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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 18:01

        De la carrière d'Emile PARFONRY, l'instituteur, on en sait peu de choses. Les rares traces de sa fonction, occupée dans la même école pendant 37 années, se rassemblent dans ce qui fut retrouvé dans le grenier de la maison qu'il occupa au cours des dernières années dans la rue de Velaine à Tamines.

      En premier lieu, on y découvre toute une série d'exemplaires de la revue « L’Auxiliaire Pratique des instituteurs et institutrices primaires1 » à laquelle il fut abonné pendant de nombreuses années, et cela à partir de septembre 1928. A côté de ces fascicules imprimés sur des feuilles légères, s'efforçant d'aider l'instituteur à rayonner dans sa classe, se trouvait une autre collection qui ne présentait pas la même densité, tant au niveau de la formule physique que du contenu.

      Le savoir ne se limitait plus dans la lecture des romans de BALZAC, FLAUBERT ou STENDAL, des poèmes de RONSARD ou de Théophile GAUTHIER. La nouvelle divinité qui régnait désormais au début du XXe siècle c'était la science. Faisant partie de cette époque qui se mettait à découvrir les nouvelles connaissances acquises au cours des siècles précédant, Emile se mit aussi à constituer une bibliothèque dans laquelle se retrouve un éventail de dictionnaires volumineux à reliure rigide. Cartonnée et présentant une couleur foncée tendant le plus souvent sur le vert, chacun de ces exemplaires pesait non seulement par son poids effectif mais aussi par son poids de connaissances. Les quelques dix-sept volumes retrouvés, aux titres dorés, occupaient un rayonnage d'une largeur proche du mètre.

      Manifestement, l'instituteur faisait partie de cette génération qui bénéficiait de tout le travail mené par ce qui fut appelé la génération de la Semeuse, en allusion à la devise « Je sème à tout vent » lancé par LAROUSSE en 1895. Un condensé de savoir qui pesait lourd mais qui est un témoignage de ce qui était l'accessibilité à la culture à cette époque. Manifestement, la généralisation de la décision d'obliger l'inscription de tout enfant à un enseignement primaire, que ce soit en France ou en Belgique, durant la seconde moitié du XIXe siècle se concrétisait peu de temps après dans les faits de société.

      Les découvertes accumulées précédemment, que ce soit au niveau des sciences, de la mécanique, des mathématiques, des arts, de la philosophie, de l'histoire, de la géographie, de la musique, de la littérature se voyaient au final valorisées, vulgarisées et accessibles à un plus grand nombre. Sans oublier les écrits rapportés par les différentes expéditions qui arpentaient les différents continents depuis la découverte des Amériques en 1492 par Christophe COLOMB. Des précurseurs avaient investis dans le domaine du savoir et de la connaissance pour permettre de rassembler toutes ces découvertes. Après l'invention de l'imprimerie par GUTENBERG en 1454 et avant l'apparition de la puce électronique de Jack KILBY en 1958, secourue plus récemment par le génie de Steve JOBS  et l'encyclopédie compulsive de Jimmy WALES, cette période de l'édition de dictionnaires volumineux et lourds a constitué, pendant quelques décennies, le monde de l'émerveillement et de la culture, bien plus que celui de la possession et de la richesse.

      L’énumération de ces dictionnaires fait intrinsèquement partie de cette société nouvelle qui accédait de manière démocratique à un savoir. Le dictionnaire devenait, à partir des années 1920, accessible à une plus large majorité de familles. Chacun pouvait, à son aise, accéder à la sagesse de la connaissance.

     La liste, ci-dessous, reprend de manière chronologique l'ensemble de la collection des dix-sept volumes rassemblés par Emile PARFONRY. Des milliers de pages agrémentées par ci par là de gravures, de dessins, de cartes en couleurs, parfois de modèles démontables à plusieurs niveaux qui donnaient un large aperçu descriptif du nouveau monde moderne qui pointait son lorgnon.

 

Liste des Dictionnaires d’Emile PARFONRY (par ordre d’année d’édition)

1.  Nouvelle encyclopédie autodidacte illustrée d’enseignement moderne, Aristide Quillet Editeur, 1922, 3 Tomes ;

2.   Larousse Universel en 2 Volumes, Claude Augé, Librairie Larousse, Paris, 1923, 2 Tomes ;

3.   Atlas Moderne, Librairie Hachette, Waucomont - Schrader et Gallouédec, Paris, 1930 (incomplet) ;

4.   Dictionnaire historique et géographique des Communes belges, Eugène de Seyn, Ed. A. Bieleveld, Bruxelles, 2ème Edition, 1933, 2 Tomes ;

5.   Grand Mémento encyclopédique Larousse, Paul Augé, Librairie Larousse, Paris, 1936, 2 Tomes ;

6.   Histoire de la découverte de la Terre, Ch. de la Roncière, Librairie Larousse, Paris, 1938 ;

7.   Méthode récréative Delgoffe-Gross. J’apprends le flamand en 40 leçons, Librairie Générale, Bruxelles, 1941 ;

8.   Nouveau Larousse Universel, Paul Augé, Librairie Larousse, Paris, 1948, 2 Tomes ;

9.   Nouvelle encyclopédie pratique de mécanique, Aristide Quillet Edition, 1949, 2 Tomes ;

10.  Larousse du XXe Siècle. Supplément, Librairie Larousse, Paris, 1953 ;

 

      Quelques éditeurs sont repérés dans cette série de dictionnaires. Si LAROUSSE est sans doute le plus connu, on remarque la présence de deux Nouvelles Encyclopédies de l'éditeur Aristide QUILLET (1880-1955) qui fonda sa maison d'édition en 1902, aujourd'hui disparue. Parmi les autres curiosités, outre les classiques encyclopédies de Larousse, coordonnées par ses responsables d'édition qu'étaient les AUGE, père et fils2, on extirpe le "Dictionnaire historique et géographique des communes belges " en deux volumes, qui restitue, pour chacune d'entres elles, une synthèse des connaissances un peu trop figées et manquant impérativement de ce charme descriptif que l'on retrouve de nos jours dans les publications cherchant à attirer le curieux. Mais, Emile PARFONRY était quelqu'un qui aimait son pays et manifestement, sans trop avoir envie de se déplacer3, il avait, par ce moyen, trouvé la solution pour son dépaysement.
      Sans trop se tromper, on se rend compte que les dictionnaires achetés à partir de l'édition de 1938, celui de l' " Histoire de la découverte de la Terre ", sont destinés à satisfaire les besoins d'éducation de son fils, âgé à ce moment de 18 ans. Ce recueil, qui fait une sorte d'état des lieux des civilisations du Tigre et de l'Euphrate, des missions d'explorations et des épopées coloniales, ne manque pas de rappeler que le mélange de la civilisation, de paysages nouveaux et de l'art a  constitué le témoin de l'attrait pour plus de découvertes et sans aucun doute l'une des sources dans mon choix de formation. La phrase qu'écrivit Ch. De La RONCIERE, l'auteur du livre,  dans la préface " Quoi de plus excitant que l'attrait de pays inexplorés en un temps où la rapidité des transports est une invitation au voyage" a du s'ancrer progressivement au niveau de mes émotions et de mes argumentations pour m'aider dans le choix de carrière. Quant aux achats, par l'instituteur, du livre destiné à apprendre le flamand4 et celui se rapportant à la mécanique pratique, ils avaient comme objectif  de pourvoir à la scolarité de son fils qui avait entamé des études de conducteur de travaux à Bruxelles à partir de la rentrée scolaire de 1940.
     Que d'exercices d'algèbre et de trigonométrie, que d'explications sur les forces mécaniques, que de compléments de documentation n'ai - je pu trouver dans ces dictionnaires tout au long de mes études. Sans compter, que dans le sillon creusé, mon père eut le juste instinct de m'abonner à la Grande Encyclopédie de Culture Générale entièrement illustrée en couleurs, plus connue sous le nom de Tout l'Univers, qui fut publiée par Hachette de 1961 à 1965. Une publication hebdomadaire, détaillée et illustrée, qui donnait réellement envie de  lire et d'apprendre. 
      Et c'est sans doute dans la continuité de cette transmission, que je m'octroyai le plaisir, en 1975, récemment installé au Maroc dans la localité de Berkane5, d'acheter les 10 Volumes du Grand Larousse encyclopédique, édition 1960, lesquels s'ajoutent désormais à l'espace réservé dans ma bibliothèque aux 17 autres volumes du grand-père.
      Car tout cela s'est passé avant qu'une aguichante pomme ne vienne remplacer ceux-ci, en les reléguant à jamais dans des bibliothèques, voire sur de vulgaires étagères de grenier.
 
     En conclusion, cet éventail de dictionnaires volumineux marque comme une étape importante du développement humain de la société dans le courant du XXe siècle. La clarté de la présentation, alliée avec la diversité des articles, ouvrait la connaissance à la classe moyenne. L'instituteur, Emile PARFONRY, se devait de participer à ce mouvement de vulgarisation. Cet article  a servi à illustrer ce que la psychanalyste Claude HALMOS décrit de nos jours  comme une nécessité de " s'inscrire dans une lignée, prolonger une histoire ".

 

Revue pédagogique indépendante, Imp. Lemaire-Moisse, Blégny-Trembleur ;

2 Claude (1854-1924) puis Paul (1881-1951) ;

3  Emile PARFONRY durant toute sa vie n'a jamais été à la Mer du Nord ;

4 Et non le néerlandais car la première refonte fondamentale de l'orthographe pour cette langue ne fut réalisée qu'en 1946;

5 Berkane est une localité de la Province d'Oudja, située dans le Nord-est du Maroc, à proximité de la frontière algérienne. Elle était le siège de l'Office de Mise en Valeur agricole de la Moulouya (ORMVAM), organisme d'état pour lequel j'avais été recruté ;

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commentaires

foucart guy 27/03/2013 16:02

J'ai effectivement bien connu Monsieur Parfonry et son fils. J'ai le bonheur de compter parmis ses élèves dans les années 47 . Il était très sévère et le tirait souvent les oreilles. Il aimait
aussiles pigeons. Son fil a été longtemps le secrétaire du foot à Beauvechain. Je garde ce Monsieur Parfonry un souvenir inoubliable.