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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 01:36

Petit rappel des données

 

Sur base des éléments rassemblés, on peut entamer l’élaboration de quelques réflexions au niveau de l'étymologie du nom PARFONDRY. Plusieurs pistes peuvent ainsi être exploitées. Il y manquait avant tout une variable permettant d’arriver à mieux localiser ou relier les différents sites identifiés. L’étymologie permet d’émettre l’idée d’un lien avec les forges qui étaient nombreuses dans la forêt ardennaise. Leur histoire  nous apprend qu’elles se cantonnèrent au fond des petites rivières à partir du 13ème siècle. Mais leurs existences étaient connues dès la période romaine ce qui permet d’appréhender une influence latine dans la construction. La possibilité d’une concordance au niveau des syllabes avec le type d’activités entrouvre la relation avec le mot fonderie et le binôme « fundus – rivus ».

 

Des petites vallées dans les régions des Ardennes et du Condroz, localisées non seulement à l’intérieur du territoire de la Principauté de Liège mais également dans certains anciens territoires féodaux (Aywaille, Terre de Durbuy), c’est ce qui est assez fréquent et pourtant peu d’entre elles ne s’appellent par ce nom. Un rapport entre la localisation de ces lieux - dits, l’eau comme source de travail et la nature de la matière extraite s’avère concret comme piste. Une surimposition de la géologie particulière de la Calestienne aux cartes historique de la Principauté et hydrologique des vallées pratiquant l’extraction du fer renforce cette cohérence. A l’intérieur de ce périmètre, la localisation des lieux-dits se concentre dans cette région géologique constituée de roches calcaires.

L’une des hypothèses consisterait à dire que ce nom s’est créé lorsque les forges situées à l’origine au milieu des forêts, sur les plateaux, se sont déplacées dans les profondes vallées, remplaçant le bois par l’eau comme source énergétique pour fondre le fer extrait du sol. En descendant dans le « parfond du ry »,  il en serait résulté la dénomination de nouveaux lieux - dits tels que Parfondry, Parfondval qui auraient par la suite servi à la formation de nouveaux patronymes. Une origine plus ancienne, influencée par la langue latine, mais toujours liée à ce travail du fer,  pourrait s’avérer dès lors concluante

 

        Ce résultat de mes investigations me conduit donc à rassembler un certain nombre d'informations sur ce qui fut l'histoire des forges dans la région liégeoise et par voie de conséquence de donner prétexte à une similitude du nom avec le terme " fonderie", réservé à ceux qui extrayaient le fer de la masse argileuse dans lequel il était mélangé.

        Voici donc, afin d'étayer mon raisonnement, une synthèse sur l'histoire des forges en pays de Liège.

 

La fabrication du fer en Europe date de 1700 avant Jésus-Christ. Elle est restée la même depuis cette époque jusqu'à la fin du Moyen Âge et consistait à chauffer simultanément du bois et du minerai jusqu'à obtention d'une pâte métallique qui devait être ensuite martelée à chaud afin d'obtenir du fer à l'état brut par l'élimination des impuretés qui pouvaient encore s'y trouver. Les quantités produites étaient faibles et le travail pénible.

 

La métallurgie a occupé une place importante dans les vallées ardennaises et le long des rivières du Condroz, région entre la Meuse et l’Ourthe. L’époque gauloise dénote déjà d’une activité métallurgique importante que les Romains ont largement exploitée dans les pays conquis. Les francs puis la dynastie de Charlemagne développeront une véritable maîtrise de l’art du métal. Les forgerons se distingueront au début dans la fabrication de cottes de mailles.

 

Les fonderies primitives étaient installées au milieu des forêts pour fournir le combustible utilisé par les fourneaux. Le fer était produit au bas fourneau, simple trou dans le sol où on mélange le minerai, le charbon de bois et les fondants. Aux environs du 10ème siècle, le fourneau est surélevé et le creuset est divisé en deux parties inégales. La fusion du charbon de bois recouvert d’une couche de cendre permet de récupérer du fer désoxydé descendant lentement vers le fond. Dès le 13ème siècle, le passage du bas fourneau à soufflerie naturelle vers une tour plus importante à soufflerie hydraulique va provoquer le déplacement des forges vers les cours d’eau dans les fonds de vallée même à débits modestes afin d’utiliser la force hydraulique. Toutes ces anciennes forges étaient situées entre les bois et les marais. Suite au progrès technique, elles se concentrèrent dès la fin du 16ème sur des cours d’eau plus puissants, là où l’encaissement accélérait le courant.

 

Si ces forges n’utilisaient que peu de personnes, bien plus sont occupés à la coupe et au charbonnage du bois dans les forêts voisines. La population est employée comme bûcherons, mineurs, charretiers, fondeurs, forgeurs. Les ramasseurs de minerais descendaient des hauteurs et venaient déverser leurs paniers dans le courant des ruisseaux pour faire subir au minerai un lavage énergique pour le débarrasser de sa gangue avant de le confier à la fonderie. Les fours sont rehaussés de cinq mètres pour obtenir une réduction plus efficace du minerai (coulée de fer). A ce moment, naîtra la méthode indirecte faisant subir au minerai deux traitements. Elle sera appelée « méthode wallonne » parce qu’inventée en Principauté de Liège.

 

On peut concevoir que les métiers de la région liégeoise remontent probablement à l’époque carolingienne et aux confréries religieuses au 11ème siècle. Dès le 13ème siècle, on voit apparaître sur les foires locales des armes défensives mais aussi offensives. Liège fabrique des armes blanches et des armures dès cette époque. C’est en 1297 que le Prince-Evêque, Hugues de Chalons, autorise le regroupement des travailleurs en corps de métier. Ils seront reconnus officiellement en 1330. Il est intéressant de signaler que parmi les 32 métiers, on recense les « fèbvres » (ouvriers travaillant dans le fer, le cuivre, l’étain) et les « charliers » (charrons, tourneurs,…). Vers 1350, on fabrique des bouches à feu coulées en bronze et en fer forgé ainsi que des boulets et de la poudre à canon. A cette époque, le Prince Evêque avait ordonné que les Liégeois citadins ou ruraux devaient disposer d’un équipement militaire personnel afin de pouvoir lever un grand nombre d’hommes en armes en un temps très court. La diffusion en Europe du haut fourneau, dès le 15ème siècle, se fait à partir d’ouvriers et de patrons propageant la technique depuis la région de Liège et la Lorraine, vers la France et par ricochet, l’Angleterre et l’Allemagne.

 

En 1520, l’arme à canon court se tirant d’une seule main, dénommée «  Pistolet «  est créée dans le duché de Bouillon. Et vers 1550 apparaît dans la région liégeoise la « platine à Rouet », système de mise à feu de la poudre d’amorçage d’une arme à feu, similaire à celui existant encore pour le briquet. La neutralité liégeoise favorise cette production sans contrôle des gouvernements. Les grands de ce monde se font ainsi faire leur armement et armures dans la région de Liège. Le rattachement à la France en 1795 leur faire perdre ce statut. Néanmoins, les Liégeois acquerront dans le domaine des armes à feu portatives une notoriété presque sans rival jusqu’au 19ème siècle.

 

Jusqu'au 18ème siècle, avant l'essor de la sidérurgie, la fabrication du fer est restée le fait de petites forges forestières.Près de 200 usines y fonctionnaient en 1566 (500 pour toute la région entre la Meuse et le Rhin). Elles se répartissaient en 5 bassins : Namur (Entre – Sambre - et - Meuse), Liège (Ourthe inf., Vesdre, Hoëgne), Huy (Hoyoux), Habay (Lesse, Semois et Chiers) et Durbuy. Ce dernier bassin regroupait les forges établies sur l’Ourthe supérieure, sur l’Amblève et sur l’Aisne. Le métal produit était utilisé dans la fabrication d’armes et de canons mais aussi dans la clouterie, une autre branche florissante de la métallurgie wallonne. L’exploitation des rivières fut intense et favorisé le développement de techniques. La machine hydraulique de Marly, inventée en 1684, qui permettait d’alimenter les fontaines de Versailles, a été créée dans ces régions. Dans de nombreux endroits, des travaux de défrichement permettent encore de découvrir les tumuli coniques, formés de scories et de terre calcinée qui sont les résidus de la combustion dans les fourneaux primitifs (en wallon : les laitins ou crahias).

Dès 972, l’industrie du fer était développée dans la région de Jalhay. Les ouvriers des mines et des forges étaient exemptés des corvées et du service militaire. De nombreuses forges, des fonderies s’établiront tout le long de la Hoëgne depuis Solwaster jusqu’à Royompré, Neufmarteau et Polleur à partir de 1419. A proximité, la terre de Durbuy a également été un centre de production de fer bien avant la sidérurgie dans le Sud Luxembourg.

 

L’alliance de l’abondance des forêts et un réseau hydraulique, constitué de l’Ourthe, l’Aisnes, la Lienne et l’Amblève, fournissant l’énergie et le transport vers Liège, constituaient un atout considérable. Il y avait des forges et des fourneaux dans toute la région : Hamoir, Comblain, Louveigné, Wéris, etc…. . D’autres sources d’informations confirment bien que des forges existaient dans la région d’Amonines, de Clerheid et d’Erezée, située dans la seigneurie de la Terre de Durbuy, relevant du comté du Luxembourg. Lieu ancien de peuplement notamment par la découverte de monnaies gauloises en or, la Terre de Durbuy est sans doute un ancien domaine carolingien avant de devenir un alleu du duc de Lotharingie au 11ème siècle.

 

Elle a ainsi pris une part active à l’industrie métallurgique qui fut prospère dès le 14ème. Les comptes des receveurs de Durbuy mentionnent en 1381 les forges de Férot et du val de l’Aisnes. Disposant d’un statut de seigneurie  » hautaine » depuis 1411, comportant 18 seigneuries foncières ou féodales, la gestion de son territoire et de ses revenus est cédée à prix d’argent. Au 16ème siècle, cette région connaît un essor avec la présence de 34 usines, fourneaux et marteaux en activité. Le hameau de Parfondbois, situé dans le marquisat de Franchimont, le long de la Hoëgne, en Principauté de Liège, a également été le lieu d’un important centre de métallurgie avant que Charles le Téméraire ne détruise les 17 fonderies en bordure de cette rivière, en représailles de l’attaque des 600 franchimontois sur Liège en 1468. Suite aux désastres causés aux établissements de Liège et de Franchimont par Charles Téméraire, la Terre de Durbuy augmenta sa production. Et dans la région d’Aywaille, ce développement de petites forges se réalisa très tôt également. En 1464, au lieu Parfondry, il y a une concession sur le ruisseau entre Lorce et Aywaille, d’un fourneau. En 1617, les forges d’Awans et de Dieupart continuaient d’exister. Après 1700, l’industrie du fer y périclita complètement.  

 

De 1475 à 1575, Liège absorba la plus grande production de fer et de bois. Vers 1600, la Terre de Durbuy livrait à la région liégeoise la moitié du fer dont elle avait besoin. Cette époque fut caractérisée par de nombreux procès accusant les maîtres de forges de ravager les forêts pour le fonctionnement des fourneaux, notamment dans la région de Durbuy. Ces centres sidérurgiques consommèrent tellement de bois qu’ils détruisirent de vastes espaces forestiers et provoquèrent, vers la fin du 17ème siècle, des hausses inouïes du prix du combustible. Le prix du bois constitua plus de 50% du prix de revient de la fonte.

 

Par décision des Archiducs d’Espagne Albert et Isabelle de modifier son mode de gestion, aggravée par les guerres contre les Hollandais puis les Français ainsi que la peste de 1626, il en résulta la disparition rapide de la métallurgie. Elle se déplaça, dès ce moment, dans le sud du Luxembourg, en pays gaumais. Ernest de Bavière, Prince-Evêque entre 1581 et 1612, en encourageant le développement des exploitations houillères et l’installation des usines métallurgiques dans la région liégeoise, contribua à un changement progressif dans l’utilisation de la source d’énergie. Il fallut cependant les nouvelles techniques pour redonner une ampleur à ce travail du fer. Jusqu’au milieu du 18ème siècle, la fabrication du fer proprement dite exigeait toujours l’usage du bois. La houille était toujours impropre car le minerai ne pouvait pas entrer en contact lors de la combustion en raison de la transmission de souffre qui altérait le métal et le rendait cassant. A la fin du 18ème siècle, le charbon de bois restait toujours le combustible dans la fabrication du fer. Ce n’est qu’à    la fin du siècle, lorsqu’on eut trouvé la transformation de la houille en coke, les fondeurs ne se serviront plus que du charbon, plus abondant et moins coûteux. Ils abandonneront leurs fonderies des hauts plateaux, d’accès fort difficile, pour se fixer autour de Charleroi et de Liège le long du sillon Sambre et Meuse. La technique du haut fourneau démarra de manière imparfaite en 1768 à Theux. La première coulée de fonte au coke ne fut cependant réalisée qu’en 1822-1823 dans le haut fourneau de Seraing dans l’usine des frères Cockerill.

 

Grâce à cette main d’œuvre qualifiée, une migration importante s’opéra principalement vers la Suède. Elle était constituée surtout de protestants qui préféraient s'éloigner des régions ou se manifestaient des tensions religieuses, liées à la propagation des idées de la Réforme. Elle fut pilotée par Louis de Geer (1587-1652), à partir de bureaux de recrutement. Entre 1620 et 1640, ils seront cinq mille à s’installer dans l’Uppland ou à Finspang. Ils constituent encore  une communauté importante.

 

De toute cette histoire, il n’en reste que peu de choses : de nombreuses scories difficiles à repérer, des traces d’anciennes digues destinées à retenir l’eau des ruisseaux, des noms de lieux (Ferrières, La Forge, La Rouge minière, …). La combinaison de ces forges et de ces houillères fut à l’origine d’une industrie sidérurgique qui occupe encore une place dans le monde et d’une industrie armurière localisée à l’usine FN (Fabrique nationale armes de guerre) à Herstal.

 

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