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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 19:11

       Par le jeu des découvertes sur le site 2èmemain.be, nous voilà en route vers Verviers. Allié à l’intérêt d’avoir trouvé un vrai bureau en bois massif pour parfaire le mobilier, notre destination nous permet, par un léger détour, de passer par ce village de Parfondruy. Sans savoir de ce qui était dès lors le plus utile ou le plus agréable, il est décidé d’allier les deux en cette journée automnale peu ensoleillée.

       Sortant de l’autoroute, à hauteur de la ville de Huy, nous ne nous y arrêtons pas. Mais, en promettant, au regard rapide que l’on y jette, d’y revenir une autre fois. On se remémore le passé artisanal glorieux de cette ville qui eut le privilège d’obtenir en 1066 la première charte des libertés en Europe, donnant un pouvoir aux bourgeois. Un premier signal à l’attention de cette chevalerie qui allait s’écrouler par la suite en hypothéquant son avenir dans des luttes intempestives, ruineuses et mortelles. N'oublions pas que Huy fut aussi un centre important de diffusion de notre nom. La dynamique branche de Forchies-la-Marche ainsi que celle d'Havelange, malheureusement en voie d'extinction, en sont issues.

       En sortant de Huy, une seule voie est possible en prenant la direction de l'Est. La N66 nous fait traverser de part en part cette région du Condroz, aux maisons de pierres grises calcaires et aux toits bleus en ardoises. Comment ne pas y voir une comparaison avec cette mythique sixty six road de l’autre côté de l’Atlantique. Huy ne peut être comparée à Los Angeles. Et la chevauchée vers l’Ouest ne fut pas réellement le cadre de sa destinée. Mais pourquoi ne pas appréhender une certaine cohérence dans l’appellation. On ne peut se dire que le cartographe, en désignant cette route de cette façon, n’y ait vu une vision et une réalité communes. Appelée sur toutes les cartes anciennes « Route de Huy », ce trajet a été, celui qui permettait de relier les vallées encaissées de l'Ourthe, de l'Aisnes et de l’Amblève  à la vallée de la Meuse. Une route qui a désenclavé toute une région mais qui surtout acheminait toutes les matières premières nécessaires (surtout fer et bois), permettant de faire de la ville de Huy une des premières à développer la métallurgie, dès le Moyen âge. Jusqu’au 19ème siècle, Huy fut même appelée la ville aux millionnaires. D’y avoir dès lors le sentiment que ce numéro de route ait été attribué en 1926 à postériori aux Etats-Unis, en se référant à notre histoire industrielle, beaucoup plus ancienne !!!. Rappelons que Chicago, lieu ou démarre cette route américaine, a été le centre d'une zone d'immigration importante de wallons au 19ème siècle. 

DSC_0704.JPGSans nous presser, notre véhicule se met à déambuler, à tournicoter, à lambiner, à trainasser, à  descendre, à monter, à tournoyer, à crapahuter, à fainéanter, à zigzaguer, à serpenter, …. , bref à rouler et à profiter de ce paysage d'herbages et de haies fait de tiges (sommets) et de chavées (vallées) qui s’alternent au gré de la nature grézeuse ou calcareuse du sous-sol. Successivement, les villages de Warzée, Ouffet, Hamoir, Ferrières, Werbomont, Basse-Bodeux sont happés. Alternances des roches qui font la particularité des courses cyclistes comme Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Wallonne et les étapes wallonnes du Tour de France. Le Mur de Huy, la Redoute, la Roche-aux-Faucons, ... , côtelettes tant redoutées des coureurs, sont la concrétisation de cette géologie du Condroz.

       Traversant plusieurs villages, nous nous approchons de cette vallée de l’Amblève qui rassemble la plus forte concentration de lieux en rapport avec notre nom. Quittant temporairement le Condroz et ses herbages, nous arrivons dans un secteur boisé qui  préfigure les Ardennes. Au dessus d'une côte,  se profile un bistrot qui porte, au-dessus de sa porte, l’appellation de « Ancienne barrière ». Sans autre dénomination, comme s’il fallait éviter de transcrire le nom de cette barrière. Comme si notre nom faisait référence aux histoires de sorcières, de brigands qui peuplaient ces bois. Car, ce lieu est bien celui qui se dénommait la barrière de Parfondry dans les temps anciens. Une frontière entre la Principauté de Stavelot et le Duché de Luxembourg, à une époque qui n’avait pas encore connu le Congrès de Vienne.

       Poursuivant notre route, nous arrivons finalement, après avoir pris appui sur un de ces tiges, dans ce lieu qui porte le nom de Parfondruy. DSC_0688.JPGComme si le cartographe n’avait pu choisir entre la terminologie locale –ry, et la terminologie en vigueur en France –ru. Il a, on ne sait pourquoi, associé les deux voyelles. Car les preuves matérielles d’une autre dénomination sont indéniables. L’écriture passe ainsi de Profondris sur la carte FERRARIS de 1777 à Parfondry dans un Arrêté royal de 1849 et à Parfonry dans un document de 1873. La voyelle –u ne peut donc être qu’une erreur de cartographie.

Que dire de ce lieu faisant référence à notre beau toponyme. Les anciennes cartes postales nous laissaient croire à un endroit peu habité, s’activant autour d’une fontaine alimentée par un ry très encaissé « Le Parfondry«, une mignonne petite chapelle Sainte Lucie, datée de 1622, et une tannerie. 631_001-1-.jpg      

Ruisseau-parfondruy-080.jpgQue dire du développement actuel des constructions. Elles s’agglutinent par dizaines au flanc de la colline, exposition plein sud. Un endroit idéal, il est vrai, à quelques encablures de l’autoroute E42, donnant accès aussi bien à Liège qu’au Luxembourg, l’Allemagne et la France, avec vue partielle sur le circuit de Francorchamps. Un vrai lieu de convergence, planté un peu par le hasard d'un filet d'eau très escarpé, et qui a essaimé dans le confort de maisons individuelles. DSC_0699.JPGMalheureusement, nous ne pouvons pas prétendre à un quelconque droit du sol de nos jours, sur la base de notre simple toponyme. En Wallonie, cela n’existe pas, il est vrai !!

DSC_0698.JPG

  La fontaine est toujours en place, la chapelle est repeinte et entretenue, et la tannerie s’est transformée en gîte rural, le tout désormais incorporé à toute cette masse de nouvelles briques qui a réussi à faire la jonction avec la ville de Stavelot, installée dans la vallée. Le ruisseau est toujours là mais son débit est si ténu que je n'ai pas osé le montrer. Tout cela n’offre plus le cachet que laissait augurer les anciennes cartes postales. DSC_0692.JPGSeul lien avec le passé, M. et Mme LAMBERTY, les propriétaires, ont donné comme nom, à ce gite, celui de Lu Porfonru, voulant attester de la bonne étymologie initiale de ce lieu. En ce qui me concerne, je l'aurais plus volontiers appelé Lu Profondry, au vu de la configuration des graphies anciennes et des nouvelles écritures. Lequel lieu ne fut sans doute jamais un village anciennement mais simplement un hameau tournicotant autour d’une tannerie alimentée par un petit ruisseau très encaissé.

       L’une des questions essentielles qui découlent de ce lieu, est bien de savoir s’il a été à l’origine de ce nom de famille. Comme ce fut le cas pour de nombreux noms dans d'autres lieux. Si la réponse est positive, et personne ne le saura jamais, on aurait découvert l’endroit auquel mes ancêtres de Neerheylissem, toujours imprégnés de religion, se référaient, sans pouvoir le situer. J’ai ainsi le souvenir dans les conversations que mon père, son père et son cousin germain parlaient du lieu ou un enfant fut sauvé de la noyade au bord d’un ruisseau profond. Cet enfant aurait été appelé » Parfondry ». Une métaphore du verset qui raconte le sauvetage de Moïse, sauvé des eaux, sur les bords du Nil. Pour ceux qui veulent y croire, malgré le grand écart dans les proportions tant des personnages que des éléments. D'autant que cette fable devrait remonter au Moyen âge et aurait du se transmettre depuis lors. Magique et mignon, à mon sens, mais manifestement aussi philosophique et épique.

       Les LAMBERTY se sont souvenus qu'un PARFONRY aurait habité dans ce coin de terre. Assez récemment par ailleurs mais sans y avoir jamais eu de liens anciens. Jean-Claude, de la branche d'Erezée, s'en est allé pour résider à Gouvy qui est, depuis la réforme de 1977, la commune la plus grande en superficie dans le pays.

 

NB : Le bureau en bois massif a bien pu entrer dans la voiture et est revenu intact à bon port, mais cette fois en prenant l'autoroute sur tout le trajet de retour.

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