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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 09:45

    Pour preuve de la mobilité affichée par les personnes portant notre patronyme, une mention d'une présence au Maroc est désormais attestée en 1910. Bien avant mon arrivée dans ce pays en 1975, un autre PARFONRY avait déjà foulé le sol marocain pour y travailler. C'est ce qui découle du petit entrefilet d'article retrouvé dans un journal espagnol de cette époque. Des nouvelles en provenance de Melilla, l'une des deux enclaves espagnoles sur le sol africain de nos jours, nous parviennent.

                           La Correspondienca de Espana, Madrid, 10 de Marzo de 1910

                           Desde Melilla

                           El teléfono de las minas

                           Con éxito excelente ha sido inaugurada hoy

                           la linea telefonica instalada entre las minas

                           espanolas de Beni-bu-Ifrur y las oficinas que

                           tiene la Compania en este plaza.

                           Las estaciones intermedias han sido instaladas

                           por el ingeniero Sr. Parfonry

                           Los nuevos fortinos.

                                    Adelantan mucho los trabajos de construccion

                           de tres fortines en los alrededores de las

                           minas de Beni-bu-Ifrur.

                           Seran la capaces para 160, So y 20 hombres,

                           respectivamente   .

 

    Sur le plan de l'identification de cette personne, il ne peut sans conteste s'agir que de Joseph (José) PARFONRY, celui qui est déjà connu pour avoir installé des paratonnerres sur de nombreuses églises d'Andalousie à la fin du XIXème siècle. L'année et le lien avec l'Espagne en sont les preuves (voir articles :  Joseph Parfonry, le fournisseur de paratonnerres à Séville; José Parfonry de Hotton). Après y avoir grimpé sur la plupart des clochers, notre émigré belge a senti probablement le besoin de se reconvertir, sinon d'étendre son activité à d'autres opportunités économiques naissantes. Le développement du téléphone et la colonisation espagnole au Maroc, pays voisin, lui ouvraient d'autres créneaux. C'est ce qui se réflète des quelques lignes repérées dans un journal espagnol.

      L'aspect généalogique de ces quelques lignes n'est pas le seul intérêt des commentaires qui en sont retirés. Malgré la brieveté, elles sont assez explicites pour nous permettre de relater une période particulière de l'histoire de la colonisation du Maroc. Pour simple rappel géographique bien nécessaire, son territoire a été divisé par les deux puissances coloniales qu'étaient la France et l'Espagne. Ce dernier pays occupait une bande de terre au nord, large de quelques dizaines de km, s'étendant entre la vallée du Loukkos, du côté Atlantique, jusque la vallée de la Moulouya à l'est, laissant à la France la petite bande d'Oudja (comprenant Oujda, Berkane, Saidia, La Plaine des Triffas, Ahfir, Madagh, Cafe Maure), frontalière avec l'Algérie, ainsi que tout le sud du pays1.

     La mention dans l'article des mines de Beni-bu-Ifrur2, combinée à l'année 1910, atteste que l'on se situe peu après l'épopée de Bou Hamara, le sultan auto-proclamé pour la région Nord et Est du Maroc, soit un territoire assez important allant de Fès à Mélilla, à cheval sur les parties française et espagnole. Ce dernier, mécontent de la position des précédents sultans officiels, jugés trop aux ordres de la France, avait réussi à rallier quelques tribus du Rif. Après avoir battu  les troupes du sultan Moulay Abd al Aziz, il  prenant le titre de Sultan de Taza dès 1902. Il s'allia les bonnes grâces des autorités françaises et surtout espagnoles qui voyaient en lui un usurpateur, pouvant les aider si besoin à contrer les véléités d'un sultan qu'ils avaient néanmoins reconnus.

     Bou Hamara, ne résista pas cependant à l'attrait des sirènes. En juillet 1907, il  octroya entr'autre3 l'exploitation des mines de Beni-bu-Ifrur, le plus riche gisement de fer du Maroc, à la Compania Espanola de Minas del Rif (CEMR) ainsi que l'autorisation de construire une ligne de chemin de fer entre le site de la mine et le port de Melilla, soit quelques 20 km passant au beau milieu du territoire de la tribu des Beni-bu-Ifrur. C'est de cette ligne de chemin de fer que l'on relate dans l'article du journal, au détour de l'installation de la ligne téléphonique inaugurée en 1910. Cet accord sonnait l'halali de Bou Hamara, considéré dès ce moment comme un traître et abandonné par plusieurs chefs de tribus. La situation se mettait à changer. Peu de temps après, alors qu'ils travaillaient à la construction du chemin de fer entre Beni-bu-Ifrur4 et Mélilla, des ouvriers espagnols furent attaqués et tués. Bien que la réaction espagnole fut importante, par l'envoi de 17 000 hommes, elle se solda finalement par plusieurs défaites, en particulier celle du Desastre del Barranco del Lobo5 le 9 juillet 1909. Les espagnols compteront au cours de cette période plus d'un millier de morts dont leur général commandant6. Quant à Bou Hamara, il sera pris en otage le 8 août 1909 après avoir été battu par l'armée du sultan Moulay Abd al Hafid7, cette fois aidée par la France. Il sera exécuté le 2 septembre, par décision du sultan.

    Les tribus rifaines continueront à inquiéter les armées d'occupations jusqu'en 1912. Cette période, dénommée par les historiens comme la Seconde guerre de Mélilla8 (1909-1912), marquera les préliminaires de la Guerre du Rif  qui se développera par la suite sous l'impulsion d'un autre chef rifain, Mohammed ben Abdelkrim el Khattabi (1882-1963, Le Caire).

     Il est manifeste que la stabilité n'était pas encore assurée lorsque Joseph PARFONRY est arrivé dans la région de Mélilla pour effectuer son travail. De  nombreux combats se sont encore déroulés dans les environs. Mais l'armée espagnole, par l'envoi de plusieurs milliers de réservistes, et la construction de ces nombreux fortins le long de la ligne de chemin de fer, en assurait la protection. Le fait de signaler son nom dans les quelques lignes de l'article du journal est manifestement une preuve que son rôle n'était pas des plus mineurs. Qu'y faisait-il précisément ? Du travail de construction ou d'installation électrique ? De là, l'intérêt d'espérer pouvoir disposer, au sein de sa descendance, d'éléments de souvenirs sur son travail dans cette région du Maroc.

    Comme pour en rechercher une quelconque continuité, durant la première période de mon travail au Maroc, à l'Office Régional de Mise en Valeur Agricole de la Moulouya, entre avril 1975 et octobre 1976 (voir article : Conséquence d'un attentat au Maroc !) , j'ai arpenté cette région de la tribu des Beni-bu-Ifrur, en circulant aux environs de cette colline remplie de minerais de fer. Sans avoir un seul moment imaginé que je marchais sur les pas qu'un autre Parfonry avait effectué quelque 65 ans plus tôt. L'extraction du fer se faisait au ralenti depuis quelques années déjà. Les plaines autour de cette colline étaient désormais apaisées. Les aménagements hydro-agricoles qui suivront y auront apporté un nouveau partage de la terre et l'eau pour les cultures. Les canaux et les séguias d'irrigation remplacent l'extraction bruyante et polluante du minerai de fer. Que ce soit dans celle du Bou Areg, dans celle du Garet, ainsi qu'autour de Selouane, on cultive dans ces plaines désormais de la canne à sucre, de la betterave, du maraîchage. Et par ci par là, on y découvre encore des vestiges de ces castillos9 ayant servi à abriter une vingtaine de soldats espagnols, assurant la sécurité des lieux. De nos jours, les pentes des collines du massif ferreux de Beni-bu-Ifrur sont prises d'assaut par les cyclistes et par les quads10.

 

1 Sur le plan historique, cette répartition agréait la Grande-Bretagne en évitant de devoir concéder à la France la rive Sud du Détroit opposée à son territoire de Gibraltar ;

2 Beni-bu-Ifrur : nom d'une des 66 tribus occupant le territoire sous Protectorat espagnol, occupant une région de 169 km2 du Sud de Selouane jusqu'à la Plaine du Gared ; le massif des Beni-bu-Ifrur s'élève sur une colline dont le sommet Monte Uixan se trouve à plus de 600 mètres d'altitude ;

3 Il octroya également l'exploitation de la mine de plomb du mont Afra à la Compagnie franco-espagnole du Nord de l'Afrique ;

4 Sur la carte Michelin 2010  Maroc 1:1 000 000, Beni-bu-Ifrur s'écrit Beni-Bouyafrour ; situé juste en-dessous de la localité de Segangane ;

5 En français : Catastrophe du ravin du loup ; Nom de la première bataille menée par les tribus rifaines sous le commandement de Shérif Mohammed Ameziane ;

6 Considérée comme la plus importante défaite espagnole en Afrique, elle sera suivie de  la " Semaine tragique "  à Barcelone (26 juillet au 2 août 1909), au cours de laquelle l'armée tirera sur les manifestants ;

7 Périodes successives de règne des Sultans du Maroc : Hassan 1er : 1873-1894 ; Moulay Abd al Aziz : 1894-1908 ; Moulay Abd al Hafid : 1908-1912; Moulay Youssef : 1912-1927 ;

8 Première guerre de Mélilla : 1893 -1894 ;

9 Castillos est plus usité de nos jours que le terme Fortines utilisé dans le journal en 1910 ( voir sur Google earth : Photo du Castillo de Ouiza : 35°07'08'' N et 3°00'44'' E);

10 Sur Google Earth, on peut voir quelques photos récentes du site des anciennes mine de fer des Beni-bu-Ifrur, permettant de compléter les informations de cet article (coordonnées : au sud de Segangan 35°06'50'' N et 3°00'30" E ) ;

   

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