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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 09:47

      Un nouveau document, extirpé des archives de la Province d'Anvers (dénommées Felix Archief), vient d'apparaitre à la surface. Sa découverte récente découle d'une recherche basée sur d'éventuelles erreurs de transcriptions du patronyme. Un premier à apparaître fut celui intitulé " Inventaris van het archief Dumercy ", numéroté LZ 73 et rassemblé en 1996 par Daniel COSIJNS. DUMERCY fut un avocat anversois ayant exercé de 1838 à 1853. Au sein de cet inventaire, se trouvait un petit dossier de quelques feuillets intitulé " Parfoury contre Laruelle (1839) ". L'erreur d'écriture était manifeste car la combinaison de la ville d'Anvers et la date de 1839 nous permettait d'avoir une quasi certitude que nous allions découvrir le nom de Jean PARFONRIJ comme partie prenante de ce dossier. Dans son acte de mariage de 1821 à Neerheylissem, il était mentionné que Jean habitait déjà de fait à Anvers à cette période (voir article : L'acte de mariage de Jean et de Jeanne).

    La lecture des différents feuillets du dossier fit comprendre que l'on traitait une affaire relative à un problème de non-payement de loyer. Les intervenants étaient au nombre de cinq. Il y avait :

      - Jean PARFONRIJ, locataire, l'accusé, né en 1797 à Neerheylissem ;

      - Jean-Matthias DUMERCY (1815-1853), son avocat , résidant Grand-Place à Anvers;

      - J.C. LEYSSENS, secrétaire - avoué, résidant Rempart des tailleurs de pierres à Anvers ;

      - LARUELLE, propriétaire, le plaignant, résidant probablement en Hollande ;

      - E.L.N. BRANTS, président des avoués, résidant rue dite meir-steeg.;

     Le dossier est constitué essentiellement de trois lettres écrites en 1839. La première, du 23 septembre, est relative à une lettre de Jean PARFONRIJ à l'avoué LEYSSENS. La seconde du 24 septembre est de LEYSSENS à l'avocat DUMERCY tandis que la troisième, datée du 3 octobre, est de JEAN PARFONRIJ, directement adressée à l'avocat DUMERCY. Tout cela complété par des notes prises à la sauvette qu'il s'avère assez difficile de lire et de comprendre. L'information n'étant pas suffisante et de plus pas toujours évidente à déchiffrer, on s'en tiendra à faire un simple résumé, essayant en priorité d'apporter ensuite certaines analyses et de retenir certaines conclusions à partir des quelques éléments contenus dans ces feuillets.

     Jean PARFONRIJ est en fait accusé d'avoir quitté son logement, loué à un certain LARUELLE, en août 1939 à Anvers, sans avoir payé tous ces loyers. Il est également accusé d'être parti sans avoir effectué les travaux de peinture. En surplus, s'y ajoute un problème de remise des clefs que l'avoué BRANTS aurait jetées dans la rue, ne reconnaissant pas avoir affaire avec LARUELLE, le propriétaire. PARFONRIJ, qui dit habiter désormais à Bruxelles, se défend en affirmant avoir des témoins pour la remise des clefs et pour le payement de 108 florins destinés à repeindre la maison de haut en bas. La décision finale n'est pas incluse dans le dossier. Le tribunal aurait déjà accordé deux remises de dates pour permettre à PARFONRIJ de rassembler les preuves.

     Laissons nos protagonistes traiter de cette affaire. Ce n'est qu'un fait divers qui encombre toujours de nos jours les tribunaux de justice de paix. L'essentiel est désormais d'extraire les quelques points révélateurs de ce qui s'est échangé entre les différents intervenants et d'essayer d'en donner une interprétation.

     La principale information à retenir consiste dans le fait que Jean PARFONRIJ vivait toujours à la fin de l'année 1839. Jusqu'à présent la dernière date de son existence remontait au 28 février 1837, date à laquelle il déclarait un enfant mort-né à Anvers.  Il indique qu'il a quitté Anvers vers Bruxelles sur un bateau vapeur. Une liaison régulière existait bel et bien à cette époque, deux fois par semaine, le mercredi et le samedi soir, partant de la maison des bateliers située au canal Saint-Jean1.

     Dans sa lettre à l'avoué LEYSSENS, notre Jean PARFONRIJ dit avoir attrapé froid sur le bateau (... je serai rétabli de ma maladie que j'ai gagné sur le vapeur d'Anvers à Bruxelles). Très malade en arrivant à Bruxelles, il a du  loger dans une auberge avant de s'installer dans son nouveau logement (Une fois ici j'ai été pendant huit jours malade à l'auberge sans pouvoir me rendre à mon nouveau domicile dont je suis maintenant installé, mais malheureusement encore malade sans pouvoir sortir sur les ordres de mon médecin)

    L'autre information essentielle réside dans la mention de son nouveau logement à Bruxelles, situé au 44 de la rue Haute2. Manifestement, ce n'était pas le quartier chic de Bruxelles. La rue Haute, située au coeur du quartier historique des Marolles, est une rue populaire, l'une des plus anciennes de Bruxelles. Elle était constituée à cette époque de nombreuses maisons ouvrières serrées, répondant par là à l'accroissement de population de la capitale. La salubrité des lieux n'est pas également ce qui  est relaté de mieux pour l'époque. Rien n'indique par contre qu'il se soit déplacé seul où non. L'information aurait pu s'avérer déterminante si un élément avait permis de reconnaitre la présence de Ferdinand, l'un des fils supposés de Jean et qui est selon toute logique né vers 1830. Ce déplacement en septembre 1839 vers Bruxelles coïncide plus ou moins par contre avec l'arrivée de son fils aîné Francois-Xavier en France, estimée vers 1840.

    Il est aussi attesté que ce n'est pas la première fois que Jean PARFONRIJ avait recours à l'avoué LEYSSENS (.....vous êtes l'homme par excellence qui m'avez tant de fois tiré de l'embarras.et qui m'en tirerez encore...). Ce qui n’atteste pas nécessairement qu’il ait un lourd passé judiciaire si on peut situer son arrivée à Anvers avant 1821. Pas vraiment un saint homme ou tout simplement quelqu'un sur qui tombaient de tant en tant des tuiles ?

    La mention d'un payement en florins (j'espère que pourront faire valoir ses 108 florins que j'ai du payer au peintre pour son compte vu qu'il avait dit en présence de témoins qu'il fera repeindre la maison de haut en bas ) indique que l'on fait encore référence à la monnaie hollandaise, l'ancien occupant. Indépendante depuis 1831, la Belgique avait pourtant choisi depuis la loi du 5 juin 1832 le franc comme unité. En 1839, date de cet épisode, on pouvait trouver des pièces de 1/4, 1/2, 1,2 et 5 francs en argent ainsi que des 1, 2, 5 et 10 centimes en cuivre. Une autre explication consisterait à envisager que Jean avait contracté un bail de location du temps de la période hollandaise, soit quelques 8 années antérieurement.

     La mention d'une attribution d'avoué, jouant d'intermédiaire entre le quidam et l'avocat est une fonction qui n'existe plus depuis le 1 octobre 1970 en Belgique et le 1 janvier 2012 en France. Il s'agissait d'un officier ministériel chargé de faire tous les actes relatifs à une procédure et de faire connaitre les prétentions de son client. Fonction qu'il convient de distinguer de celle d'avoué au Moyen-âge qui était attribuée à un Seigneur chargé d'être le protecteur, le défenseur des droits d'une église (ex. : Godefroid de Bouillon a été l'avoué du Saint-Sépulchre, après avoir pris Jérusalem). Dans le dossier qui nous concerne, Jean PARFONRIJ écrit ses observations à l'avoué LEYSSENS, lequel en restitue par la suite des éléments à l'avocat DUMERCY en demandant de lui fournir des instructions nécessaires pour sa défense.

     L'étude du dossier ne nous apprend rien sur l'existence de sa femme Jeanne LALMAND, épousée en 1821 (voir article : L'acte de mariage de Jean et de Jeanne). Curieusement, il est fait mention dans le courrier d'une personne qui ne serait pas son épouse (Cette Dame que je vous envoye Monsieur Leyssens, est une très brave dame qui s'intéresse beaucoup à mon sort ; Ayez la bonté de remettre à cette Dame les restant de mes pièces qui sont chez vous). On ne saura évidemment jamais qui était cette Dame.

    Il fine, il semble que cette affaire ait mis Jean PARFONDRIJ en situation critique (vous êtes l'homme qui s'intéresse au sort des malheureux...;  mon arrivée ici a été marquée par un bien triste commencement ; ....Et maintenant encore poursuivi par un homme qui est la cause de ma ruine ).

     Le fait que tous les documents et notes personnelles soient écrits en français n'a rien d'étrange même si l'on se situe à Anvers. Du moins, cette situation était normale pour l'époque ou la langue de la bourgeoisie était le français.

     En conclusion, ce dossier, récupéré aux archives d'Anvers, est quelque peu décevant. Il n'aura pas apporté de nombreuses informations supplémentaires sur ce Jean PARFONDRIJ, lequel est le père de François-Xavier, le marbrier français. La raison de son départ vers Bruxelles ne se trouve pas dans le dossier. Exerçait-il encore le métier de domestique, mentionné sur son acte de mariage de 1821 ? Aucune information également sur ses proches. Le fait qu'il écrivait assez correctement en français, qu'il louait une maison à Anvers et son déplacement vers Bruxelles dans la rue Haute, en septembre 1839 en sont les seules données à mémoriser.  La convergence de situation avec l'arrivée de son fils en France reste aussi un élément à considérer, sous réserve d'indices plus probant.

     En ce qui concerne son niveau d'instruction, on se souviendra qu'il n'avait que 6 ans au décès de son père le maître-charron à Neerheylissem. Ce qui n'a sans doute pas du faciliter son éducation. Néanmoins, on constate que son écriture et sa signature présentent une certaine sophistication qui mériterait d'être reprise dans le document de synthèse. Comme pour d'autres à cette époque, l'écriture du nom avec les deux points sur le y n'est en rien anormale.

   PS : Je remercie Pierre H et Patrick P qui se sont investis pour me permettre d'ouvrir les fichiers qui m'avaient été transmis des Archives d'Anvers.

1 Guide commercial ou Liste d'adresses de la ville d'Anvers et de ses environs pour l'année 1840, par Henri RATINCKS ;

2 Le 44 rue Haute se trouve de nos jours à proximité de la Place de la Chapelle ; rien n'est moins sur que ce soit la même numérotation qui soit utilisée ;

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