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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:01

      Emile PARFONRY, celui qui a sa rue dans la commune de Hotton, est décédé au Congo le 24 mars 1883. On pouvait se demander de quelle façon sa famille a été mise au courant de sa mort prématurée. Loin des siens, perdu dans un poste avancé de la mission exploratoire menée par Henri Morton STANLEY, il n'était pas évident de transférer à ses proches son avis de décès. Comment ont-ils pu en être averti ?

      Une nouvelle découverte, transmise via le réseau Généanet, donne une possibilité de réponse à cette question. Dans le " Journal des débats politiques et littéraires " du 19 juillet 1883, publié à Paris, on y trouve un article qui fait mention de son décès. Dans cet article, il est question d'une rencontre entre un certain JOHNSTON, de nationalité anglaise, et H.M. STANLEY. Extrait d'une dépêche anglaise, on y donne plusieurs informations sur la situation, publication française oblige, en particulier sur les exploits et la bonne santé de M. de BRAZZA, explorateur français. Et pour contraster avec la réussite de la mission d'exploration de ce dernier, on y relate, non sans arrière-pensée, les difficultés rencontrées par STANLEY. Et parmi celles-ci, on mentionne tout particulièrement les quelques décès dans l'équipe de ce dernier, dont Emile PARFONRY.

           Publié 4 mois après sa mort, il est possible également que ce fut par la lecture de cet article que l'information parvint à sa famille, d'autant que ce Journal était disponible dans les gares en Belgique.

Journal des débats politiques et littéraires - Extrait du 19 juillet 1883

Colonies françaises

Gabon et Congo - Les journaux anglais publient une dépêche de Lisbonne, datée du 16, dans laquelle on lit :

       Le steamer Portugal qui vient d'arriver ici, venant de la côte occidentale de l'Afrique, apporte des nouvelles du Congo, allant jusqu'au 18 juin. Parmi les passagers, se trouve M. Johnston, qui accompagna jadis lord Maye1 dans ses expéditions dans les pays des Mossamèdes2.

       Ce gentleman avait reçu une invitation de M. Stanley de venir le trouver sur le Haut-Congo. Il est resté auprès de cet explorateur jusqu'au 31 mai, époque à laquelle il est descendu vers la côte.

       M. Johnston est porteur de lettres de Mr Stanley pour la . Il y a également sur le Portugal plusieurs français qui ont été témoins des exploits de M. de Brazza sur la côte occidentale de l'Afrique. Ils confirment les nouvelles précédemment arrivées en Europe, relativement à cette question. M. Stanley se trouvait au-dessus du Stanley-Pool et s'apprêtait à partir pour le Stanley-Fall. Il espérait fonder une nouvelle station sur le Haut-Congo, à Dolola, à 250 miles de Stanley-Pool.

       M. Stanley lui-même est en bonne santé; mais sa troupe n'a pas la même chance. Mr Robinet, un ingénieur belge, est mort après cinquante heures de maladie, et M. Parfonry a succombé à une insolation. M. Luttecik s'est suicidé et deux autres membres de l'expédition sont morts. Le personnel de M. de Brazza était bien portant.

       A l'heure qu'il est, M. de Brazza a du remonter l'Ogoddé4. Après avoir laissé son monde à Loango5 et à Punta-Negra6, il est allé en personne sur l'Oriflammne prendre possession du territoire de Loango.

      Il faut savoir que le contexte politique de l'époque était assez tendu. D'autres pays avaient des revendications dans la région. Un conflit existait avec la Belgique. Le Portugal, en vertu d'un ancien traité avec l'ancien Empire du Kongo, réclame également le secteur, faisant valoir son "droit historique" sur l'embouchure en tant que premier pays à avoir pris possession de cette région. En rappelant que c'est un certain Diego CAM, navigateur portugais, qui déjà en 1484 avait découvert l'embouchure du fleuve Congo. En arrivant par bateau le 15 septembre 1882, Emile PARFONRY a certainement vu la croix érigée par ce dernier sur le promontoire de Padraö, près du lieu de l'embouchure. Le Portugal conclura avec la Grande Bretagne un traité en 1884 pour bloquer l'accès de l'Océan Atlantique à l'Association Internationale du Congo qui avait été mise en place par le roi Léopold II. La Conférence de Berlin en 1885 qui organisa le partage de l'Afrique, ne reconnut pas ce traité, et se contenta de restituer l'enclave de Cabinda au Portugal, laquelle est rattachée de nos jours à l'Angola.  

      H.M. STANLEY était chargé en secret d'établir un Etat du Congo. Ses actions, en particulier sa volonté de créer des stations et un chemin d'accès en remontant le fleuve par le passage des Monts de Cristal, contrariaient les visées des autres puissances coloniales. On peut se demander quel était l'objet de la visite de ce M. JOHNSTON. Probablement rien rien de protocolaire, ni de touristique.  Etait-il venu s'entretenir pour transmettre certains messages du gouvernement britannique ? La réponse sur ce point sera abordée dans un autre article (voir article : Une rencontre à Isangila, le long du fleuve Congo)

      On y apprend également que ce M. JOHNSTON, en revenant en Europe, était porteur de lettres pour la Société Internationale Africaine. Légère erreur de transcription car il s'agit bien de l'Association Internationale du Congo. Et il est fort probable, dès lors, que parmi ses lettres, se trouvait l'avis de décès d' Emile PARFONRY. Ayant quitté STANLEY le 31 mai, soit deux mois après le décès, ce fut sans doute par cette voie que l'information parvint en Europe.

 

1 Lord Maye : probablement le nom d'un diplomate ou d'un explorateur anglais qui a effectué également des missions en Inde ;

2 Mossamèdes : ville et région au sud de l'Angola, sur l'Océan Atlantique, près de la frontière avec la Namibie;  

3 Société internationale : manifestement, il s'agit d'une erreur de transcription; il est bien question ici de l'Association Internationale du Congo, édifiée par le roi Léopold II et pour lequel travaillait Stanley ;

4 Ogoddé : il s'agit certainement du fleuve Ogooué, découvert par de Brazza, prenant sa source en République du Congo et puis remontant au Gabon ;

Loango : ancienne capitale du royaume de Loango, située sur l'Océan Atlantique, à 15 km au Nord de Pointe-Noire ; un des pires ports négriers de toute la côte atlantique (jusqu'à 15 000 esclaves par an) ; le territoire de Loango, longtemps revendiqué par le Portugal, fut transféré définitivement à la France en 1885 lors de la Conférence de Berlin ;

Punta-Negra : Pointe-Noire, ville fondée en 1883, ancienne capitale du Congo avant 1959 ; une des principales villes économiques de l'Afrique de nos jours (port, pétrole, chemin de fer);

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