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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 09:40

     Je m'efforce de croire que les coïncidences ne peuvent exister quand on aborde les questions en relation avec les histoires familiales. Même si une explication rationnelle ne surgit pas immédiatement où si la mémoire n'a pas conservé traces pour réfuter de la coïncidence.

     Dans l'article qui suit, force sera de constater probablement qu'il est difficile d'envisager autre chose que le hasard, ce pur concept qui laisse croire que l'on ne peut expliquer la convergence de plusieurs évènements. C'est le hasard ! Le hasard fait bien les choses ! Mais finalement, n'y aurait-il pas une autre façon d'entrevoir la relation basée sur de  simples agencements de noms de lieux !! C'est ce que l'on va découvrir au travers d'une série de déclics intellectuels.

   

     Le premier déclic de cette réflexion est centré au départ sur la vision de la belle église romane en tuffeau de Neerheylissem, avec sa tour carrée, son buffet d'orgue baroque, son maître hôtel Louis XIV, ses fonts baptismaux à quatre têtes, ses statues du XVème et XVIIème siècle. Toute cette description1 m'était restée dans l'esprit. J'y pensais régulièrement me disant que cette église avait été le lieu commun où tous les enfants de la lignée avaient été baptisés et pour certains reçus tous les autres sacrements. Une sorte de lieu de rencontres qui, au fil des générations, s'accumulent dans les gènes.  Sans y prendre attention, le mentionnant dans un coin de mes notes personnelles, j'inscrivais, sans y porter une grande importance, le nom de Saint Sulpice, le patron protecteur de cette église.

     Le deuxième déclic se rapporte directement à mon premier acte officiel effectué, celui qu'il s'avérait de faire inconsciemment, porté par le regard émerveillé de parents qui reproduisaient un acte de protection et de soumission perpétué depuis un certain Jean-Baptiste. Je veux faire référence ici à mon baptême dans la belle église de Beauvechain, exemple d'architecture néogothique en milieu rural. Erigée de 1852 à 1856, cette église fut reconstruite sur l'emplacement d'une ancienne église, consacrée en 1133. Avec le souvenir, au cours de ma tendre enfance passée dans ce village, d'une chaire de vérité impressionnante et de mobiliers, tout aussi monumentaux, oeuvres des frères GOYENS de Louvain et des frères GHEUDE de Nivelles2. Avec cette pièce encore plus ancienne qui a servi à recueillir l'eau de mon baptême. Je veux parler des fonts baptismaux, l'un des plus vieux de Wallonie avec ceux de de l'église Saint-Pierre-et-Paul de Saint-Séverin-en-Condroz3. Datant de la seconde moitié du XIIème siècle, ces fonts baptismaux ont été redécouverts par le curé de la paroisse en 1875. Ils avaient probablement été cachés, voir jetés lors de la révolution de 1789, lorsque les hordes de révolutionnaires intégristes français ont fondu sur la Belgique pour saccager son patrimoine religieux. Taillée dans un grès de la Meuse de couleur brun foncé, la cuve circulaire est décorée de quatre visages barbus dont deux représentent une tête couronnée. Et donc, une certaine similitude avec Saint-Séverin-en-Condroz et Neerheylissem. Similitude qui peut se compléter par le nom du patron protecteur de cette église. On y retrouve comme par coincidence Saint Sulpice

     Le troisième déclic viendra quand on relate, dans le village de Parfouru-l'Eclin, situé dans le Calvados à proximité de Bayeux, qu'il existe une chapelle de XIIème siècle, dédiée précisément à Saint-Sulpice, ainsi qu'une fontaine. Une étude avait démontré de la même origine toponymique de ce nom. Sur le plan géographique et historique, ce village fait partie de l'ancien comté du Bessin, compris entre l'Orne et la Vire, non loin de l'embouchure de la Seine, et qui fut l'une des premières possessions des envahisseurs vikings, avant de s'inscrire dans ce qui deviendra par la suite le duché de Normandie.

     Ainsi avec un total de quatre églises Saint-Sulpice recensées en Belgique4, deux d'entre elles sont en relation avec notre parcours de vie. De quoi attester, à ce stade, au niveau des paramètres des calculs statistiques, de la bonne représentativité de l'échantillonnage.  Sans parler de la configuration similaire des fonts baptismaux décorés de visages humains barbus. A partir de ce constat, la question de coïncidences troublantes dans les lieux pouvait être abordée. Pouvait-on extrapoler une relation avec l'histoire de notre patronyme ? Les trois déclics successifs pouvaient ne plus être un hasard de circonstances. Il en découlait forcément avant tout de découvrir qui était ce Saint Sulpice qui a tendance à nous suivre, sinon à nous précéder. Qui est ce Saint Sulpice qui est honoré par de nombreuses paroisses de France, de Suisse et de Belgique ?

    Les dictionnaires nous décrivent de l'existence de deux personnages portant ce nom. Le premier, Saint Sulpice le Pieux (576-647), né dans le Berry, fut évêque de Bourges. Outre l'affection normale pour un saint d'aider les pauvres, il se plaisait à faire restaurer les églises détruites pendant les guerres. Ses reliques furent transférées dans l'église Saint-Sulpice de Paris, laquelle, tout en se montrant peu loquace, n'est rien d'autre que la seconde plus grande église de Paris après Notre-Dame. Le second, Saint Sulpice Sévère, né en Aquitaine, est le disciple et biographe de Saint Martin de Tours, celui qui est l'origine de l'expression Eté de la Saint-Martin, version religieuse de l'appellation Eté indien, quant à elle version baby cool édulcorée du réchauffement climatique, voire de l'expression bretonne an hanv c'hraden (été des fougères). Il apparait plus pertinent de trouver dans le premier l'affectation du patron protecteur de nos églises,

    Tous les indices nous ramènent au XIIème siècle, avec l'édification des églises de Saint-Séverin-en Condroz, Neerheylissem, Beauvechain et la chapelle de Parfouru-l'Eclin. Trop beau pour ne pas y voir un signe. Saint-Séverin n'est-il pas le lieu d'installation d'un des premiers de la lignée des chevaliers de Parfondrieu (Parfondry), au début du XIVème siècle ? Certes, ce ne furent pas les seuls monuments édifiés à cette époque. Toute interprétation, voire extrapolation immédiate, est assez délicate sinon incongrue. Le lien ténu entre la commune de Parfouru-l'Eclin dans le Calvados et celle de Saint-Séverin dans le Condroz peut s'expliquer par le fait que les normands, ayant le souci de se convertir au christianisme, en échange de la reconnaissance d'un territoire, ont favorisé l'établissement d'églises bénédictines. Mais Saint-Séverin est quand même un peu loin de Parfouru-l'Eclin, même s'ils sont venus guerroyer dans la région liégeoise au cours du IXème siècle. Pour ma part, Saint Sulpice, originaire de Bourges, près de Cluny, a pu motiver certains paroissiens à le choisir plutôt que les apôtres Pierre et Paul, assurant le patronage de cette communauté religieuse des bénédictins. Un approfondissement de la question pourrait s'avérer utile via la création d'une commission spéciale chargée de définir les éventuels points de convergence. En bref, il faut abandonner cette piste. Ce n'est pas du pur hasard. Simplement l'une de ces combinaisons de circonstances de dates et de lieux semblable à celles qui permettent de gagner un gros lot au Lotto (ou Loto en Fr).

    Il s'en suit un quatrième déclic. De cette époque de ma petite enfance, il me reste néanmoins le souvenir de cette chaire de vérité impressionnante5 au pied de laquelle j'assistais à la messe du dimanche matin. Mon grand-père et mon père n'étant pas des piliers d'église, et étant plus occupés par les concours de pigeons, j'y allais sans surveillance avec comme seule ligne de démarcation de ne pas me laisser harponner comme enfant de choeur. Je vivais donc la messe un peu en retrait en regardant finalement cela comme un passe-temps rempli de symboles. C'est pourquoi, je retrouverai à l'écoute du sketche de Bob DESCHAMPS (1914-2002), célèbre humoriste et chanteur wallon6, intitulé Djôsèf a messe (Joseph à messe), toute la saveur des réflexions que je me faisais dans l'église Saint-Sulpice de Beauvechain. Tout y était retranscrit. Une vraie compilation d'observations quand la liberté d'expression nous offre cette richesse de penser. On y trouvait notamment la transcription de cette peur de devoir mettre un jour l'habit d'enfant de choeur. Bob DESCHAMPS l'avait parfaitement visionné. Aussi vrai de vérité que, ayant peur de jouer le rôle, j'évitais de l'apprendre, donc de trop suivre le déroulement de la messe. C'est ainsi que je ne sais toujours pas de nos jours quand je dois me lever et m'asseoir. Et  dire que Bob DESCHAMPS n'est pas inclus dans la liste des cents wallons du XXème siècle. Oubli volontaire !!

      Voici les quelques extraits du sketche se rapportant aux enfants de choeur. Ce à quoi finalement j'ai évité !! 

            L'chanteur comike est chû pas tous des gamins abiyîs a fiyes avou des roudjes cotes  .... Cand c'est nin yink ki bouche, c'est l'ote ki sone. Chake côps k'sonne, ti t'erlèves, ti t'rachids ......tu wès yink des gamins ki spite dins l’arière-cûjène. Dju m’ di : C’est ça, c’est l’ ci ki va cwé li spritchoûle avu l’ flitocse po fé crèver les mouches. Mês i n’a nin ruvnu avou one sacwè po fé crèver les mouches ...... ; Et su ç’ timp la, gn a l’ pus ptit des gamins, - pask’ i gn c' est èn arsouye hin ! laddins, ène subtilité d’ diâle -, il apice lu live k’ est a gåtche, i passe pa drî et l’ pwate a drète, lu livre k’est a drète, i rpasse pa drî et l’ pwate a gauche. Et l’ grand est embêté, hin, lu!, Il est tout pièrdu, i dchind, i rmonte, i va tous costés, i dovure one pètite armwêre. A ç’ moumint la, tu wès l’ôte ki rvint dl’ ariére-cuisine, k’ a stî rpwârté l’ machin ki fume, i passe su mwin padrî l’ bufèt, i ramwin.ne one botèye di vin. Hop !, l’ôte, li chef, il avance su brès et i tind l’ goblet pou-z awè a bwêre. Lu gamin rimplit l’ vêre, et sul timp k i l’rimplit, i tchante one pitit bokèt : « Laissez couler, laissez coulâ ! »

(traduction : Le chanteur comique (N.B.: le curé) est suivi par une bande de gamins habillés en filles avec des robes rouges...... Quand ce n'est pas un qui frappe, c'est l'autre qui sonne. Chaque fois qu'on sonne, on se lève, on se rassied......tu vois un des gamins qui se précipite dans l’arrière-cuisine. Je me dis : C’est cela ; c’est celui qui va chercher la souflète avec le flytox pour faire crever les mouches ... Pendant ce temps-là, le plus petit des gamins, il y a un arsouille, hin !, la dedans, une subtilité de diable, il s’empare du livre qui est à gauche, il passe derrière, il le porte à droite ; le livre qui est à droite, il repasse derrière et le reporte à gauche. Le grand est embêté, hein ! lui !, il est tout perdu, il descend, il remonte il va dans tous les sens, il ouvre une petite armoire. A ce moment-là, tu vois rentrer l’autre, qui revient de l’arrière-cuisine où il a reporté le machin qui fume ; il passe la main derrière le buffet et ramène une bouteille de vin. Hop, l’autre, le chef, étend le bras et tend le gobelet pour avoir à boire. Le gamin remplit le verre, et pendant qu’il se remplit, le grand chante un petit morceau : « Laissez couler, laissez coula ! »

     Et comme un ultime déclic, prenez acte que les églises de Saint-Séverin-en-Condroz, Neerheylissem et Beauvechain valent le détour. Et la campagne normande du Bessin aussi. C'est le résumé idéal de cet article. Saint Sulpice reste quand même, sans trop expliquer pourquoi, le lien de toute cette histoire. Ce fut finalement un bon moment de franche expression qui sent bon le terroir et les souvenirs. Il n'y eut aucun su(l)pp(l)ice à écrire cet article !!! Sauf de confondre au niveau de l'écriture Saint Sulpice et Saint-Sulpice.

 

1 Description trouvée sur le site "Association des habitants de Hélécine " ; 

2  Description tirée de la bibliographie suivante :

   - Schayes Joseph (1975) : Les sentiers de l'histoire à Beauvechain et environs, Ed. Vander, Bruxelles-Louvain-Beauvechain ;

   - Bertrand Thierry (1995) : La place communale de Beauvechain. Histoire et architecture, Ed. Nauwelaerts, Beauvechain ;

   - Bertrand Thierry (1999) : L'Eglise Saint-Sulpice de Beauvechain, un exemple d'architecture néogothique en milieu rural, Ed. Nauwelaerts, Beauvechain ;

3 Eglise Saint-Pierre-et-Paul de Saint-Séverin-en-Condroz : église de la première moitié du XIIème siècle, contruite par les bénédictins de Cluny, dotée de fonts baptismaux en pierre calcaire ;

4 Les deux autres églises sont celle de Jumet et de Moulbaix (Ath) ;

5 On peut la visionner sur le site de l'IRPA ;

6 Créateur par ailleurs de "L'accordéoneu", repris par Aimable et André Verschuerren ;

 

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