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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 12:47

      Beaucoup d'aspects ont déjà été abordés, à travers la perception toponymique de ce blog. Il y manquait encore une approche mythologique. C'est ce qui a pu arriver lorsqu'il a fallu donner un prénom à un troisième enfant de cette famille de la branche d'Erezée.

      Qu'est ce qui a bien pu motiver Jean PARFONRY, cultivateur à Erezée puis boucher à Hotton, et Joséphine ROBERTFROID, sage femme, à donner le prénom de Narcisse à l'un de leurs nombreux enfants ? Prénom qui ne semble pas suivre la même logique que ceux attribués aux autres frères, à savoir Emile (le militaire explorateur, mort au Congo), Joseph (installé à Séville), Edmond et Jacques, voire Irma et Berthe pour les filles.

    En recherchant des écrits sur l'utilisation de l'adjectif " parfond " dans la littérature, je suis tombé sur un extrait d'un des longs récits poétiques de François VILLON, datant du 15ème siècle. Intitulé Le Grand Testament, ce récit est composé de nombreuses ballades. Et dans l'une d'entre elles, Ballade de la belle Heaulmière aux filles de joie - Double ballade sur le même propos, on trouve justement une association entre ce prénom Narcissus et l'emploi de l'adjectif parfond

                                    Orpheüs le doux ménétrier,
                                    Jouant de flûtes et musettes,
                                    En fut en danger du meurtrier
                                    Chien Cerbérus à quatre têtes ;
                                    Et Narcissus, le bel honnêtes ,
                                    En un parfond puits se noya
                                    Pour l'amour de ses amourettes.
                                    Bien heureux est qui rien n'y a !

     Narcissus est un  héros mythologique grec d'une grande beauté qui devait éviter de regarder son reflet dans l'eau. Malheureusement, tombant amoureux de la nymphe ECHO, il ne put s'empêcher de regarder son visage dans un lac. Il fut de suite transformé en plante, qui porte de nos jours ce nom, en raison de l'inclinaison de ses fleurs vers le sol. Dans le style de VILLON, qui employait toujours des façons détournées pour retranscrire les écrits anciens, il est manifestement fait référence à cette histoire.

     Narcisse, Hubert  PARFONRY est né à Hotton en 1859. Peut-on penser que les parents avaient connaissance de ce poême de VILLON ? Et pourquoi auraient-ils donné seulement à l'un de leurs enfants un prénom mythologique ? Deux questions assez peu susceptibles de donner une réponse de nos jours. Mais le hasard des détails en généalogie est tout sauf une coïncidence pour ne pas être un fait acquis. Le lien est trop palpable, trop évident, pour que l'on ne puisse ne pas croire à une volonté affichée des parents de donner un sens à la naissance de cet enfant.

     Narcisse a eu une carrière brillante. Un peu aventureuse au départ dans la Pampa du Matto Grosso, il a brlllé par la suite comme industriel en Belgique. Son destin n'est en rien comparable avec le héros mythologique. Mais lui - même, avait-il pris connaissance de ce destin et de l'histoire de sa naissance ?

     La découverte de ce poème permet à tout le moins de s'assurer que l'adjectif parfond était utilisé dans la littérature à la fin du Moyen âge. Le plus ancien texte faisant état de sa présence est le Roman de la Rose, écrit par Guillaume de LORRIS au 13ème siècle : Trop avoit son cueur courroucie Et son deul parfond  commencie.

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