Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 15:48

       La lignée des chevaliers de PARFONDRY (ou de PARFONDRIEU, voir de PARFONRIWE) est attestée aux abords de la localité de Saint-Séverin en Condroz, à partir de 1261 jusque l'année 1398 en ligne directe1. Durant cette période, on a pu y enregistrer  cinq générations de chevaliers. Originaire de la région de Comblain, cette lignée descend de la famille de LEXHY qui comptait en son sein la fine fleur des chevaliers de Hesbaye à cette époque. Sa branche ainée a certes conquis sa réputation par les armes avant de donner une série successive de trois commandeurs de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem aux environs de 1363 jusqu'en 1411, en s'octroyant une présence passagère sur l'île de Rhodes, lieu de refuge de cette confrérie religieuse après avoir été évincée de Saint-Jean d'Acre (voir article : Des chevaliers de Parfondry à la Commanderie de Chantraine )

        Des documents attestent également que deux de ces chevaliers, à savoir le premier de la lignée et son fils, ont été enterrés dans la chapelle du lieu Parfondry, en bordure de Meuse, ce qui ne laisse bien sur aucune équivoque sur le lien que cette famille avait avec ce lieu (voir article : D'autres sépultures de la lignée des chevaliers de Parfondrieu ). Ce lieu n'était probablement pas un fief, dans le sens moyenâgeux du terme, mais un lieu d'implantation et sans doute d'habitation. Des documents de 1340 et 1380 font référence à des actes de redevance et de cession de biens au sein de membres de cette famille (voir article : La terre de Parfondry a bien existé ).

         Le début du XIVème siècle marque le début de la suppression de la chevalerie. Une nouvelle ère, plus axée sur le travail et non sur les guerres voyait le jour. C'est ainsi que les branches cadettes ont du s'adapter à l'évolution de leur temps.

     Quelques dates2 résument cette période de transition entre la chevalerie et le développement d'une activité économique, donnant naissance à une bourgeoisie.

1269 : premier soulèvement important liégeois contre l'autorité épiscopale;

1288 : Première mention d'un métier (union d'artisans) au sein de la Principauté de Liège, celui des tanneurs ;

1313 : La Paix d'Angleur décide que nul ne pourra faire partie du Conseil de la Cité (Liège en l'occurence) s'il  n'est pas préalablement  inscrit dans l'un des 25 métiers ;

1316 : La Paix de Fexhe introduit le partage du pouvoir à l'intérieur de la Principauté de Liège, entre le prince et le  pays ;

 1298 à 1325 : guerre des Awans et des Awirs, qui a eu comme résultat de décimer la chevalerie hesbignonne et condruzienne et marqua le début de son déclin ; le peuple de Liège arracha de multiples libertés au Prince-évêque qui avait perdu la force de la noblesse comme alliée; cette guerre contribua à assurer la suprématie de la bourgeoisie

1330 : reconnaissance officielle des métiers (qui culmineront au nombre de 32) ;

1333 : début d'extraction du charbon à Berleur, près de LIège;

1382 : les 32 métiers élisent les deux bourgmestres et la totalité des jurés (conseillers) ;

     L'un des principaux secteurs en développement fut sans aucun doute l'extraction minière. SI celle de la houille prenait son essor qu'elle pérennisera jusqu'à une date récente, d'autres minerais furent également convoités, tels le zinc et le plomb, comme l'atteste l'extrait qui suit.

De nombreux gisements de zinc et plomb ont été exploités le long de la Meuse, de Namur (Vedrin) jusque Liège (Engis). Le gisement de Landenne a l'avantage d'être encore aujourd'hui "visitable"; ce qui n'est malheureusement plus le cas pour la majorité des autres gisements mosans.(Source : Le site des minéraux belges) ;

      Le lieu de Parfondry était situé en rive droite de la Meuse, en amont de la localité d'Engis, et en face de l'abbaye de Flône. C'est particulièrement cette situation qui permet de connaitre avec un peu plus de détails le type d'activités opérées par cette famille, relevant de ces chevaliers et commandeurs.  L'extrait suivant fait ainsi référence à Henri de Gueldre qui fut Prince-évêque de Liège de 1247 à 1274. Ce Prince-évêque, un peu trop autoritaire, a été obligé de revoir sa copie face à la détermination de ses ouailles. C'est lui qui est à l'origine de la première révolte importante de 1269 des liégeois. Et précisément, dans l'extrait suivant, daté de 1269, il est fait référence à cette abbaye de Flône, située sur la localité d'Amay, dont on restitue les mines de plomb. Abbaye, située en rive gauche mais qui possédait par ailleurs des terres de part et d'autre de la Meuse comme l'atteste l'existence de plusieurs fermes en rive droite (not. ferme de Hottine).

Le 30 avril 1269, Henri, évêque de Liège, restitue à l'abbaye de Flône les mines de plomb et la gestion de la ville de Flone qu'il avait fait saisir indument (Source : .........) ;

      Grâce à cette information essentielle, on peut, sans détour, la relier à l'extrait suivant qui se rapporte à des mines de plomb et d'argent entre Huy et Amay. La personne dont il est fait mention, Ameil de Parfonriwe, est en fait l'arrière-petit-fils du premier de la lignée. Mais aussi le fils d'Aely de Parfondry, l'une des branches cadettes. Et phénomène très marquant les quatre enfants de cet Aely, bien que mariée avec un certain Bauduin d'Achou, qualifié de bourgeois3 de Liège, conserveront le patronyme de la mère. Deux explications concourantes peuvent en être apportées. L'importance acquise par cette famille pourrait en être la raison majeure, associée au décès précoce du mari en 1349. Par ailleurs, cet Ameil de Parfondrieu se mariera avec une fille de la famille illustre du seigneur du château de Geneppe4 (qui était très probablement une lointaine cousine). Il a bien été renseigné comme résidant à Flémalle, dans la banlieue liégeoise, comme le confirme l'extrait ci-après.  On peut situer ce document, en fonction de la généalogie, dans la seconde moitié du XIVème siècle.

Amele de Parfonriwe, manant5 à Flémale, prend en emphytéose, avec consorts, les mines de plomb et d'argent situées des deux côtés de la Meuse, entre Huy et Amay (Source : Jacques de HEMRICOURT) ;

      Son frère ainé, Jean de Parfondrieu deviendra, quant à lui Secrétaire du Tribunal des XII lignages et de la ville de Liège, fonction qu'il exercera pendant quarante années.  Cette institution fut créée au terme de la guerre des Awans et des Awirs. Elle était chargée de régler les différents entre les nobles, évitant dorénavant le recours systématique aux armes de guerre.

Jean de Parfondrieu apparaît comme clerc, secrétaire de la Cité en 1368. Il exerçait encore cette fonction en 1375, au témoignage du chroniqueur de 1403, qui le qualifie d’homme sage et éloquent. Comme secrétaire du tribunal des XII, il doit avoir succédé à Goffin de Hemricourt, nommé le premier à cet office, et avoir précédé Jacques de Hemricourt, lui-même, qui en était investi en 1384.(Source : Sylv. BALAU, chanoine (1913) : Chroniques liégeoises, vol. 2, pp 203 et 206) ;

     Le dernier extrait, datant de 1349,  est à mettre en relation avec tous les précédents. On ne peut préciser avec certitude à qui fait référence ce Jean de Parfonriwe. Il doit s'agir du frère aîné d'Aely. On y découvre l'octroi de l'exploitation de la houille et du charbon qui doit probablement se situer à proximité du lieu de démarrage de l'extraction en 1333 à Berleur, au vu du nom qui est associé à son beau-frère.  N'étant pas parvenu à préciser l'emplacement de cette " voie de Riwalpont ", on ne dispose que de ce renseignement pour le supposer.

29 mars 1349 : Le chapitre de Saint-Lambert concède à Baudouin del Berleur et à Jean de Parfonriwe, son soroige6, les ouvrages de houille et de charbon « delle grande voine condist de Riwalpont…. » (Source : HAYEZ F. : Cartulaire de l'église Saint-Lambert de Liège, Vol. 6, p. 100, note 524 en bas de page; 1933)

    On peut penser que c'est cette lignée, issue d'Aely de Parfondry, qui s'est perpétuée principalement dans les environs de Liège en continuant à exploiter le sol et le sous-sol.  Deux de ses fils sont décédés sans héritiers. Outre Jean qui était secrétaire du tribunal des XII lignages, il y avait Baudouin qui exerçait le métier non moins important de cangeur7. Ce métier exercé par une famille locale est en soi une confirmation de la faible présence prise par les banquiers lombards à Liège à une période où ils jouissaient d'une grande influence dans les contrées avoisinantes8. Quant à sa fille ainée, Marie de Parfondrieu, elle s'est mariée avec Guillaume d'Abée dont la descendance porte ce dernier nom. De là à conclure que la descendance d'Ameil de Parfondrieu, le quatrième enfant, est à mettre en relation avec le Baron Jacques de Parfondry au début du XIXème siècle, dont la lignée ascendante est attestée à partir de 1600 (voir article : Les Parfondry ont bien eu une particule), il y a un creux de deux siècles qu'aucun généalogiste ne comblera aussi facilement. Toutefois, avec la mention de l'extrait suivant, se rapportant à cette famille de Parfondry, on peut envisager, avec une certaine ouverture d'esprit, la continuité in tempore de la lignée. 

 " ...qu' après avoir subi les grands bouleversements dès le 15ème siècle, cette famille aurait été de nouveau à la base de l'industrie dans le courant du 19ème siècle. Leur blason aurait été rendu plus moderne par la suite"  (source, THIRY L. :Histoire ancienne de la Seigneurie et Commune d'Aywaille, 1ère édition, Tome II, 1936),

      L'allusion dans ce texte au XVème siècle, fait implicitement référence à l'occupation de la Principauté de Liège par le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, entre 1467 et 1477. Durant cette période, il mit à sac la ville de Liège (incendiée pendant 7 semaines), organisa le pillage de la Hesbaye et la destruction de toutes les forges dans la région de Franchimont9, avant de décéder à la bataille de Nancy en 1477 devant l'armée lorraine et les Confédérés suisses10 Une réorganisation profonde de la société liégeoise en résulta. On retrouvera peu après des personnes portant ce patronyme, ayant migré vers la ville de Huy, et occupant des fonctions officielles. Le Moyen âge se terminait également aussi en 1492 dans la Principauté de Liège.

      N'ayant pas encore eu accès au livre de L. THIRY pour étudier le contexte de ce passage, il est difficile d'avancer avec une plus grande certitude. Le village de Yernée pour lequel ce baron a été bourgmestre est situé non loin de ce lieu-dit Parfondry qui aurait été la propriété de cette famille dès la fin du XIIIème siècle. On travaille donc dans un espace géographique pas plus grand qu'un mouchoir de poche. Ce qui laisse toutes nos chances à la résolution de cette énigme non pas uniquement sur le plan de la généalogie mais surtout de la diffusion géographique du patronyme.
     
En définitive, cette recherche a permis de relier en cascades un certain nombre d'informations éparses permettant de pallier à l'absence et aux incertitudes des données généalogiques.
 
1 Jacques de HEMRICOURT : Le Miroir des Nobles de Hesbaye ;
2 Histoire de la Principauté de Liège ( http://perso.infonie.be/liege06/16seize.htm#1 ) ;
3 Les bourgeois au Moyen-âge rassemblaient les commerçants, les changeurs, les banquiers, les maitres artisans et les paysans enrichis;
4 A savoir Jean de Dammartin, d'Awans, de Lexhy, de Waroux, d'Hognoul, de Maillet, dit de Geneppe, Seigneur du château de Geneppe ;
5 Manant : Au Moyen âge, ce mot signifiait un riche paysan propriétaire, habitant d’un village ou d’un bourg ;
6 Soroige : beau-frère; provient du latin " sororius ", utilisé dans le dialecte wallon de nos jours " sorodje " ;
7 Le cangeur (où changeur) est celui qui faisait le change des monnaies permettant de faciliter le commerce des produits à travers différentes villes ayant différentes monnaies ; pour information le changeur avait une petite table pour déposer ses sacs de différentes monnaies, traduit par banca en Italien, ce qui est à l'origine du mot "banque " ;
8 C. TIHON : Aperçu sur l'établissement des Lombards dans les Pays-bas au XIIème et XIVème siècles, Revue belge de philologie et d'histoire, Vol. 39, 1961;
9 En réaction à l'attaque des 600 franchimontois en 1468 et avec l'assentiment du roi de France Louis XI ;
10 Si la Lorraine avait sauvé son indépendance momentanément et la Suisse son intégrité  définitive, c'est à partir de cette date de 1477 que la France et les Habsbourg entrèrent en conflit perpétuel pendant près de trois siècles sur le territoire européen ;

Partager cet article

Repost 0

commentaires