire passer des personnes relevant de leur tribunal comme vagabond. Découlant d’un droit criminel remontant au Moyen Age, ce système conduisait à des pratiques de torture et d’exécution capitale.

 

Dans ce contexte, le Prévôt De L’ESCAILLE aurait été enclin, de connivence avec des seigneurs, à changer le statut de certains contrevenants, de favoriser la corruption, de détourner les soldes.  Dès 1759, à propos de l’affaire Parfonry, des irrégularités graves ont été constatées dans la gestion de la Prévôté Générale de l’Hôtel. Le Prévôt voulait condamner automatiquement à la pendaison tout individu arrêté en rupture de ban. Une enquête diligentée en 1763 allait mettre en évidence tous ces abus, obligeant le Prévôt à se démettre de sa charge en échange de l’abandon des poursuites. Ce qui conduisit à une réforme générale de la justice criminelle.

 

Sur le plan historique, la guerre dont il est question dans l'article de TARLIER et WAUTERS est la Guerre de succession d'Autriche (1740-1748), faisant suite au décès de l'Empereur Charles VI. Plusieurs prétendants s'étaient affichés : François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Charles VI mais aussi Charles-Albert, électeur de Bavière ou Frédéric-Auguste, électeur de Saxe et roi de Pologne. Et pour mieux analyser le contexte, le Prince - Evêque de Liège n’était autre que Jean-Théodore de Bavière, le frère de Charles de Bavière, soutenu par la France. Pendant cette guerre, deux batailles consécutives à Rocourt (11/10/1746), près de Liège et à Lauffeld (2/07/1747), près de Maastricht  furent particulièrement meurtrières et douloureuses pour cette région de la Hesbaye. En raison de son statut de neutralité perméable, la population de la Principauté de Liège a payé un lourd tribut à la présence des armées qui la sillonnaient. L’armée française prenait de fait ses quartiers d’hiver en territoire de la Principauté tout en occupant les Pays-Bas autrichiens de 1746 à 1748[12].  Cette présence de soldats allait souvent de pair avec des pillages et des réquisitions. Ce qui explique le déménagement de certains mobiliers dans des églises, à l’origine de l’arrestation de notre ancêtre. Et en plus, ces régions frontalières, notamment celle à l’est du Brabant, étaient particulièrement vulnérables au phénomène de déplacement de populations et de vagabondage entre le territoire de la Principauté de Liège et les régions avoisinantes. Les dates du pillage s'inscrivent indéniablement dans la période d'occupation française.

 

Au vu de tous ces éléments, on peut émettre l’hypothèse que ce Jean-Pierre est arrivé à proximité de Neerheylissem, en provenance d’une commune proche de la Principauté de Liège, durant cette période instable entre 1746 et 1748. Et qu’en conséquence, il s’y était déjà installé et n’était plus vagabond au moment de son arrestation quelques années plus tard. Par les recensements disponibles, il est démontré que l’accroissement de la population s’est opéré à Neerheylissem dans les premières décennies après 1742.


[1] Sur la base d’une photo prise par Agnès PARFONRY aux Archives du Royaume à Bruxelles ;

[2] Philippine LAMBRECHTS, fille de Daniel LAMBRECHTS et d’Anne GARNON, est née le 08/04/1736 et décédée le 06/11/1792 ; elle s’est mariée le 13/10/1765 avec Lambert PAQUOT originaire de Fumal ;

[3] DELANDE Jean, 1999 ;

[4] TARLIER Jules et  WAUTERS Alphonse (1872) : Géographie et Histoire des communes belges. Province de Brabant. Canton de Jodoigne, Bruxelles ;

[5] Steenpoort : une des 7 portes de la 1ère enceinte de Bruxelles construite au 13ème siècle ; située à l’extrémité de la rue Haute au Moyen Age ; utilisée comme prison et détruite en 1760 ;

[6] C’est probablement la piste la plus sérieuse pour remonter l’arbre généalogique ;

[7] De L’ESCAILLE : Famille originaire du Brabant wallon, installée à Tirlemont en 1704 ; il a construit en 1785 une maison à Bruxelles, face au parc, côté rue Royale, qui s’est appelée ensuite « Hôtel du prince de Galles » ;

[8] Surcens : mot d’origine moyenâgeuse : loyer en argent ou en nature, payé par le tenancier d’une censive au seigneur censier (Larousse Universelle 2 Vol., 1923); rente complémentaire qui pouvait s’ajouter aux cens (Grand Larousse, 1973) ;

[9] Drossard : agent du roi à la tête d’un baillage dans le Nord de l’Europe (synonyme : Sénéchal) ;

[10] Duché de Brabant : dernier territoire féodal relevant de l’ancien duché de Lotharingie, issu du partage de l’empire de Charlemagne ;

[11] La Compagnie du Prévôt de l’Hôtel était habilitée à intervenir sur tout le territoire des Pays-Bas autrichiens tandis que celle du Drossard de Brabant agissait dans le seul duché de Brabant, à l’exclusion des villes ;

[12] Avec les prises successives de Bruxelles, d’Anvers et de Maastricht en 1746, après la bataille de Fontenoy (10 mai 1745), près de Tournai. L'armée française du Maréchal de Saxe avait vaincu l'armée alliée (Autrichiens, anglais, hollandais, Hanovre) du duc de Cumberland, fils du roi d'Angleterre. Cette guerre se termina par la Paix d'Aix-la-Chapelle, par laquelle le roi de France Louis XV abandonna toutes ses prétentions sur les conquêtes sans la moindre contrepartie. C'est cet épisode qui mit en exergue l'expression de VOLTAIRE " faire la guerre pour le roi de Prusse ". La Prusse, restée très discrète, récupéra la Silésie et fut la seule partie gagnante de ce conflit.

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