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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 10:16

       L'un des rares souvenirs de jeunesse que se plaisait à raconter mon grand-père est toujours resté au stade de la petite anecdote. On n'y prêtait pas attention du fait qu'elle ne concernait plus personne dans la famille. Elle aurait pu dès lors s'évacuer de la mémoire.

     C'est en me replongeant dans les fiches rassemblées au cours de mes recherches que je me suis aperçu que cela pouvait s'intégrer parfaitement au concept de saga qui consolide cette histoire pluri centenaire sur les PARFONRY de Neerheylissem. Quoi de plus juteux pour un collecteur de la mémoire familiale de pouvoir ajouter dans son récit cet épisode d'un mariage faisant intervenir la plus haute noblesse de Belgique et le Saint-Siège. Sur la base des quelques éléments qui avaient été contés par mon grand-père, voici le récit descriptif et explicatif de cet épisode.

      Florentine PARFONRY est née à Neerheylissem le 11 avril 1837. Elle est l'une des 3 filles d'Emmanuel, celui qui est à l'origine de la lignée des agriculteurs occupant la ferme de la rue des Charrons. Florentine se mariera avec le dénommé Victor THEUNIS. Ils eurent 4 enfants qui naquirent entre 1873 et 1879. Victor était cocher et c'est probablement en lui succédant que son second fils Emile, né le 29 avril 1874, pratiqua le même métier.

      Mais les THEUNIS n'exerçaient pas leur métier dans n'importe quelle demeure. On retrouve ainsi le fils travaillant au service du duc d'Arenberg, au Château d'Arenberg, situé à Heverlee, près de Louvain. La Maison d'Arenberg est une de ces très anciennes familles originaires d'Allemagne qui se sont installées en Belgique dans le sillage de l'influence progressive des Habsbourg pendant les périodes d'occupation espagnole puis autrichienne de la Belgique. L'un de ses représentants eut d'ailleurs à sa naissance comme parrain en 1550 Charles-Quint en personne. Elle possède un arbre généalogique qui fait rougir n'importe quelle famille au sang bleu. La Maison d'Arenberg, faisant partie intégrante du Saint-Empire romain germanique, produisit des générations de dignitaires politiques, militaires et religieux ainsi que de nombreux mécènes. Elle a conservé sa souveraineté sur son fief  jusqu'en 1810 avant d'être intégrée au royaume de Prusse.  Par la suite, ils reçurent le titre de Prince, à côté de celui de duc d'Arenberg. Ils se mirent au service de la Couronne d'Espagne qui leur octroya en retour à plusieurs reprises la distinction de Chevalier de la Toison d'Or.

         Et c'est donc pour cette famille si distinguée que travaillait notre brave Emile, Auguste THEUNIS, fils de Florentine PARFONRY, qui a eu pour marraine ma grand-mère Julienne LANCELLE. S'il ne connut pas Engelbert-Auguste, le 8ème duc d'Arenberg, décédé dans son palais d'Heverlee en 1875, il était très certainement au service de son épouse Eléonore d'Arenberg qui décéda à Montreux en 1919. Mais surtout, il devait côtoyer les enfants de ce couple au nombre de cinq. Et plus particulièrement l'ainée Ludmilla, née en 1870, mariée en 1888 avec Charles, Alfred, 12ème duc de Croÿ, une autre de ces anciennes familles illustres liées aux Habsbourg. Malheureusement, le duc de Croÿ décéda en 1906, à l'âge de 47 ans, laissant Ludmilla veuve inconsolable à 36 ans. 

      Et notre brave cocher Emile, se mit dès lors à tournicoter autour de cette princesse. Pour quelle raison,  les retrouve t - on en France à un moment, nul n'en connait bien l'explication si ce n'est pour fuir les ukases du frère cadet Engelbert-Marie, devenu entretemps 9ème duc d'Arenberg. Ludmilla et Emile se seraient ainsi mariés en France, d'après les dire de mon grand-père.

       Dernier épisode de cette rencontre insolite, on y intégre non pas le simple sens de la  raison familiale mais plus volontiers la raison d'Etat. Que pouvait espérer la belle Ludmilla, quant on possède des liens aussi structurels avec des familles s'étant engagées du côté des Empereurs catholiques depuis le XVIème siècle. Trahir une telle cause devait provoquer une réaction officielle. Celle-ci vint, non pas des autorités belges ou françaises mais directement du Saint-Siège. Par une décision papale de 1925, qui aurait été ajoutée sur l'acte de baptême d'Emile THEUNIS à Neerheylissem, on peut y lire que  " la curie romaine a déclaré invalide le mariage contracté dans un certain village de France avec la princesse d'Arenberg, veuve de Croÿ " 

      Sans omettre le fait que les familles d'Arenberg et de Croÿ1 ont pu prétendre chacune au trône du nouveau royaume de Belgique en 1830, faisant partie du gotha installé sur les terres de ce nouveau pays. Malheureusement, leurs accointances avec des puissances étrangères, dans le contexte de création d'un pays neutre pour faire taire les canons qui incendièrent ce territoire depuis le Moyen-âge, ne les autorisèrent pas à ceindre la couronne royale. Il leur fut préféré un certain Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, qui, bien que Prince d'Empire, avait dans son CV la notification d'avoir combattu les troupes de Napoléon dans l'armée russe et d'être en quelque sorte depuis lors réfugié en Angleterre.

      La duchesse se retira dans son château de La Solitude, situé en bordure de la forêt de Soignes à Bruxelles, jusqu'à sa mort, en y recherchant la compagnie des animaux.  Il en était fini du bel amour princier de notre cocher. La particule n'est pas ce qui convient le mieux dans la famille.

      Emile THEUNIS n'aurait pu bénéficier de toute façon de la prestance de cette famille. Celui qui aurait pu devenir son beau-frère, Engelbert-Marie, 9ème duc d'Arenberg, se mit au service du haut commandement prussien pendant la Première guerre mondiale.  Il en découlera, après l'Armistice de 1918, des mises sous séquestre de plusieurs propriétés de cette famille. Le Château d'Arenberg à Leuven est désormais la propriété de la KUL (Katholiek Universiteit Leuven) et le Palais d'Egmont à Bruxelles a été annexé par la ville de Bruxelles comme lieu de réception;

      On retrouvera Emile THEUNIS, un peu plus tard, marié à Paris avec une dénommée Yvonne LEHUEDE, un nom bien ancré en France, particulièrement en Loire-Atlantique.

 

1 Jusqu'en 2008, ces deux familles faisaient encore partie de la liste des " Princes et Ducs du Salon Bleu ", reprenant la douzaine des " plus nobles " familles de Belgique et dont les chefs de famille disposaient d'une préséance protocolaire en étant reçu dans le Salon bleu du Palais royal ; cette préséance est désormais supprimée de nos jours ;

 

 

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commentaires

Agnes Parfonry 30/07/2012 18:59

Génial ! Là on a vraiment une histoire romanesque ! On dirait que ceux qui ont bougé étaient justement les cochers et les voituriers (voir le père de François Xavier qui se retrouve à Anvers), les
opportunités de voyage et d'immigration sont plus grandes dans certaines professions !
A bientôt
Agnès