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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 19:02

Le texte qui suit s'efforce de repositionner l'origine de la famille des PARFONRY de Neerheylissem vis à vis de certaines croyances qui voudraient s'en référer à l'existence d'une particule et d'un titre, à l'origine de la lignée. Il se veut aussi explicatif que possible en atténuant le mythe et en accentuant la réalité.

La présence d’une ordonnance de Charles D’HOZIER1 en 1703, mentionnant le nom d’un écuyer de PARFONDRY dans la région de Caen en Basse-Normandie, a pu laisser croire à une origine ancienne et locale de la lignée. L’écriture comportait cependant plusieurs erreurs, résultant d’une transcription approximative d’un nom existant depuis le Moyen-âge dans cette même région. Pour une raison non élucidée, le document fait bel et bien référence à un écuyer de PARFOURU, dont l’origine est en lien direct avec une commune du même nom. Le Grand Armorial de France, qui reprend l'ensemble des travaux de D'HOZIER, atteste avec certitude de ce dernier nom.  Si l’erreur est avérée réelle dans l’écriture, il n’en reste qu’elle ne doit pas être nécessairement le fruit du hasard. Le préposé aux écritures des ordonnances avait déjà du entendre parler de ce nom de PARFONDRY, sans pouvoir dire aujourd’hui si la référence était de nature généalogique, historique ou géographique.

Cette simple transformation de l’écriture laissait planer le doute quant à la nature réelle de l’origine de cette famille. Le désir sous-jacent de ce souhait de remonter le temps pour arriver à une certitude d’un épiderme coloré de veines bleues quant à la naissance se trouvait face à un destin devenu incertain. La peur d’une alternative moins glorieuse, moins noble, plus enveloppée d’un doute quant à une origine inacceptable, pouvait développer une sensation d’abandon de redécouvrir le véritable chemin de cette saga. Et comme une sécurité vis à vis de l'extérieur, cette particule pouvait offrir une sorte de protection à l'encontre du besoin de recourir au travail comme sources de sociabilité et de curiosité.

     Mais, quel snobisme peut pousser la conscience à ne pas reconnaître qu’une médaille de Chevalier de la Légion d’honneur ne peut  remplacer n’importe quel blason accordé généreusement par la grâce d’un roi. Etre reconnu comme simple ouvrier, et arrivé au premier rang dans la marbrerie, par le travail, l’économie et l’intelligence, n'est ce pas se prévaloir d'être un descendant d’un titre de reconnaissance obtenu sur des critères encore plus larges que celui de meilleur ouvrier de France. N’est-il pas plus valorisant que de porter la particule d’un titre acquise en obéissant aux frustrations de grandeur passagère et de pouvoir ?

         Et de façon similaire, le point de greffe, rassemblant les différentes branches de l’arbre, s’était investi comme maître - charron, un des métiers qui façonnaient la nouvelle société de la fin du 18ème siècle, en l’écrivant à jamais dans le nom d’une rue du village ou il l’exerçait. Une pérennité que jamais une particule ne peut garantir avec autant d’assurances.

       Que dire alors de ce premier habitant de notre arbre qui se trouve confronté, au milieu de ce 18ème siècle, aux vindictes d’un homme de justice affublé d’une particule. Il aurait pu ne pas résister à ce curieux sens du pouvoir corrompu et de déni de démocratie.

 

       Si le mythe de la particule est quelque peu écorné, il nous reste malgré tout la réalité pour en rassurer quelques uns d'entre nous. Celle qui nous raconte que de nombreux chevaliers ont participé en 1325 à ce qui fut l’apothéose en miniature d’une seconde guerre de Troie dans le territoire de la Principauté de Liège. La bataille de Dommartin entre les Awans et les Waroux2 rassemblait la fine fleur de la chevalerie hesbignonne. Et parmi ces chevaliers, on parvient à dénicher, dans les multiples noms énoncés par Jacques de HEMRICOURT, le chroniqueur du Moyen âge, celui des seigneurs de PARFONDRIEU, engagés du côté des Awans, les gagnants de ce conflit. Ces seigneurs sont identifiés comme les enfants d’Amel, le bailli3 du Condroz et les petits-enfants de Johan, un vrai chevalier atttesté en 1272, lequel descendrait en droite ligne, via la famille de LEXHY l'une des plus importantes et des plus puissantes de cette époque, du couple Raes de DAMMARTIN et Alix de WARFUSEE, mariés en 1115 et reconnu par tout généalogiste confirmé4 comme à l’origine de tous les chevaliers de Hesbaye. Ce même Johan qui, par les mêmes généalogistes, serait lié, à la suite de nombreuses alliances successives, à la famille actuelle des POTESTA de WALEFFE, l’une des plus anciennes familles de la noblesse belge.

        Et c’est manifestement, à partir de cette victoire de 1325 que le nom se perpétua. La descendance de ces seigneurs devint, dans cette région de vaillante et nombreuse noblesse féodale, à plusieurs reprises Chevalier de Saint-Jean de Jérusalem à la Commanderie de Chantraine. Mais ils s’activèrent aussi, dans cette fin de Moyen âge, à sortir de leurs armures pour s’immiscer dans le nouveau pouvoir des villes et des métiers. Ayant fait le vide autour de leurs fiefs, après la mort de nombreux chevaliers au cours du conflit, ce nom se répandit dès lors dans les vastes plaines nues et légèrement inclinées de la Hesbaye. Des terres qui furent aussi favorables, tout au long des siècles qui se succédèrent, tant à la production agricole et au développement économique qu’aux stratégies guerrières des rois et des empereurs.

      Tout ce qui a été découvert sur ce nom ressemble à une véritable tranche de vie sur des personnages traversant les siècles. Sans avoir à faire référence à la flagornance des titres de noblesse ou à des rallonges de cadastre peu justifiées, cette saga se confond simplement à la vie d'une lignée de gens issus du terroir, confrontés aux nécessités de répondre aux aléas de l'évolution de la société, avec ses difficultés et ses besoins. Même s'il a frayé tout un temps avec le monde des particules, ce nom est resté lui-même, attachant et humaniste. Tout en restant limité à un nombre peu important d'individus, notre généalogie, exsangue de sa particule, a réussi à se maintenir à travers les époques.

        Que la branche de Neerheylissem ne soit finalement la résultante de cette présence multiple dans cette partie du territoire jusqu'au milieu du 19ème siècle, n'en est que bien réelle. Avec le mérite et les avantages qu'elle s'étale aujourd'hui sur une période de 260 années, autorisant d'en faire un témoignage sur la réalité de cette existence sur le plan sociétal. Sans particules et sans snobisme, à travers les différents articles de ce blog, c'est une partie de cette histoire que l'on s'efforce de faire ressortir de l'oubli. On permet de faire revivre une histoire réelle et de donner corps à notre besoin de conserver le principal capital de nos civilisations qu'on peut associer à la connaissance et au développement de l'individu.

 

N.B. : Article rédigé suite à une discussion, animée et arrosée, autour de la table d'hôte de Briou en août 2011 ;


1 Charles d’HOZIER (1640-1732) : généalogiste, ayant publié, suite à  la demande de Louis XIV en 1696, le Grand Armorial de France, comprenant 120 000 blasons ;

2 A l’origine, cette guerre aurait démarré à la suite de l’enlèvement d’une jeune vassale du seigneur d’Awans par un parent du seigneur de Waroux. La querelle se généralisa en une lutte entre les diverses familles alliées aux combattants. Les mœurs de l'époque obligeaient tout noble à venger ceux de ses parents qui succombaient dans une attaque de ce genre ;

3 Bailli : il peut s’agir d’un représentant d’une autorité chargé de faire appliquer la justice ou d’un chevalier dans l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et dont la dignité était au- dessus de celle d’un commandeur ;

4 GENEANET : Généalogie TERLINDEN - de POTESTA ;

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commentaires

Agnès Parfonry-Verret 17/09/2011 17:26


Merci Roland pour ce bel article qui rejoint mes pensées les plus profondes. Ce titre m'enchante "Quid de la particule ?" Car le mythe de la particule je l'ai vécu dans mon enfance et souvent dans
la douleur. Car François Xavier avait dû montrer "pâte blanche" pour se faire naturaliser citoyen français comme je l'ai découvert dans le dossier des Archives nationales, et sa descendance semble
avoir souhaité se situer dans une classe bourgeoise qui lorgnait encore sur les particules. Et la raison intime pour laquelle j'ai commencé de modestes recherches généalogiques était de débusquer
les mythologies et secrets familiaux et découvrir une histoire vraie. Je suis heureuse de connaître l'origine des biens de la famille parisienne qui repose sur le travail de François Xavier et son
esprit d'entreprise. Je sus heureuse d'avoir des cousins belges agriculteurs à Neheyrlissem,et de découvrir que les parents de François Xavier étaient voiturier et journalier. La douleur ressentie
venait d'un sentiment d'incompréhension face à cette mythologie d'une appartenance à une soi-disant classe supérieure. Et comme tu le dis la valeur du travail est bien supérieure a toute allégeance
à quelque pouvoir. Ca y est j'ai écrit un article sur mon père, je te l'envoie par mail avec photos, et l'article sur ma mère suit. A bientôt, cousinement votre, Agnès