Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 12:11

    L'histoire de notre patronyme se fond parfaitement dans la grande histoire comme je l'ai déjà rappelé. Les différentes mentions des individus qui la composent sont automatiquement rapportées à l'une où l'autre période. Tous ces faits, toutes ces énumérations de personnages ont été jusqu'à présent reliés à des époques précises. Le but de cet article est cette fois d'aller un peu plus loin dans la réflexion. Aborder l'un des aspects relationnels qui y apparait d'une manière assez récurrente. Je veux parler de ce lien constant de notre patronyme belge avec la France. Si le souci majeur des monarques français a été de vouloir dominer ce territoire pendant des siècles, en contrepartie une attirance vers la France s'est manifestée très tôt. Ce dualisme dans les situations a probablement du attendre un certain temps avant que le tabou ne tombe. Deux livres récemment parus s'efforcent de décortiquer cette relation ambiguë. Leurs titres attestent bien de ce désaccord. 

            L'inconnue Française. La France et les Belges francophones (1944-1945), par Catherine LANNEAU, P.I.E. Peter Lang, Bruxelles, 2008 ;
         La Belgique et la France. Amitiés et rivalités, par Romain YAKEMTCHOUK, L'Harmattan, Paris, 2010 ;

     Pour expliquer et témoigner, il me restait à trouver un témoin, pouvant illustrer de cette relation. Je l'ai découvert dans la personne d'un Consul de France en Belgique, belge de naissance. Sa carrière offre l'opportunité d'aborder cet angle particulier, toujours en ayant à l'esprit la représentation de notre patronyme pour expliquer ce que fut le développement de la société.

     La branche des PARFONDRY originaire de la localité de Trognée est recensée depuis Lambert PARFONDRY, marié vers 1710 avec Marie DELSAUX (ou DOLFAUX).  Cette date indique une période d'installation légèrement plus ancienne que la branche à Forchies-la-Marche, ce qui pourrait confirmer qu'elle est aussi la résultante de l'éparpillement du patronyme, installé en  bordure de la Meuse entre Liège et Huy, devant fuir les débordements des guerres menées par Louis XIV. Trognée, tout comme Forchies-la-Marche, est en fait une localité de la Principauté de Liège, située dans sa bordure ouest, à la limite avec le Duché de Brabant sous domination espagnole à cette époque.

     La descendance de ce couple a été très nombreuse à chaque génération, sans qu'on dispose de la totalité des individus à ce jour. On trouve traces de cette famille dans les recensements communaux de 1883 et de 1910 et dans les registres de baptême pour la période de 1664 à 1802 (source : A.E. Huy). Dans ses mêmes actes de baptême, on retrouve ainsi quatre enfants de ce premier couple (Gilles, Jean, Lambert et François) né entre 1700 et 1708. Seul, le cinquième Gérard, est né en 1712 après la date du mariage.

     A la cinquième descendance du couple PARFONDRY - DELSAUX, on découvre, à travers Généanet, un Lambert Joseph PARFONDRY, né à Trognée le 19/03/1888. Cette même personne apparait dans le recensement de population de 1910, habitant au 7 de la rue du Bois chez ses parents (Gérard PARFONDRY et Marie-Louise CORNELIS), avec ses 2 frères (Jean Baptiste et Louis-Joseph), ses deux soeurs (Marie-Lambertine et Jeanne-Marie Louise), une belle-soeur (Mathilde ROBERT, épouse de Louis-Joseph), une nièce (Louise-Mathilde) et une tante (Marie-Catherine), soit 10 personnes. Sur ce folio, il y est mentionné quelques autres informations intéressantes pouvant alimenter l'histoire de cette famille, notamment sur les professions et les changements de domiciliation. Gérard, a ainsi occupé plusieurs fonctions, allant de chef de culture à agent d'assurances, marchand de graines et receveur communal.  Quant à Lambert Joseph, son fils, on y lit qu'il a été radié de la localité le 19 mars 1921, à l'âge de 33 ans, pour habiter rue du Rameau d'Olivier à Anvers et y exercer comme Employé de Consulat.

     Il a vite été attesté que ce consulat était celui de la France. Dans un article de journal de 1924, il y est repris une personne portant ce nom avec le titre d'Attaché au Consulat, accompagnant à l'hôtel de ville une délégation de la ville de Le Havre. Le caractère portuaire des deux villes devait sans doute être l'objet de cette rencontre. 

Journal des débats politiques et littéraires du 13 octobre 1924 

   Belgique - La municipalité havraise à Anvers 
      La délégation havraise est arrivée hier matin, à 9 heures, à Anvers. Elle a été reçue à la gare par M. Belliard, président de la Chambre de commerce française, et M. Massani, membre de la Chambre de commerce française;  par le consul général de France à Anvers; par M. Parfondry, attaché au Consulat, et par le bourgmestre.
      Les membres de la délégation ont été conduits en automobile à l'hôtel de ville où le bourgmestre a prononcé un discours de bienvenue, auquel a répondu M. Lange, adjoint au maire, qui a excusé M. Meyer, maire du Havre, rappelé d'urgence à Paris, de n'avoir pu venir à Anvers.
     Les membres de la délégation havraise ont visité l'hôtel de ville, le musée Plantin et le musée des beaux-arts. A midi, les membres de la délégation havraise ont été les hôtes du Cercle français. L'après-midi, ils ont visité le port.

    La carrière de ce Lambert Joseph PARFONDRY nous sera détaillée, en lisant une série de renseignements et en les recoupant. On a ainsi à notre disposition une copie de son acte de naissance et une lettre du Consulat de France à Charleroi du 28 novembre 1980 qui atteste de son passage à ce Consulat1. On découvrira aussi sur la base de données Léonore de la Légion d'honneur, un dossier lui octroyant la médaille de Chevalier en 1947. Ce qui nous permet d'avoir une vue d'ensemble sur le parcours de ce Lambert, Joseph.
     Il officiera de longues années au Consulat de France à Anvers. D'octobre 1914 à novembre 1923, il sera affecté au Service auxiliaire du Consulat général, laquelle disposait d'une extension d'autorité sur la Légation de France à La Haye, au Pays-Bas. Lambert Joseph a par conséquent travaillé à partir de l'âge de 26 ans à Anvers, même si sa radiation de la commune de Trognée n'y sera officialisé que bien plus tard en 1921. Le 17 novembre 1923, il y sera notifié de commis de chancellerie. Et plusieurs années plus tard, toujours en poste à Anvers, il sera  désigné comme Vice-consul à la date du 30 juillet 1937. Surviendra ensuite les années de guerre, ce qui explique certainement le fait qu'il se retrouve à l'Administration centrale, à savoir réaffecté dans les services du Ministère des Affaires étrangères à Paris, à partir du 16 mars 1941. Cette pénitence ne sera que de courte durée car le 16 décembre de la même année, il est désigné Chargé du Consulat de France de Charleroi. Quelques années plus tard, appelé manifestement pour pallier le manque d'effectifs nécessaires pour réouvrir en priorité les consulats de Charleroi et d'Anvers, il y sera nommé Consul 2ème classe en date du 1er avril 1945 jusqu'au 16 janvier 19492, date à laquelle, ses droits à la retraite lui seront octroyés. Lambert Joseph était âgé à ce moment de 60 ans. Selon le Consul honoraire de France à Charleroi, dans sa lettre du 28/11/1980, il aurait toutefois poursuivi pendant quelques années sa carrière à l'Ambassade de France à Bruxelles.
     Au milieu de ce parcours, Lambert Joseph sera fait Chevalier de la Légion d'honneur, par décret du 12 avril 1947, appuyé par un rapport de l'Ambassadeur de France à Bruxelles, M. Raymond BRUGERE. Il y est ainsi mentionné comme justification la phrase suivante :

               Les longs services de M. Parfondry ont toujours été très appréciés par le Département qui s'est plu à reconnaitre les qualités de travail et de dévouement de cet agent
ainsi que la note qui y est annexée :
               M. Brugere, Ambassadeur de France à Bruxelles, a sollicité, à maintes reprises de la manière la plus pressante, la croix de chevalier de la Légion d'honneur en faveur de notre Consul à Charleroi. Cette nomination, entièrement justifiée, sera accueillie avec faveur par tous ceux qui connaissent l'intéressé 

      Il est évident que pour effectuer ce parcours professionnel, Lambert Joseph PARFONDRY aura obtenu la naturalisation française.  Celle-ci lui sera accordée en 1923, ce qui coïncide quelque peu avec son changement de statut au Consulat de France à Anvers.  La courte notice d'appréciation de l'Ambassadeur n'est pas assez précise pour justifier de l'octroi de cette décoration. L'explication doit être trouvée en interprétant ce qui se trouve au travers de ces quelques mots, et notamment en cherchant à mieux découvrir qui était cet ambassadeur Raymond BRUGERE (1885-1966).
     Ce dernier a été, lorsqu'il était ambassadeur de France à Belgrade, l'un des premiers à marquer de son refus, dès le 17 juin 1940, de servir le gouvernement du Maréchal PETAIN. Il fut interné à Vichy pendant près de 2 années avant d'être libéré par la résistance le 8 juin 1944. Par la suite, on le retrouve comme ambassadeur en Belgique du 4 octobre 1944 au 15 décembre 1947, soit durant la période couvrant la fin de la seconde guerre et surtout les premières années qui suivirent l'armistice. Au travers des renseignements retrouvés, on peut supposer que Lambert Joseph PARFONDRY, de par ses origines belges, a été un conseiller écouté au niveau  de l'ambassadeur. On peut imaginer, qu'il a du aider celui-ci à comprendre les deux situations troubles qui existaient à cette période en Belgique. En premier lieu, la question royale avec le retour fort contesté du roi Léopold III sur le trône. La question de l'attitude de la France à l'encontre du Prince Régent Charles, frère de Léopold III, fut sérieusement débattue.  En second, le positionnement de la France vis-à-vis d'un soutien à un mouvement séparatisme wallon, dont le centre de gravité se trouvait à Liège, conséquence de l'attitude favorable de la révolution liégeoise de 1789 vis à vis de la France. Malgré une position officielle de désapprobation, il suffit de souligner que le Général de GAULLE a  fait mention dans ses mémoires de ce soutien à un éventuel rattachement de la Wallonie à la France. Les autorités anglaises soupçonnaient BRUGERE d'être en accointance avec les milieux wallons et de financer l'action contre le retour du roi Léopold III. La lecture de certains échanges de lettres entre l'ambassadeur BRUGERE et Georges BIDAULT, Ministre des Affaires étrangères, démontre d'une documentation soignée pour ne pas y voir l'influence d'une personne du cru pour mieux informer et argumenter. Ayant occupé de nombreuses années une fonction à Anvers, combiné avec ses origines liégeoises, Lambert Joseph PARFONDRY disposait d'une parfaite connaissance des rouages de fonctionnement de ce pays un peu artificiel qu'était la Belgique aux yeux des français. BRUGERE a été volontiers plus en accord avec de GAULLE qu'avec BIDAULT.

      Le livre de Catherine LANNEAU fait référence à deux reprises à cette influence de PARFONDRY, dont l'une est particulièrement très explicite.

            1. Fonds du Consulat de France à Charleroi : dossier 85 : Affaires politiques ;
            2. AMAEF-DP3, dossier 31, de Parfondry à Brugere, 19/02/1945 ;


    De là à dire qu'il aurait joué un rôle important dans une tentative d'annexion de la Wallonie à la France, n'est peut être pas invraisemblable. L'attribution de la Légion d'honneur trouve là probablement sa justification. 

     L'histoire de Lambert Joseph PARFONDRY reste donc à découvrir. Celle d'un homme de l'ombre, apportant ses conseils, ses idées, ses contacts et probablement sa prose pour la rédaction de lettres diplomatiques de la plus haute importance. Mais, comme tout homme de l'ombre, il n'aura pas du laisser de traces de sa présence. Il est, semble t-il, resté attaché à sa région d'origine. Décédé à Liège le 18 mars 1969, il habitait, comme par hasard, au 21 quai de Gaulle. Il reste aussi à vérifier si, de nos jours, les quelques PARFONDRY (et non PARFONRY) disséminés pour la plupart à l'Est de la Meuse sont liés à cette branche de Trognée. On pourrait, en cas de réponses positives, les considérer aussi comme des  "cousins " pour approfondir de ce lien, de cette attirance, pas toujours partagée, entre les deux pays.

      Sur le plan généalogique, et selon mon hypothèse, le premier de la branche de Neerheylissem serait venu de Trognée entre 1746 et 17484, intervalle de temps pendant lequel les armées françaises occupèrent tout le territoire belge actuel, pendant la guerre de succession d'Autriche, en y supprimant temporairement les barrières avec la Principauté de Liège.
    Il est difficile de ne pas envisager que cette branche de Trognée n'ait pas été la base du lancement de celle installée à Neerheylissem vers 1750. Les données généalogiques nous font défaut pour le moment. Mais rien non plus ne nous empêche de ne pas le faire croire au vu des quelques éléments connus qui peuvent nous servir d'arguments. De nombreuses informations sur cette installation de PARFONDRY à Trognée sont encore manquantes. Si la généalogie ne peut nous aider, force en sera de recourir à la déduction et à la convergence d'indices pour nous en satisfaire.

      Pour preuve, François-Xavier VANNESSE, l'échevin de l'état - civil enregistrant la naissance de Lambert  Joseph PARFONDRY en 1888 s'est marié avec une Angélique PARFONDRY de Trognée. Cette dernière est la fille d'un Jean-Pierre PARFONDRY et de Marie J. HALLET, mariés en 1816 à Trognée, et dont il ne s'avère pas possible de déterminer le lien avec l'autre lignée. Le prénom de Jean-Pierre, prénom du premier apparaissant à Neerheylissem vers 1750, était donc bien utilisé dans la branche de Trognée. Comme autre point pouvant attester de l'importance prise par ce nom de famille, le taux de consanguinité du père et des oncles du consul Lambert Joseph est de 12.5%. La mère de sa grand-mère paternelle (Marie-Louise FAUCON) est en fait la belle-soeur (Louise Thérèse PARFONDRY) de cette dernière. Tout cela est confirmé par la lettre de la commune de Hannut5 du 24 novembre 1980 qui indique que " le nom était assez répandu ". Il n'existe malheureusement plus de PARFONDRY de nos jours à Trognée. Un PARFONDRY, ingénieur agronome de l’Etat, y était encore localisé en 1905. La dernière représentante de toute cette lignée a été Flore, Hortense PARFONDRY (1923-1992), arrière-petite-fille du couple PARFONDRY-HALLET, célibataire, décédée sans héritiers.

1  La quasi totalité des documents m’a été fournie par Alain PARFONDRY, de la branche d'Aywaille, lors de notre rencontre de décembre 2007 ;
2 Cette désignation en 1941 à Charleroi et sa nomination comme Consul en 1945 attesterait donc que c'est un autre Parfondry qui est indiqué comme sous-chef de service de la presse lors des obsèques à Vichy de Jean DUFOUR, chef des services de la censure, en octobre 1942 ;
3 AMAEF - DP : Archives Ministère des Affaires Etrangères français - Dossiers politiques ;
4 Distance entre la rue du Bois à Trognée et la rue des Charrons à Neerheylissem : 15 km ;
5 Hannut : ville dont dépend le village de Trognée depuis le regroupement de communes de 1977 ;

Partager cet article

Repost 0

commentaires