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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 18:11

     Suite à l'indépendance de la Belgique déclarée le 4 octobre 1830 par un gouvernement provisoire, les discussions pour l'élaboration d'une Constitution furent menées au sein d'un Congrès National, choisi à partir d'une levée de 30 000 électeurs. Les nombreux débats relatifs à son élaboration y sont intégralement retranscrits. Ce qui nous donne déjà un petit aperçu de ce que seront par la suite les débats parlementaires au Parlement et au Sénat.

    Au milieu de ces centaines d'interventions de gens en grande majorité de la bourgeoisie, on distingue une seule, minuscule, apparemment sans lien réel avec le sujet débattu, à savoir les articles de loi relatifs aux collèges électoraux. Elle mentionne de l'existence d'un certain André de PARFONDRIEU. Cette personne, qui apparemment ne fait pas partie des membres du Congrès, aurait ainsi envoyé une communication qui y sera lue par le secrétaire de séance.

     Ci-dessous, on découvre ce qui est relaté de cette lettre. Un bref résumé, assez peu détaillé qu'il convient d'interpréter autant que possible.

Chevalier Emile Huyttens (1844) : Discussions du Congrès National de Belgique. Séance du 15 février 1831; Tome II Soc. Typographique belge, Bruxelles,

p. 520 : Mr André de Parfondrieu, qui se dit descendant de l'ancienne maison de Luxembourg, fait connaître au Congrès comment cette maison a été traitée en Hollande.

     En premier lieu, la mention d'un André de PARFONDRIEU constitue la justification indéniable de l'insertion de cet article dans le blog. Hormis l'adjonction de la particule, l'écriture sous la forme de "PARFONDRIEU" est une résurgence de celle ayant été trouvée dans certains écrits du Moyen âge et qu'on croyait être disparue. De là, la difficulté de faire un lien avec le Baron Jacques de PARFONDRY, décédé en 1824 et dernier de la lignée.  Aucune autre indication de ce nom n'a été trouvée sur les sites de généalogie.

     L'apparition de la terminologie " Ancienne Maison du Luxembourg " me laisse un peu dubitatif. Il est en effet attesté que ce nom de famille PARFONDRY avec tous ses dérivés, que ce soit avec ou sans particule, est resté colloqué au sein du territoire de la Principauté de Liège jusque la fin de l'Ancien Régime, à savoir en 1794, année de l'intégration dans la France de Napoléon. La Principauté de Liège, pour le rappeler, est restée indépendante jusqu'à cette date. Jusqu'à preuve du contraire, aucun lien du patronyme n' a été relaté avec le Luxembourg jusqu'à présent.

     Sur le plan chronologique, l'Histoire de la maison du Luxembourg se termine en réalité dès la première moitié du XVème siècle. Le Comté, devenu Duché de Luxembourg en 1354, par décision de l'empereur romain germanique Charles IV, est en effet tombé en faillite peu après. Il fut racheté par le Duc de Bourgogne. Comme toutes les anciennes autres possessions, ce duché de Luxembourg sera par la suite intégré successivement aux terres espagnoles, autrichiennes, françaises et hollandaises in fine.

     Après la défaite de Waterloo en 1815, tous les anciens territoires ayant appartenu à la Basse Lotharingie, issue du démantèlement de l'empire de Charlemagne, passeront sous la juridiction du roi de Hollande Guillaume 1er, descendant  de la lignée des Princes d'Orange, ancienne partie du Duché de Bourgogne, passée en 1544 à la maison de Nassau, et ayant donné l'appelation toujours actuelle d'Orange-Nassau. Le terme "Maison de Luxembourg" aurait été apparemment réhabilité à ce moment. Elle sera considérée comme possession personnelle du roi de Hollande de 1815 à 1890 et celui-ci portera désormais le titre de roi de Hollande et Grand-duc de Luxembourg. Aucune indication ne permet par contre d'attester d'une quelconque spoliation de titre au niveau d'une lignée noble répondant à notre patronyme.

      En 1890, au décès du roi Guillaume III des Pays-Bas, petit-fils de Guillaume 1er, le Grand-duché de Luxembourg retrouve son identité. La scission avec les Pays-Bas s'opère à ce moment, résultant de l'application d'une ancienne convention dynastique de 1783 passée entre les deux branches survivantes de la maison de Nassau. N'ayant pas de descendance mâle, la couronne des Pays-Bas passe à Wilhelmine, la fille de Guillaume III. En vertu de la convention qui se basait sur l'application de la loi salique1, Wilhelmine ne pouvait porter le titre de Grande-Duchesse de Luxembourg. La couronne fut ainsi offerte à Adolphe de Nassau-Weilburg, représentant l'autre branche des Nassau, et lointain parent de Wilhelmine. Ce dernier devint ainsi le Premier Grand-duc du Luxembourg, ancêtre de l'actuel Grand-duc2.

      Pour éviter le risque d'hégémonie des Nassau sur les trois pays, et empêcher un éventuel retour de cette famille, la Belgique établira un décret constitutionnel le 24 novembre 1830, excluant perpétuellement la famille d'Orange-Nassau de tout pouvoir en Belgique. Après avoir du décliner le choix du duc de Nemours, fils du roi de France Louis-Philippe, en évitant ainsi la crispation anglaise, le Congrès National se tourna vers Léopold de Saxe-Cobourg-Ghota3 . Ce dernier monta sur le trône de Belgique le 21 juillet 1831. En compensation, Léopold, qui était par ailleurs, par sa soeur, l'oncle de la reine Victoria de Grande-Bretagne, épousera en 1832 Louise d'Orléans, la fille de Louis-Philippe.

     Pour mémoire, cette loi salique fut appliquée à la lettre pour la désignation des rois de France. L'exemple le plus évocateur est la désignation d'Henri IV, roi de Navarre et au surplus protestant, pour succéder à Henri III, mort sans postérité. En Espagne, la suppression de la loi salique est à l'origine de la guerre des carlistes.

    En conclusion, aucune explication convaincante ne permet de donner de la consistance à l'extrait mentionné ci-devant. L'existence d'un lien entre cet André de Parfondrieu et le roi de Hollande, porteur du titre de Grand-duc du Luxembourg n' a pu être confirmée.  Seule indication, le prénom André se retrouve au niveau du grand-père du baron Jacques de PARFONRY4. Il nous aura simplement permis d'apporter un peu de connaissances sur l'histoire du BENELUX5, bien avant sa création légale.

 

1 La loi salique est une transcription des coutumes germaniques, transmises par Clovis; outre des pays comme la Belgique et le Luxembourg, elle fut d'application en France et en Espagne, mais pas en Angleterre  et aux Pays-Bas ;

2 La loi salique a été supprimée en 1967 au Luxembourg et en 1991 en Belgique ;

3 Léopold avait déjà refusé auparavant la couronne de la Grèce; à la charge de l'Angleterre qui lui allouait une rente non négligeable, pour des faits d'armes antérieurs dans l'armée russe, ce pays souhaitait se débarrasser de ce fardeau ;

4 André, Albert de PARFONDRY, né en 1688 à Liège et y est décédé en 1762 ;

5 BENELUX : Convention économique ratifiée en 1947 entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, qui fut le noyau de base de la construction européenne et de l'espace Schengen ;

 

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