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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:59

         Habitué à collectionner les médailles aux Expositions internationales, François-Xavier PARFONRY est l'un des rares marbriers à pouvoir être identifié au niveau de ses créations. Artisan, doublé d'un sens du commerce et du travail bien fait, il a ainsi accumulé les réussites tout au long de sa carrière. 

        On le croyait invincible, réalisant sans difficultés les travaux les plus diversifiés. Obtenant sans discontinuité toutes les commandes qu'il sollicitait. Ce long parcours de travailleur n'a pas eu que des succès. Dans une lettre du 2 octobre 1869, adressée indirectement d'Egypte, on lui renvoie tout simplement les deux ébauches de dessin de cheminées qu'il avait proposées. Lui signalant de ce fait le refus de lui octroyer cette commande. Une contrariété dans toute la carrière que l'on se propose de mentionner et d'interpréter.

        Le texte de la lettre est très sommaire. Emanant du Service technique - Division des travaux, son intérêt réside manifestement dans les quelques indications essentielles qui y sont détaillées. Celles-ci permettent de remettre la proposition de François-Xavier dans le contexte de l'époque.

                                                  Lettre adressée à Parfonry et Lemaire 1

 

Palais du Khédive                                                       2 octobre 1869 

à Ismaïlia

Objet : Cheminées en marbre   

                                                                  Msieurs Parfonry et Lemaire

                                                                  Rue St Sabin, 62 à Paris

 

                        Msieurs,

                       J'ai l'honneur de vous adresser ci-contre les deux dessins 

 de cheminées que vous avez bien voulu me remettre par votre lettre

 du 8 septembre dernier.

                        Ces deux dessins viennent de m'être renvoyés d'Egypte 

ce matin, et comme ils ne répondent pas complètement au style qu'on

 désire, je n'ai plus qu'à vous remercier de votre obligeante communication.

                        Agréez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

                                                                                                      V. Lavial

 

            Il est indéniable que le lien avec l'Egypte s'interprète en fonction  de la date de la lettre. L'année 1869, et particulièrement son dernier trimestre, correspond avec l'inauguration du Canal de Suez le 18 novembre 1869, et la présence de l'Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Cette dernière y avait déjà séjourné peu avant le 16 octobre. La construction de ce  canal a été financée notamment par la France et l'Angleterre. Les festivités qui s'y sont déroulées, ont eu lieu à Ismaïlia, ville d'où a été envoyée la décision de ne pas donner suite aux propositions de François-Xavier.

            Ismaïlia, fondée en 1863, et située sur la rive Ouest du canal de Suez, était le lieu de résidence du Khédive Ismaël Pacha mais de fait le quartier général de l'administration du projet de construction du Canal de Suez. Ce n'est pas un hasard si cette ville fut le lieu de naissance du chanteur Claude François et de la famille Cheddid. Cet Ismaël Pacha occupa ce poste de Khédive (en français: Vice-roi) de 1863 à 1879, après avoir suivi des études supérieures à Paris.

           On peut donc penser que l'échange de lettres concernait la fourniture de cheminées en marbre pour le Palais du Khédive Ismaël Pacha à Ismaïlia.

           Et il n'est pas impossible que l'intervention du marbrier Parfonry, s'est opérée après que celui-ci ait été mis en contact avec un habitant originaire de la même région de Belgique que François-Xavier. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le Khédive Ismaël Pacha était conseillé par un certain Hector Defoër, natif de Jodoigne en 1832, ville située à quelques km seulement du village de Neerheylissem, lieu de naissance de François-Xavier, dans cette même région de la Hesbaye brabançonne. Hector Defoër travailla, à partir de 1863, comme administrateur des domaines privés du Vice-roi d'Egypte, en y recevant même le titre de Bey. Entre 1865 et 1873, il fut envoyé à Paris pour s'occuper personnellement des avoirs financiers de son patron égyptien, période au cours de laquelle il aurait participé entr'autre à la création du Crédit Lyonnais.

           La date de la lettre de François Xavier coïncide précisément avec la présence d'Hector Defoër à Paris. On ne peut conclure simplement à une coïncidence. Manifestement les deux personnages se sont rencontrés et il n'est pas impossible que la lettre écrite de France, renvoyant les deux dessins du marbrier, ait été rédigée par un collaborateur de ce même Hector Defoër. Mais, malgré ce rapprochement géographique, cet appui n'aura pas permis à François-Xavier d'obtenir l'autorisation de livraison de cheminées pour le palais du Khédive à Ismaïlia. Il est indéniable, au vu de la lettre de réponse du 2 octobre,  que la décision a été prise avant le premier séjour de l'impératrice Eugénie, daté du 16 octobre. Et on trouve, à cette même date du 2 octobre, une autre lettre similaire de réponse négative, adressée à l'attention de Loichemolle, un autre marbrier, installé dans la même rue Saint-Sabin à Paris. Quant à la décision d'octroi, elle avait été transmise peu de temps auparavant. Par lettre du 28 septembre 1869, contenant la copie de la commande, adressée au Directeur général des Travaux, un certain Voisin Bey, il y est mentionné le bénéficiaire. C'est finalement Seguin, un autre marbrier parisien, qui obtint la commande pour la fourniture de 4 cheminées destinées au 1er étage du Palais du Khédive.

          Manifestement, la concurrence était rude entre les marbriers français. François-Xavier n'avait pas encore atteint la suprématie qu'on lui reconnaitra au moment de l'Exposition internationale de Paris en 1878. Il  fera mention de ce marbrier Seguin lors de son audition en 1882 devant la Commission d'enquête sur la situation des ouvriers et des industries d'art. Située dans la rue de Rennes, cette marbrerie Seguin avait périclité entretemps en raison du manque de rentabilité suite à son passage à la mécanisation.

         Hector Defoër, fortune faite, retourna à Jodoigne en 1876. Il fit construire peu après l'imposant Château des Cailloux, dont le hall d'entrée ne manque pas d'audaces architecturales pour l'époque.  Il l'habillera notamment d'une Pandore en marbre, de type impudique, sculptée par John Pradier. Il y décèdera en 1905.

          Simple hasard ou coïncidence troublante, la principale héritière de Hector Defoër, Elvire Sakakini (1875-1938)2 , sa fille adultérine supposée, habitait encore en 1906 au 72 de la rue Jouffroy à Paris, soit à proximité de l’hôtel particulier de François-Xavier3.

 

1  Source : Bibliothèca Alexandrina, International School of Information Science (ISIS) - Mémoire du Canal de Suez ;
2 Descendante d’un important négociant franco-grec, Augustin SAKAKINI, établi à Alexandrie, ayant fait fortune dans le commerce des graines de coton utilisé dans le savon de Marseille ;

3  La plupart des informations contenues dans cet article sont reprises des deux livres suivants :

           TORDOIR Joseph (2005) : Hector DEFOËR, la vie d’un nabab, Cultura  Nostra, Incourt ;

           GILLES Fernand (1986) : La Pisselotte, Imprimerie Gilles, Jodoigne ;

                                       

                  

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commentaires

Agnès Parfonry-Verret 31/08/2011 17:29


Bonjour cousin,
Très intéressante cette lettre. L'histoire de l'entreprise de marbrerie s'étoffe. Il y a bien une belgiic connection ! Un tissu de relations industrieuses. Bon, j'ai retravaillé une semaine, là on
est de nouveau à Briou et l'on s'occupe des petites filles de Michel. Et en septembre je vais enfin avoir du temps et c'est prévu tu auras livraison ce mois des articles sur mes parents. Bises