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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 12:07

     Durant sa longue carrière de marbrier d'art, François-Xavier PARFONRY a collaboré avec différents partenaires. Les derniers furent les frères HUVE avec lesquels il s'associa vers 1877, peu après s'être séparé de LEMAIRE1, fort probablement pour raison d'âge avancé de ce dernier.

     De cette famille HUVE, on en avait appris bien peu de choses, sinon de nous permettre certaines suppositions. On pouvait ainsi envisager que ce nom avait un lien avec la famille de Félix HUVE (1816 - 1887), Ingénieur civil, Maire de Sablé-sur-Sarthe, dont la commune connut un important développement dans le courant du XIXème siècle, en rapport justement avec la production de marbre. Son grand-père Jean-Jacques HUVE (1742, Boinvillers - 1808, Versailles) et son père Jean-Jacques Marie HUVE (1783, Versailles - 1852, Paris) sont connus pour avoir été de grands architectes parisiens. François-Xavier fait par ailleurs référence à cette commune de Sablé-sur-Sarthe quand il répond en 1882 à l'une des questions de la Commission d'enquête sur la situation des ouvriers et des industries d’art en mentionnant "A Sablé, il existe une excellente maison qui fait de la petite marbrerie, ses ouvriers sont très bien tenus". Preuve s'il en est qu'il avait certains contacts dans cette commune. La composition de cette famille HUVE, très nombreuse par ailleurs, au regard des sites de généalogie, ne nous permettait pas toutefois de faire le lien, du fait qu'on ne possédait pas le prénom des frères HUVE, les associés de François-Xavier PARFONRY.

     C'était sans compter sur la persévérance, la perspicacité, la patience, l'opiniâtreté du " poor lonesome cowboy ". Ainsi, en poursuivant cette recherche, basée sur des erreurs d'écriture, l'existence d'un dénommé Lucien HUVE (1856-1926, Paris) fut découvert, mentionné, en 1897, comme responsable d'une marbrerie, anciennement dénommée PARFOURY et HUVE frères2. L'erreur d'écriture en avait retardé l'apparition de cette information.  Le lien avec la famille HUVE de Sablé-sur-Sarthe n'était plus qu'une question de temps. Le chemin, à travers les sites de généalogie, allait permettre de clarifier rapidement les choses3. Ce Lucien était bel et bien le neveu de Félix HUVE. Ingénieur des Arts-et-Manufactures4, tout comme son frère Albert, il perpétuait la lignée de ses ancêtres. Il fut en outre fait Officier des Palmes Académiques et de l'Instruction Publique. Et découverte inédite, cette date de 1897 est une preuve en soi comme quoi François-Xavier s'était retiré de l'entreprise avant son décès survenu en juillet 1898. La marbrerie avait ainsi été reprise par Lucien HUVE, du vivant de François-Xavier. Quant à son frère, Albert HUVE (1860-1912, Meudon), on relatera, en tant qu'indice éventuellement exploitable ultérieurement, qu'il se mariera à Milan en 1903 avec Ines CASATI5.

     Cette découverte du prénom permet de réaliser une avancée importante dans nos recherches. Parmi les références généalogiques de ce Lucien HUVE, on en extirpe les données relatives à son mariage le 21 juillet 1891, à l'âge de 35 ans. Avec un nom de l'épouse et un lieu du mariage particulièrement évocateurs quand on connait le parcours de François-Xavier PARFONRY. La mariée se dénomme Cécile DEJAIFFE et le lieu se trouve en Belgique, dans la localité de Mazy précisément. Albert HUVE, son frère, et Henri CRET, son beau-frère, étaient les deux témoins du marié6. Les deux noms de DEJAIFFE et Mazy se mirent à scintiller dans nos yeux car ils ouvraient, par leur combinaison, la porte à de nouvelles pistes. En voici l'explication. 

      Il était acquis, par un extrait découvert auparavent que, parmi ses différentes sources d'approvisionnement en marbre, François-Xavier utilisait dès 1867, avec son premier associé DUPUIS, le marbre noir de Belgique7, calcaire de haute valeur.

LAURANT-LAPP (J) : L'exposition universelle de 1867 illustrée

p. 158 : MM. Dupuis et Parfonry ont exécuté diverses cheminées avec beaucoup de bonheur. Deux, entre autres, se font remarquer : l’une en marbre noir de Belgique, style Renaissance ; l’autre en marbre rouge antique des Pyrénées, style Louis XIII

 

     Et parmi l'éventail disponible de ces marbres noirs belges, il y avait celui de Golzinnes, extrait justement dans la localité de ....Mazy. Et, si on y ajoute que l'une des trois marbreries de cette localité8 était exploitée par la famille .....DEJAIFFE, on ne peut qu'y trouver l'indice, le déclencheur de neurones, la  parfaite preuve qu'affectionnent de trouver tout historien de la mémoire familiale. DEJAIFFE et Mazy assurément faisaient parties du cercle de connaissances de François-Xavier PARFONRY. En voici quelques explications complémentaires pour nous en assurer.

     Cécile DEJAIFFE (1860, Saint-Martin - 1946, Bruxelles) est de fait la fille de Télesphore DEJAIFFE (1817, Saint-Martin9-1879, Mazy), maître-carrier, le fondateur de cette carrière de marbre, créée en 186610. C'est le frère de Cécile11, Octave Marius DEJAIFFE (1861, Saint-Martin-1945, Mazy), puis les fils de ce dernier, Charles (1905, Mazy-1969, Jolimont) et Albert (1902, Mazy-1981, Uccle) qui précisément développeront cette marbrerie, y portant le titre de Président des Carrières et Usines Dejaiffe

      Le couple HUVE-DEJAIFFE eut une fille Anne-Marie HUVE, née à Paris en 1893, ce qui apparait logique, tout comme son mariage à Paris, le 2 juillet 1919, avec un dénommé Wilmart DEBATTY (1893, Saint-Ghislain-1966, Menton), qualifié d'Officier et de nationalité belge. Le plus surprenant par contre est le lieu de son décès. Anne-Marie est décédée en 1977 à Dilbeek12 en Belgique. Anne-Marie HUVE serait donc revenue en Belgique, ce qui ne fut pas le cas de la descendance de François-Xavier. Quelles affinités avait-elle conservées avec son pays ? Est-elle venue rejoindre à un moment sa mère décédée à Bruxelles ? A t-elle été habité auprès de l'un de ses sept enfants, après le décès de son époux ?

     Pour être complet, on ajoute à tous ces éléments, un dernier lien qui pourrait s'avérer être au final un indice intéressant confortant, à cette étape des recherches, la synthèse ci-après. Jules Marie DEJAIFFE, un autre frère de Cécile, est devenu en 1890, par mariage avec Alexandrine de ROMEREE de VICHENET, le beau-frère du Comte de BEAUFFORT(1862-1937), propriétaire du château de Mielmont, situé sur la localité de Spy, village proche de Mazy. C'est déjà ce personnage qui nous était apparu précédemment en organisant l'accueil à Spy de différentes communautés religieuses françaises au début du XXème siècle (voir article : Les communautés religieuses à Spy).

     De ce mariage à Mazy du couple HUVE - DEJAIFFE, on en retient qu'il devait avoir des relations commerciales soutenues entre les deux marbreries PARFONRY-HUVE et DEJAIFFE. La qualité du marbre noir répondait aux sollicitations des riches clients de l'entreprise parisienne. Et François-Xavier a sans aucun doute été parmi les premiers clients chez DEJAIFFE. Son intéret pour le marbre noir de Belgique, lors de l'Exposition Universelle de 1867, apparait à peine un an après la création en Belgique de cette marbrerie. Il en est découlé très certainement de nombreux voyages de François-Xavier sur la Belgique et en particulier vers Mazy. Où y logeait-il ? Probablement dans une des nombreuses demeures aristocratiques qui se trouvaient dans les environs, en particulier dans le village voisin de Spy. Château de Mielmont, Château Cheniot, Château Leurquin, Château de Mme Reumont,... Le choix ne manque pas ! Ce qui pourrait dès lors s'avérer être l''une des raisons de la présence, quelques années plus tard, de nombreuses confréries religieuses françaises13, venues s'installer dans ces demeures, avec l'appui de Fernand, Amédée, Charles, Comte de BEAUFFORT, au début du XXème siècle. Le vote de la loi COMBES, votée à Paris, reconnaissant la séparation de l'Eglise et de l'Etat avait échaudé pas mal de congrégations qui y voyaient une atteinte à leur monopole. Paul, le fils de François-Xavier, par les contacts établis précédemment par son père dans la région de Spy-Mazy, aurait en quelque sorte servi d'entremetteur pour aider les confréries religieuses à fuir l'ambiance de laicité comme de nos jours de nombreux français fuient l'ambiance taxatoire de leur pays. Et sans oublier la présence de la peinture religieuse, copie d'un RUBENS, de ce même Paul PARFONRY, trouvée dans l'église Saint Amand de Spy (voir article : Signature authentifiée à Spy).  Comme une sorte d'ex voto apporté en remerciement de l'appui reçu. Manifestement, le lien, si ténu au début de nos recherches, avec le marbre noir de Mazy et la commune de Spy proche, semble s'être fortement reserré.

     L'image de l'encadré Carrières DEJAIFFE, fortement altéré par le temps, sur un mur d'une usine à l'abandon, me revient désormais à mon souvenir. Pendant plusieurs années, que ce soit au cours de mes études universitaires à la Fac de Gembloux ou par la suite pendant mes années de travail à Bruxelles, je l'ai aperçu de la banquette du train qui, serpentant dans la vallée de l'Orneau, faisait la liaison Gembloux - Jemeppe-s/Sambre en passant par Mazy. Sans me douter un instant que j'avais, devant moi,  l'une des clefs pour comprendre l'histoire de la saga des PARFONRY de Neerheylissem. L'horloge du  temps devait cependant avancer de quelques années. Il était encore trop tôt.

    Depuis le décès d'Albert DEJAIFFE en 1981, la carrière n'appartient plus à cette famille. Son dernier repreneur, depuis 1996, est la S.A Nouvelles Carrières et Marbreries de Mazy.

1 Ce dernier devait être probablement le sculpteur Philippe-Henri LEMAIRE (1798-1880) ;

2 Bulletin de la bibliothèque de la Chambre de Commerce de Paris, 23 octobre 1897, n° 40-43 (p. 1083) ;

3 Plusieurs sites Généanet (Astrid de Nedde, Chantal Fonteyn, Philippe Gérard) ;

4 De nos jours : Ecole Centrale de Paris , formant des Ingénieurs centraliens ;

5 Il existe une rue Felice CASATI à Milan ; Possibilité éventuelle d'avoir un lien avec les marbres de Carrare ;

6 L'extrait d'acte de mariage m'a été transmis par Philippe JOSIS du " Groupe Gembloux généalogie " ;   

7 Marbre noir de Belgique : extrait depuis l'Antiquité à Mazy, Dinant et Dénée ; caractérisé par l'uniformité de sa couleur sans tâches ni veines, très utilisé aux 18ème et 19ème siècles, celui de Golzinnes (Mazy), malgré des prix très élevés, était spécialement destiné pour la fabrication de cheminées, pendules et statues ; le marbre noir de Dinant était choisi de préférence pour de grands ouvrages d'église ;

8 Les familles DEJAIFFE, ETIENNE et DUBAY ;

9 Saint-Martin est un village situé à côté de Mazy ;

10 La première exploitation souterraine de marbre noir à Mazy aurait commencé peu avant, vers 1850, avec la marbrerie de Joseph ETIENNE (1827-1895) ;

11 Un autre frère, Jules Marie DEJAIFFE (1853, St Martin-1918, Mazy) fut bourgmestre de Mazy et administrateur de la Société des Glaces d'Auvelais ;

12 Dilbeek : commune située en périphérie de Bruxelles (au NW) ;

13 Pas moins de 8 confréries religieuses se sont installées à Spy à cette période : Pères blancs Capucins, Soeurs des Pauvres Clarisses Colettines, Soeurs Visitandines, Soeurs N.D. de Sainte Erme, Soeurs Ursulines, Soeurs N.D. de la Providence et Soeurs Oblates du Coeur de Jésus ;

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commentaires

Bour 01/10/2013 20:25

Bonjour ,

Descendante par ma grand mère de Berthe Dejaiffe ,je serais intéressée par toutes information concernant la famille Dejaiffe et la famille Steinon .
Je vous remercie par avance de la réponse que vous apporterez à ce courrier .
Bien cordialement
Claire Bour