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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 21:13

      L'église Saint-Jacques-le-Mineur, ancienne abbaye bénédictine, située Place Saint-Jacques à Liège, est considérée comme un joyau de l'architecture de style gothique flamboyant. Inscrite par ailleurs dans la liste du patrimoine exceptionnel de la région wallonne, elle possède en particulier un ensemble de vitrail représentant les armoiries des 32 métiers1 autorisés dans la Principauté de Liège (liste des 32 métiers : http://perso.infonie.be/liege06/14quatorze.htm ), une nef transformée en véritable dentelle de pierre et une voûte exceptionnelle constellée de 150 clefs de voûtes. Et pour marquer de son importance, on y conservait les Chartes et les privilèges octroyés à la cîté de Liège. Tout ces aspects peuvent être visionnés sur les sites thématiques, en particulier :

                                               http://www.chokier.com/FILES/STJACQUES/E-Bibliotheque-Balau.html  ou

                                               http://www.fabrice-muller.be/sj/sj1.html .

       Et parmi le foisonnement des pièces architecturales, on y découvre avec un peu d'étonnement une dalle funéraire au nom de CAROLUS DE PARFONDRY, décédé le 7 mars 1724.

Charles_de_Parfondry.jpg

      En la visionnant, on peut y lire le texte suivant :

DNVS CAROLUS DE PARFONDRY (Seigneur Charles de Parfondry)

HVIVS QVONDAM MONASTERY  (De cette abbaye jadis)

CANTOR et OECONOMUS  (Musicien et économe)

OBYT AO 1724   (Décédé année 1724)

MENSE MARTI   (Mois de mars)

DIE 7   (7ème jour)

R.I.P.  (Qu'il repose en paix)

et un autre texte qui laisse penser à une devise où à une épitaphe :

HANC SIBI CONSERAVIT MORITURO VIVUS ARENAM

      Cette présence d'un Charles de PARFONDRY est totalement inédite. Le prénom n'avait jamais été repéré, si ce n'est utilisé, au travers des nombreuses recherches effectuées à ce jour. Avant de pouvoir aborder la question de son origine, l'existence de cette dalle funéraire peut être considérée comme un vestige oublié du passé de cette ancienne abbaye.

       Un extrait d'un document sur l'histoire de ce bâtiment nous fait comprendre que cette dalle a survécu aux pillages organisés par les abbés eux-mêmes durant le XVIIIe siècle. Quelques années après le décès de Carolus de PARFONDRY, la dévotion liturgique du clergé semble s'être effacée devant des considérations plus mercantiles.

La bibliothèque de l'abbaye de Saint-Jacques à Liège (S. Balau, curé de Pépinster)

....... Un exemple non rare d'ailleurs de ce dédain pour un glorieux passé nous est donné par deux d'entre les derniers abbés, Nicolas Jacquet et Pierre Renotte. Le premier, en 1740, enlève les pierres tombales de son église et les remplace par un pavé de marbre noir. Le second vend ces dalles funéraires arrachées aux tombeaux de ses prédécesseurs, et le magistrat de Liège, qui en est acheteur, les emploie à la construction du pont d'Amercoeur2

     Selon l'inscription sur la dalle, ce Carolus de PARFONDRY aurait été à la fois Chantre et Econome (on dirait plutôt de nos jours Chanteur et Administrateur). Ce personnage apparait peu dans la littérature si ce n'est, sans sa particule, dans un texte allemand, publié en 1921, consacré aux livres de cette abbaye de Saint-Jacques de Liège.

Studien zum Liber ordinarius des Lütticher St. Jakobs-Klosters von P. Léopold Paulus Volk, Bonn, juni 1921

 ..... Näherhin kann man das Jahr 1284 als Beginn des neu erwachten monastischen Lebens in St. Jakob bezeichnen " An 1284 corrigitur disciplina in S. Jacobi " steht p.69 am Rande einer Abschrift der Historia ecclesiae Leodiensis von Fisen*, die der Klosterbibliothek von St. Jakob entstammt.

*(note de bas de page)  : Hs 484 der Darmstädter Hof - und Landesbibliothek enthält den zweiten Teil der Historia ecclesiae Leodiensis von 1252 bis 1612. Abgeschrieben wurde sie von Carolus Parfondry, Mönch von St. Jakob, in Jahre 1682.

      Il y est décrit cette fois comme moine en 1682, soit 42 ans plus tôt que la date reprise sur la dalle funéraire. Ce qui apparait normal puisque cette abbaye de Saint-Jacques a été un lieu important de recrutement de moines. Charles a du suivre une certaine formation avant de pouvoir obtenir deux postes importants au sein d'une enceinte religieuse. Et cette étude sur les livres de l'abbaye n'est en rien exceptionnelle, car cette ancienne abbaye possédait au début du XVIIIe siècle une bibliothèque considérable, témoignage de la grandeur théologique et artistique acquise par la cîté de Liège depuis qu'elle s'était accaparée, dès le Xe siècle, du statut de ville princière écclésiastique indépendante. Mort en 1724, Carolus de PARFONDRY n'aura pas à connaître non plus la vente, en date du 3 mars 1788, de plus de 700 manuscrits de la célèbre bibliothèque, dont certains dataient des VIIe et VIIIe siècles.

     La note de bas de page renseigne que notre bon moine Parfondry avait radié, de la liste de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Jacques de Liège, le livre "Historia ecclesiae Leodiensis "3, histoire qui s'étale de 1252 à 1612. Ce qui pourrait signifier qu'il occupait déjà une fonction à cette bibliothèque. Selon la compréhension du texte et de la note de bas de page, ce livre aurait transité par la bibliothèque de la Cour du Landgraviat de Darmstadt4, située dans la Hesse en Allemagne.

      Concernant sa position dans la généalogie, on ne peut avancer que des suppositions, ce qui sur le plan déontologique, reste toujours mal vu de n'importe quel fouineur de manuscrits et d'archives paroissiales. Mais on n'y peut rien si l'on doit suppléer aux vicissitudes des désagréments de notre histoire qui ont abouti à faire disparaître bon nombre de documents. La seule éventualité est de considérer ce moine chanteur et administrateur comme ayant un lien avec la lignée du baron Jacques de PARFONDRY, originaire de Liège  où il y est né en 1767. La période de vie de ce moine au prénom de Charles peut correspondre avec l'arrière-grand-père Jacques, Arnold de PARFONRY, né à Liège en 1655 et décédé en 1742, mais sans plus de garanties (voir article : Les Parfondry ont bien eu une particule). Il n'y a aucune certitude cependant à ce jour que la particule n'ait été l'apanage que d'une seule lignée.

      En conclusion, cet article permet de faire découvrir l'un des bâtiments religieux liégeois qui témoignent du passé glorieux de la Principauté écclésiastique de Liège. Ce personnage de Carolus de PARFONDRY a résisté heureusement à l'outrage des pillages et des démolitions. Il nous confirme que ce patronyme avait bien migré vers la ville de Liège, une fois l'aventure chevaleresque des commandeurs de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem terminée au début du XVe siècle. L'importance acquise par les métiers et le développement de la vie religieuse firent office d'attrait économique et cultural. Liège devint, pour notre patronyme, un nouveau centre d'expansion dès le XVe siècle. Il y est toujours présent de nos jours.

1  32 Métiers : Nombre de "Bons métiers ", reconnus dans la Principauté de Liège en 1384. L'organisation des métiers se caractérisait par le désir d'instaurer plus de démocratie ; ces métiers avaient le privilège d'élire les 2 bourgmestres et la totalité des conseillers. Le système, quelque peu remanié , subsista jusque la Révolution liégeoise qui s'étala de 1789 à 1795 et aboutit à son intégration dans la République française ;

2  Pont d'Armercoeur : Pont à Liège, sur la Meuse ; plusieurs fois détruit et reconstruit; l'épisode lié à l'abbaye de Saint-Jacques est en rapport avec la construction d'un nouveau pont en 1741; ce dernier fut démoli en 1859; la construction actuelle date de 1981 ;

3 Historia ecclesiae Leodiensis (trad. : Histoire de l'église de Liège) : Livre écrit en 1646 par Barthélémy FISEN (1591, Liège - 1649, Lille), prêtre jésuite, historien et écrivain religieux ;

4  Landgraviat de Darmstadt est une Principauté de l'empire romain germanique ; plusieurs princesses de Darmstadt devinrent des épouses du tsar de Russie, dont l'épouse de Nicolas II qui fut assassinée en 1918 avec toute la famille impériale ;

 

NB : Mon apprentissage du latin n'ayant pas été très fructueux, je serai intéressé de recevoir la traduction  précise des différents textes gravés en latin sur la dalle funéraire.

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